Anniversaire !

Le premier roman de Jean Morel (expert français placé auprès de la présidence du Conseil des Ministres) s’intitule : « Il rêvait d’une autre rive ».

Publié par les Editions du Mékong, à Phnom Penh le 29  août 2014, il va fêter son premier anniversaire. L’ouvrage est en vente à la Librairie Les Carnets d’Asie au sein de l’Institut Français de Phnom Penh (200 pages). Encore disponible (10 $). Ainsi qu’à l’aéroport …

Ce livre, tel qu’il est sans prétention, est un reflet de la vie à Phnom Penh il y a vingt ans ! Peu d’ouvrages sont consacrés à cette période particulière du retour à la Paix par la présence de l’APRONUC (Untac). A travers une histoire romanesque dont on sent qu’elle est en grande partie réelle, c’est une balade dans la ville d’alors, entre le couvre-feu et l’absence d’électricité, parmi les arbres qui sont comme des personnages et … au fil de l’eau !

A cette époque, pas si lointaine, seuls les cyclos parlaient d’embouteillages… alors que traverser le fleuve n’était pas chose facile.

Une atmosphère assez bouddhique domine aussi au fil des chapitres et dans le long final de l’ouvrage. De quoi comprendre que le Cambodge d’aujourd’hui demeure bâti entre le chacun pour soi et une sorte de philosophie civique de l’acceptation pour tous.

Print

Climat change

En Extrême-Orient, comme partout dans le monde, les indices de modification du climat se multiplient.

Ce sont le Philippines visitées par le Président Hollande il y a quelques mois qui semblent les plus vulnérables dans l’océan Pacifique (alors que dans l’Océan Indien ce sont les Maldives et le Bangladesh qui sont en péril). Les îles et les régions côtières de tous les états sont forcément concernées par la fonte des glaciers de l’Arctique et la montée du niveau des mers déjà sensible mais annoncée forte pour les prochaines décennies.

La multiplication de typhons dans le Pacifique, Philippines, Japon, et en Chine, fait pendant d’une certaine manière aux feux de forêts et autres incendies qui ravagent certains pays occidentaux et risquent de se multiplier inéluctablement. En Asie, les agriculteurs en sont les premières victimes. Le principe de la culture du riz est l’inondation. L’inquiétude est double pour l’avenir : le manque d’eau (cette année la mousson a été tardive) ou le trop-plein d’inondations. La Birmanie et l’Indonésie ont aussi de quoi s’inquiéter.

Deux sujets d’inquiétude grandissent dans l’ASEAN : la crise probable des eaux du delta du Mékong et la menace d’inondation de la ville de Bangkok.

Au Vietnam, on commence à prendre conscience que les eaux salées de la mer de Chine risquent fort de remonter le delta tout en inondant les terres fertiles et ne s’arrêtant pas aux frontières du Cambodge ! On n’imagine pas l’eau de mer remonter à Phnom Penh et infecter une partie de l’année le lac Tonlé Sap ! Néanmoins, les risques sont actuellement mesurés. Des fonds sont débloqués par les Nations-Unies, via la Banque Mondiale, pour que des états se prémunissent du réchauffement climatique. Le font-ils ?

Mais que dire de l’estuaire du Chao Praya, sachant qu’à l’automne de chaque année, déjà, les terres entourant Bangkok sont inondées et parfois la capitale thaïlandaise est elle-même paralysée ?! Bangkok a été construite sur une lagune à moins de 20 kilomètres de la mer il y a moins de 250 ans. On l’appelait alors la « Nouvelle Venise » car elle s’étendait le long de canaux appelés « klongs ». Ceux-ci sont envasés quand ils ne sont pas recouverts par des routes ! Les pluies ne … circulent plus ! Les militaires rassurants s’engagent maintenant à régler le problème…

Vraiment, semble s’ouvrir un marché pour des zodiacs dans les 30 ans qui viennent. A moins qu’on ne creuse à nouveau des pirogues dans les troncs de cocotiers. Les Anges de la cité auront les pieds dans l’eau. Le métro pendant ce temps continue sa percée sous Yowarat, la ville chinoise, la plus ancienne cité de Krungthep, celle qui jouxte le fleuve toujours prêt … à déborder.

la croissance militaire

En Thaïlande,

l’année économique se termine d’ordinaire fin septembre,

et les résultats de la croissance mensuelle du pays fin juin laissaient prévoir des chiffres de la production atteignant péniblement une hausse annuelle de 3 % (dans le même temps, des pays voisins ont des prévisions de croissance au moins double !). Devant les mécontentements grandissants des principaux acteurs civils et l’ambiance morose d’une monnaie en baisse comme les exportations, le prix du riz, la consommation intérieure, le gouvernement tente désespérément de relancer l’investissement public et espère sans trop y croire atteindre pour 2015 une croissance de 3,2. Un « coup » pour rien ?

3,2 ou … 2,2, cela ne semble pas impossible.

Le pays est en récession ? Un mot qui, dans l’état actuel du Siam de la Junte, prend un parfum très prenant. Le kaki est-il un fruit aux clignotants rouges ? Le prix du riz qui fut un cheval de bataille de la fin du gouvernement précédent semble le confirmer.

Ne nous voilons pas le képi, la croissance est en baisse et le reste est en berne. Sans les militaires, avec la chienlit politique des Jaunes et des Rouges, la croissance aurait été nulle. Tout dépend donc de la ligne de mire…

Le projet de nouvelle constitution, dans ce contexte, ne fait pas non plus l’unanimité et que se passerait-il du degré d’optimisme de la population (et de ses dirigeants installés au pouvoir pour remettre « de l’ordre ») si, dans quelques mois, un NON surgissait des urnes d’approbation de la nouvelle constitution … ?

Travaillons bien mais chacun pour soi

Regards dessus, regard déçu …

Le cliché majeur ? La gouvernance à Phnom Penh ? La corruption ?

Non, it is not that !

Non… mais il arrive de distinguer dans la brume un surprenant « chacun pour soi pour tous ».

Lorsqu’on travaille dans un gouvernement, l’objectif est bien d’œuvrer pour tous, c’est-à-dire pour le bien commun. Pour l’intérêt public. Or, même avec la maturité de vingt années de travail gouvernemental (quelques ministres ont quand même changé de poste !), la difficulté majeure reste la coordination réelle du travail gouvernemental ou tout au moins l’efficacité de l’application d’une règle dans sa globalité.

Ce n’est pas faute d’avoir créé un Secrétariat Général du Gouvernement aujourd’hui bien en place, avec des structures juridiques rodées et un cadre législatif déjà bien renforcé. Et même pas faute d’avoir créé un observatoire interministériel économique, social et culturel, Conseil interne à la Présidence du Conseil des Ministres, dont une des fonctions est de permettre la concertation.

Il est presque naturel, pour le moins courant, que chaque ministre, un regard sur son pouvoir, veuille laisser sa trace dans l’Histoire, comme chez nous certains responsables rêvent d’avoir une loi qui porte … leur nom.

Au Cambodge, c’est plus compliqué. Et pas seulement au niveau de l’application des textes. A l’origine de certains projets réglementaires, il y a l’intervention des bailleurs de fonds (si importants : ils financent !) qui s’adressent forcément à l’un ou à l’autre des ministères (ou des Ministres) pour faire avancer une réforme qu’ils désirent soutenir (l’extérieur énerve ou excite  parfois !). Ceci complique forcément tout le processus déjà huilé « à la cambodgienne » !

Comment un donneur d’ordre peut-il faire travailler ensemble deux ou trois ministères sur un même projet ? Alors qu’il n’y a pas la moindre réforme qui ne concerne plusieurs ministères… Le Ministre qui n’est pas « financé » n’est pas enclin à réfléchir dans le même sens.

Ne pas associer large à la rédaction d’un projet de loi, c’est la meilleure manière de conduire l’application des décrets vers un  « chacun pour soi pour tous », une disposition qui serait comme à œillères … que les « riches » verraient d’un bon œil, alors que d’autres fermeraient les yeux… sur un texte qui n’est pas le leur.

Ce serait tellement plus efficace de travailler tous ensemble et chacun pour tous. Dans l’intérêt à la fois des efforts gouvernementaux et celui du Peuple.

GERMINAL cher riz

Germinal paddy !

Nos agriculteurs européens produisent du blé en cette période alors que la céréale-soeur tropicale est le riz. Le riz ressemble quelque peu au blé lorsqu’il est en « épi ». Cependant en Asie, la technique de plantation de cette céréale est bien différente au point de vue germination et de l’étape suivante.

La semence du riz est le « paddy », riz non décortiqué qui a conservé son enveloppe depuis la dernière récolte (souvent stocké dans des jarres). Le paddy est appelé germer dans une rizière soignée proche de la maison (comme un semis dans votre jardin !) et souvent clôturée de bambous ou aujourd’hui de filets, pour éloigner les animaux herbivores en liberté et les oiseaux. Animaux qui seront retenus sous les maisons (buffles et zébus) lorsque les parcelles seront peu à peu plantées.

L’ensemencement se fait à tout vent de manière dense dans cette rizière qui fait office de « pépinière », après les premières pluies de juin, dans une terre meuble non inondée considérée comme riche. Moment de bonheur et à la fois d’angoisse. Des engrais naturels et organiques (excréments) y enrichissent le potentiel parce que la première pousse conditionnera toute la qualité de la production trois mois plus tard. L’utilisation d’intrants chimiques n’est pas encore fréquente au Cambodge.

Le vert de ces parcelles est d’une fraîcheur de couleur dans le paysage d’aucune autre pareille !

Il s’agit ensuite de déplanter manuellement les jeunes pousses, trente jours après la le début de la germination. Les transplants sont gardés à racines nues et placés en motte en vue du repiquage. Chaque motte est alors … taillée (décapitée) et placée sur le sol dans le milieu humide dans l’attente d’une parcelle labourée et suffisamment gorgée d’eau pour être repiquée par petits groupe de deux ou trois racines tous les quinze centimètres.

Les diguettes entourant une parcelle repiquée sont alors entretenues pour bien conserver l’eau et permettre que les pluies fassent grandir la tige en même temps que la montée de l’eau durant le premier mois de pousse.

Si les pluies ne viennent pas, il serait profitable d’avoir un apport d’eau par irrigation. D’où ces « grands travaux forcés » imaginés par Pol Pot pour maîtriser l’eau et améliorer la sécurité d’une production devenue alors …complètement collective.

Il existe cependant dans certains pays (hauts plateaux du Vietnam ? Chine, Malaisie, Philippines ?) des semences pour un riz non irrigué !

Dans certains villages, il existe aujourd’hui un réservoir. Il est souvent utilisé pour l’élevage. Rarement pour y puiser l’eau, faute de pompe et de longs tuyaux ; rarement aussi un puits ne peut-être utilisé. En revanche, parfois sont utilisés des systèmes d’ustensiles ingénieux, balancés avec rythme et grâce, permettent à de rares endroits de porter de l’eau d’une parcelle à une autre ou mieux d’un petit canal d’irrigation à une parcelle.

Ensuite, il suffira d’attendre et de parfois sarcler ou biner pour maintenir la rizière parfaite et de surveiller par crainte de l’arrivée de crabes prédateurs ! et oui …

Mi-juin à mi-juillet, c’est le mois de Germinal. En ce moment, le climat change, faute de pluies régulières et abondantes, avec des rizières manquant d’eau, c’est plutôt, dans certaines provinces, …  le mois de Galère  !

JMDF

N.B. : Génial PADDY : en Irlande, ce mot péjoratif est plutôt une insulte, alors que c’est aussi pour moi celui d’une agréable boisson, non ? !

Saison du RIZ

Tous les paysans le savent la culture du riz c’est 120 jours ! Un travail de quatre mois qui s’opère durant la saison des pluies qui, elle, est de six mois !

Comment se fait-il donc que les Cambodgiens ne parviennent pas à produire deux récoltes sur cette même période, à cheval sur plusieurs rizières ? Plus facile à dire qu’à faire. Il faudra encore des années avant que cette pratique mieux développée dans les pays voisins puissent faire du Cambodge un vrai grenier à riz.

Fin mai de chaque année, alors que la température tropicale va baisser de dix degrés dès les premiers orages, le riziculteur prépare ses semences et choisit de prendre le risque d’aller ensemencer aux … premières pluies. En effet, les semences doivent être accueillies par une terre humide mais non saturée. Le risque de la première pluie est que la terre s’assèche trop vite avant l’arrivée de la seconde et que … les semences ne soient perdues (il faudrait alors en racheter avec du micro-crédit qui trouverait sa garantie sur … la récolte !).

Dans la vie de chaque fermier, il y a le hantise de la sécheresse, momentanée ou durable. Aussi, début juin, quotidiennement il guette la pluie. Il en faut mais pas trop sur cette parcelle choisie qui sert de base à la culture pendant que les autres parcelles sont labourées avec un soc traditionnel tiré par deux buffles qui se sont « entrainés » plusieurs jours durant sur la terre sèche, à tourner sous la baguette de leur maître… Le soc est désormais planté dans la terre meuble qui se retourne et s’écrase, terre à laquelle bien peu ajoutent encore de l’engrais non naturel (à acheter avec le micro-crédit !).

En juillet, les semences ont poussé (il faut 30 jours, pour 30 centimètres !). On les arrache et on les regroupe par bouquets en en taillant le sommet de façon égalisée. Le repiquage ensuite, bouquet dans une main, l’autre plongeant la racine dans la boue, va pouvoir commencer dès l’aube, le dos courbé, sur les rizières inondées où les pieds s’élargissent pour moins s’enfoncer.

Si l’ensemencement s’est effectué tardivement en juin, en août les familles seront encore dans les rizières les pieds dans la boue à repiquer tous les 15 centimètres… en long et en large. Au début chacun pour soi, puis peu à peu :  » Tu viens m’aider à repiquer et ensuite je vais t’aider  » !

En septembre, le riz est en épi, la saison des fêtes peut commencer. La mousson d’hiver arrive alors avec de nouveaux risques car il est fréquent qu’elle se déploie par des orages violents qui peuvent saccager les épis en les couchant (le vent précède l’orage et la pluie).

Comme la canicule affecte toujours les plus pauvres, les retards de saison touchent les agriculteurs de plein fouet. L’agriculteur qui regardent sa terre sèche en souriant ne trompe personne. Sa femme est déjà à la pagode a offrir des offrandes pour appeler les ancêtres au secours…

Sans ces risques, avec des soutiens ou des garanties financières (A quand la création d’une Chambre d’agriculture ?), il serait possible de faire deux récoltes. Aussi, il serait impérieux de remplacer les semences traditionnelles par de nouvelles plus appropriées. Pour cela, l’investissement de quelques centaines de dollars est un effort que les plus pauvres ne peuvent pas faire. Qui va les aider ?

Pendant ce temps, que font les ONG ?

Du micro-crédit … !

Mousson et Solar Impulse

Vert,

comme tous les gens qui pensent un peu à l’avenir avec raison, comment ne pas être sensible à la recherche dans le domaine de l’énergie solaire et également convaincu que les panneaux solaires représentent une sorte de « sécurité » pour les problèmes d’énergie fossile et de changement climatique. Sans doute au même titre que les éoliennes.

Nous, en extrême Asie, nous avons de 7 à 9 heures de soleil par jour. Un peu moins de vent parfois, encore que …

Justement, si vous avez suivi le sens des vents et le calendrier de la mousson de notre hémisphère Nord (article précédent), vous comprendrez pourquoi depuis plus d’un mois je suis surpris que le pionnier suisse Monsieur Piccard et son équipe d’experts, basée à Monaco, aient programmé de faire voler Le passionnant et splendide avion expérimental SOLAR IMPULSE en plein mois de juin de l’ouest vers l’Est !

A croire que les vent des marins ne sont pas deux des nuages ! Ou que les risques de mousson ont été pris de haut !?

Rien de vraiment étonnant dans les difficultés de vol rencontrées entre le Sud de l’Inde et le Japon. Le Tropique du cancer n’est pas du tout « une ligne » sur une mappemonde (!) mais une bande très large, fluctuante, où les vents d’un sens ou d’un autre ont forcément une influence Nord-Sud liée aux anticyclones qui chaque année prépare l’été des pays tempérés (le vôtre !) en aspirant la chaleur du Tropique du Cancer (la nôtre) !

Il n’en demeure pas moins que nous devons en ce moment soutenir André, le pilote sans sommeil depuis quatre jours, qui traverse l’Océan Pacifique vers Hawaï, maintenir notre attention, garder notre respiration et notre zénitude, pour que le plus grand exploit du siècle puisse se réaliser et atteindre son but, et ses buts …

mousson et moisson, le vent en poupe

Tiens, ça y est, on dirait que la saison des pluies commence enfin vraiment ! 

En principe, en Indochine ou je suis, elle commence chaque année vers la fin du mois de mai. Au Cambodge il fait tellement chaud en avril et en mai, les températures dépassant quotidiennement les quarante degrès, que les premiers orages sont une délivrance. Ils s’annoncent par un temps lourd et sombre et éclatent après des rafales de vent !

Moussons donc.

Les vents et les pluies caractéristiques d’une mousson commencent d’ordinaire chaque année en mai-juin dans la zone tropicale Nord. Cette mousson, assez peu connue en fait en Europe occidentale de nos jours, a pourtant rythmé notre Histoire et la période dite des Grandes Découvertes, du fait qu’elle devait être absolument prise en compte par les Navigateurs.

C’est un évènement météorologique très important en fait dans l’histoire de l’humanité.

Les vents, sont en fait des moteurs pour les marins, les pluies ce sont des richesses pour les agriculteurs et la garantie de trouver de la nourriture.

Les marins autrefois ne quittaient les ports qu’en fonction du calendrier et en particulier du sens des vents. Les expéditions maritimes tenaient toujours compte de cette période où les vents soufflent dans un sens pendant quelques mois puis dans un autre à l’inverse.

A l’inverse. (Il faut tout inverser dans l’Hémishère Sud).

Au printemps – mousson d’été ? – les vents prennent le sens Ouest-Est. Il est temps de partir toutes voiles dehors, mais il est alors impossible de revenir !

En automne – mousson d’hiver, mal nommée car la mousson s’arrête le plus souvent à la mi-novembre ! –  Les vents soufflent dans le sens inverse. Nord-Est – Sud Ouest ! Il est alors possible de revenir vers l’Occident si l’on est parti quelques mois avant… Les grands navigateurs le savaient. En fait, un retard d’un mois, pour un grand « voilier à vent », c’était un retard d’un an (avant que les bateaux soient équipés d’un moteur !). Une expédition maritime et même terreste pouvait être parfois reportée à la mousson suivante… Quelques semaines de reard = un an de perdu avec la géographie, la climatologie et … les vents de moussons

La mousson se compose de deux parties où les zones de hautes pressions atmosphériques s’inversent du fait des rapports chaud-froid qui s’inversent entre l’Equateur et le Grand Nord. Que se passe t-il entre les deux ? – Le mois d’août ! Le mois du changement. Oui, les agences de voyages l’ignorent souvent il y a toujours un période paradisiaque au milieu de la période de mousson, entre fin juillet et début août ! Les vents se calment avant de s’inverser, les pluies aussi…

La première période de mousson de fin mai à fin juillet justifie notamment le pèlerinage à La Mecque en juin. Les bateaux du Sud-Ouest chargés de pèlerins rejoignaient l’Arabie (qui a d’ailleurs donné à notre langue le mot arabe de « mousson »). Les grandes expéditions quittaient alors les grands ports dont Venise.

A l’inverse, les vents Est-Ouest fin août ramenaient les navigateurs chargés de produits. Et pas seulement des épices. Marco polo ? Non, il prenait surtout la route de la Soie ! C’est pour cela que se sont créées durant le mois de « septembre » de grandes fêtes occidentales et des foires, à Venise, à Lyon, à Anvers et même nos flamandes « braderies » de Lille et de Valenciennes dont les ancêtres étaient des foires avant tout textiles. Le retour de mousson a développé le commerce moderne bien plus que la terrestre route de la Soie, en Bourgogne et dans le « pays bas » de Flandre espagnole. Aujourd’hui nos « Pays bas » sont devenus les « Hauts de France ».

Et les pluies ? Elle sont violentes au début de la première mousson. Les trombes d’eau sont bénéfiques aux terres asséchées par six mois de chaleur sèche puis d’un mois de mai de tropicale canicule. Il pleut chaque nuit. C’est la période bénie des agriculteurs qui vont bientôt pouvoir semer particulièrement le riz en Asie du Sud-Est. Puis les orages se calment et les pluies sont plus douces jusqu’en fin juillet…

Comme les marins, les agriculteurs vivent alors avec un calendrier. C’est la saison du renouveau, du « planting » et de la joie du travail de la terre assouplie. Joie qui rejaillit sur la communauté et qui apportent des perspectives de succès pour les récoltes des mois suivants. Des perspectives de coupe-faim. Nous y sommes. Tout ça pour ça. La joie de la récolte après les moussons. Quel bonheur.

Il y a donc deux moussons et pas une. Les vents vont dans un sens puis quelques mois plus tard, dans l’autre sens… Entre les deux il y a souvent une petite pause (en fin aout !).

Moussons… nous. Positivons les moussons. Les moussons ne doivent pas faire peur.

C’est la saison de la joie.

JMDF

Micro crédit Maxi profits ! Halte aux voleurs …

Au Cambodge, on est « pour » ou franchement « contre » les trop nombreuses associations dites ONG, ou NGO in English, (le record du monde du nombre, parait-il, ce serait le Cambodge devant Haïti !).

A voir travailler les « bénévoles » avec des frais de séjour équivalent à de confortables salaires locaux, roulant carrosse, au volant de voitures puissantes, respirant des attitudes « colones », le questionnement est inévitable.

Le pire cliché révoltant des organisations d’aide et d’assistance relève du domaine financier privé. La grande maison du micro-crédit, d’abord associative trouble la vue aujourd’hui à chaque déplacement en province, la Banque ACLEDA. Trop, c’est trop !

En effet en 1993, les bailleurs de fonds internationaux arrivant les poches bien garnies cherchaient à distribuer l’aide financière au développement avec une certaine sécurité. Passer par des ONG limitait sans doute les risques de corruption et de déperdition ?  L’argent largement distribué à la porte des institutions gouvernementales repassait par les fenêtres privées… Dans ces conditions, comment faire bouger les campagnes qui représentaient 85% de la population. ACLEDA a profité de véritables « dons » des Etats donateurs. L’argent public a lancé une banque.

Des Organisations dites Non Gouvernementales, bénéficiant de  plein de « programmes-donateurs » se mirent à faire du micro-financement de petits projets. Le micro-crédit était alors à la grande mode Bengale… ! Facile de prêter de l’argent avec l’argent des autres (!) surtout lorsque ceux-ci n’y regardent pas de trop près. Bien vite, des dérapages apparurent.

Le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) encouragea judicieusement la création d’une Association cambodgienne LEDA, évidemment en langue anglaise, tous les francophones passés par le PNUD se faisant forts de ne pas montrer qu’ils parlaient le français, pourtant langue officielle de l’ONU. Chaque pays donateur encourageait le micro-crédit rural pour espérer faire bouger les campagnes et relancer production agricole et élevage. La France offrait ses aides sous forme de dons (AFD), l’Allemagne (GTZ), la Suède (SIDA) et bien sûr l’américaine US’AID. L’Union Européenne avait à l’époque des actions très performantes pour le développement rural de certaines provinces et ses fonds passaient par le programme PRASAC, y compris celui du micro financement.

En 1998, les donateurs dont les importants programmes d’urgence venaient à échéance (après le « coup d’Etat » de 1997 !) eurent l’idée d’encourager le regroupement des structures de financement du micro-crédit autour d’une seule Association qui devait devenir une « banque » afin de mieux garantir l’accueil de ces fonds disponibles dont on ne savait que faire. AC-LEDA association devenait ACLEDA banque. Belle idée ? Ce fut fait …

Sauf que les Cambodgiens l’appellent A, C, ou … plutôt : assez-Leda !

Aujourd’hui, ACLEDA, l’une des plus puissantes banques du Royaume du Cambodge, ne fait pas oublier aux observateurs, ni ses méthodes et leurs conséquences, ni les dérapages permanents du  » micro-crédit  » depuis deux décennies, avec des taux d’emprunt à très court terme de 3%. Attention, pas par an mais au mieux 3% par mois. Parfois 10 % par mois le temps d’une saison agricole sur quatre mois (le cycle du riz !). Le pire est en cours : la création d’entreprises de micro-crédit !

De nouvelles petites unités bancaires prétentieuses (Institutions de Microfinance !) continuent à se multiplier à travers le pays devant ce pain béni des gains faciles initiés par ACLEDA. Avec des fonds flottants. Toujours du court terme à taux forts. Vite fait, bien fait. Les poches pleines après avoir vidé les autres. Opération « usure au grand jour » et portes ouvertes sur les voleurs.

en effet, bien des petits fermiers incapables de lire un contrat de prêt ont perdu la propriété de leur rizière mise en gage par le prêteur usurier. Le micro crédit est aussi une arme de destruction … ! Combien de perdants ? – Un scandale national qui émeut peu et qui enrichit quelques-uns.

Allez-y les petits prêteurs, achetez des fauteuils en cuir noir ! Les pauvres paysans, à la peau dure de même couleur, restent incultes, c’est votre chance. Les Khmers Rouges avaient supprimé la monnaie, les Khmers de l’argent noir sont arrivés avec leur capital ravageur pour participer au développement économique. Pas celui des laissés-pour-compte.

La grande banque prêteuse et prétentieuse dont l’association originelle reste au quart du capital, demeure une adepte de la petite consommation et sa stratégie en fait une nouvelle banque à la conquête … des petits budgets. En pleine expansion. En ville et à la campagne, sur toutes les routes nationales, ses « branches » sont très visibles. Sans cesse, une nouvelle splendide construction bleutée…

Du solide ! Du capital. Du frais, du cash, en riels ou en dollars ? Sans scrupule. Maxi profits sur le développement rural. Sans vergogne. Au Cambodge, les « casinos » expose leurs gains… Comment devenir riche ?

Et maintenant la même ACLEDA annonce qu’elle va … s’exporter, s’implanter dans les pays voisins. Bravo pour ce succès… Ce sont souvent sur des cimetières qui ne peuvent plus crier qu’on construit de nouvelles églises.

Ainsi va la vie, ainsi va la banque … qui se voulait « associative », voire humanitaire. Le Cambodge de 2015 n’est vraiment plus le Cambodge de 1995. Qui s’en plaindra ?

Sûrement pas les O.N.G. !?

 – Sûrement pas ACLEDA car la banque vient d’être choisie à nouveau par l’Agence Française de Développement (AFD) pour y déposer en 2015 « ses » fonds destinés aux actions programmées d’assistance aux campagnes ! In… croya bleu … ment !

Méditer à KALAWAR

A Bangkok, non loin de l’Ambassade de France, en bordure du fleuve Chao Praya, à l’entrée de Yaowarat, la grouillante ville chinoise, il est un endroit paisible que les visiteurs ne connaissent pas.

A droite de « River City », une ruelle, une impasse et voici qu’entre deux écoles de jeunes filles se dresse une église autrefois appelée d’abord Kalawario (calvaire) puis Kalawar. Un lieu chrétien au cœur des piliers bouddhistes de Thaïlande. Discrète, elle est immanquable si vous prêtez un peu attention en levant la tête. Dans sa chemise beige, liserée de blanc, tout en élégance, surmontée d’un clocher pointu qui passe au gris avant de resplendir sur un globe d’or surmonté d’une croix illuminée en bleu la nuit, le monument au toit rouge orangé semble se cacher. Alors que, vu du fleuve, la surprise est grande de distinguer sa façade ocre délicatement ciselée au milieu de bâtiments blancs sans âme.

Peu importe que l’on soit de peu de foi, prendre le temps d’une découverte historique vaut le détour. C’est en 1786 que des missionnaires portugais voyant arriver leurs homologues français dans la nouvelle capitale créée quatre plus tôt par le Roi Rama 1, voulant s’implanter hors la cité de Thonburi, se mirent à construire avec talent une petite « basilique » qui porte aujourd’hui le nom de Notre-Dame du Rosaire (Holy Rosary church).

Restaurée en 1891, d’une belle architecture néogothique, elle apparait d’une grande jeunesse, un peu fragile, exaltante, flamboyante à la fois de simplicité et de décor soigné. Sa structure est claire et ce sont ses plafonds joliment peints qui invitent à l »élévation et charment. Passé le portail, un ange improbable semble faire un clin d’œil au visiteur en lui présentant un bénitier à l’ancienne. On le dirait sorti d’une bande dessinée. Il participe à la joie de la découverte. Celle que renforce la lumière de bas vitraux aux couleurs fraîches devant des statues décorées par de petites mains thaïes.

Se poser, s’asseoir et s’évader devient facile, Bangkok s’éloigne un instant. Le regard circulaire s’arrête alors sur le statuaire classique. Un ravissement. Saint-Michel archange ne se cache pas mais Saint-Joseph souvent discret, présente ici dans un bronze séduisant son fils adolescent, le curé d’Ars, Saint-Nicolas et ses enfants. un chemin de croix en langue française. Le Christ, la croix, les bancs à l’ancienne, la propreté, les fleurs, les roses, le silence, la solitude d’une « maison ouverte » pour le passant qui ose contourner l’école, tout pousse à un instant de méditation. L’église est « zen ».

Dédiée à la Vierge Marie, Notre-Dame du Saint Rosaire (Holy Rosary church) offre un caractère franchement féminin. Statue de la Vierge, de ND de Lourdes, raffinement du décor, de la chaire et de la tribune, l’autel est aussi consacré à Sainte Agathe, Sainte Agnès, Sainte Cécile, Sainte Lucie et la moins connue … Sainte Philomène. La princesse Sirinthorn, fille du Roi, semble elle-même attachée à ces lieux et parraine l’école des filles située sur son parvis.

L’église du Saint Rosaire sur un chemin de promenade vaut plus que le coup d’œil, c’est un tapis de roses, la reine des fleurs, c’est un un écart qui vous sort un instant du bruit et de la pollution de la mégalopole. Une invitation au voyage dans un espace inattendu.

JMDF

N.B.  Le sourire de l’ange : je n’habite plus à côté ! Pas la peine de me chercher si vous passez par là, ça fait déjà un bail que je me suis envolé avec … le second bénitier, loin de la cité des anges.