Sexualité : Autres Genres

Ce texte a été publié en français par l’Université Thamassat de Bangkok en 2012 dans la Revue féministe des enseignants. Trois professeurs se sont essayés à le traduire en langue thaïe et n’y sont pas parvenu. Ce n’est pas étrange, selon moi, puisque la culture Thaïe, et sa traduction linguistique,  ne différencient pas dans des mots adaptés, et compréhensibles par tous, des concepts intellectuels qui contredisent parfois les convenances…admises, non dites et/ou tout simplement culturelles.

J’M

 

ESSAI D’UN AUTRE GENRE

 

 1 / Qu’est-ce que le genre humain ?

  • Dualité homme femme
  • La famille
  • L’inné et l’acquis
  • Le naturel
  • Différence et société
 2 / Approche physique du genre

  • Le sexe apparent
  • Recherche de soi
  • Plaisir et genre ressenti
  • Perception collective du corps
  • Découverte du corps de l’autre
 3 / Approche historique et religieuse

  • Troisième genre homo
  • Dimension historique du troisième genre
  • L’espace religieux
4 /  Approche scientifique et génétique

  • Les sciences balbutient entre les genres
  • Bases génétiques pour la détermination du sexe
  • Sociologie comportementale
  • Les cinq genres
  • Fusion ou choix

 

Essai d’un autre genre

 

Femme ou Homme ? Y a t-il un… troisième sexe ?

 

Avertissement : La réflexion qui suit repose sur des observations et soulève plus de questions qu’elle n’apporte de certitudes. La société, aujourd’hui comme hier, laisse des individus à part. Personne ne semble définir les genres humains ou s’interroger sur leur multiplicité. A observer les différences, il est impossible de ne pas rapprocher les comportements sexuels, tels que l’homosexualité, des questions de genre ou des états identitaires transgenres et transsexuels. Le risque de confusion des genres existe mais les questions sexuelles sont à facettes, multiples et complexes. Il n’en demeure pas moins qu’un étau social opprime certains individus sous différentes formes à travers le monde.

 

Le Vingtième siècle a été celui de l’affirmation du deuxième sexe. C’est l’écrivain français Simone de Beauvoir qui a marqué les esprits et apporté une réflexion sur la place des femmes dans la société. Les conséquences sociales de son ouvrage « Le deuxième Sexe » perdurent dans le monde, à travers le long combat du féminisme. Après tant de domination masculine, les sociétés modernes ont redécouvert que l’humanité était double.

 

Aujourd’hui, non pas que la lutte pour l’égalité des sexes soit terminée mais l’actualité de la recherche est d’observer ce qui reste dans la boite de Pandore dont Simone a soulevé le couvercle. Des créatures ont des velléités de s’affirmer, plus ou moins cachées au fond de la boite. Ce sont des oubliées de l’organisation sociale. Qui sont ces êtres et comment les classer dans le partage des genres ?

 

Se poser la question : existe-t-il autre chose entre les sexes masculins et féminins conduit à cette remarque : si un autre genre existait, cela voudrait dire qu’il y aurait un troisième sexe. Aujourd’hui, l’existence de minorités sexuelles qui ne relèvent pas d’un éventuel troisième sexe est connue. N’y aurait t-il pas une confusion entre les individus transgenres, les transsexuels, les êtres au genre ambigu, et les orientations sexuelles différentes. Tout ce qui n’est pas dans la norme « homme » ou « femme » conduit au risque d’amalgame.

 

Comment la société intègre-t-elle des genres apparemment différents ? Elle se demande qui sont ces individus mi-femme, mi-homme. Les réponses sont variées, selon le lieu de réflexion et sont confrontées au choc des cultures et des religions. Notre perception est-elle satisfaisante ou un peu hâtive ? Savons-nous juger au-delà des comportements, du reçu, des lois et du conformisme ? Rien n’est moins sûr.

 

Les religions ont orienté les comportements humains. Utilisée par chaque société au minimum comme un repère, au maximum comme imposant ses règles, la religion conditionne le jugement.  Dans les cultures dominées par des hommes, tradition et religion se mêlent dans un intérêt social commun (morale sociale imposée) pour maintenir des pratiques d’un autre âge laissant les femmes abaissées, cachées, voilées, voire coupées du plaisir. Et laissant le reste dans « ce qui n’existe pas ». La pensée de Simone de Beauvoir est relayée à travers le monde par les cris de l’injustice et par des souffrances.

 

Dans ce contexte où la sociologie prend le dessus sur la psychologie, toute pratique individuelle, d’une femme ou d’un homme, sortant du commun, tout comportement différent en société  ne correspondant pas à la norme admise, est le plus souvent réprimé ou inhibé ; refoulé, c’est-à-dire nié, voire prohibé. Il conduit des individus ne pouvant pas vivre leurs aspirations profondes à la mort anticipée. Selon la société où l’on vit, la mort par « mal-être » sera plus ou moins rapide. Il n’est pas fréquent que ces faits profonds fassent surface.

 

Un regard historique s’impose. L’Antiquité semblait tolérante envers les natures différentes. Face à l’échantillon des tendances sexuelles nouvelles, le monde moderne paraît sûr de lui. La critique peut commencer par celle du colonialisme qui a égratigné des cultures en les dominant et parfois imposé des formes de puritanisme à ceux qui n’en demandaient pas. Les Anglais ont par exemple bouleversé l’Inde en remettant en cause l’existant qui les dérangeait ou heurtait leur protestantisme. D’autres ont imposé leur vue en Afrique. L’Asie a tenté de résister aux morales des missionnaires venus de loin.

 

Le vingtième siècle occidental a ensuite inventé les soins psychiatriques pour les actes d’amour dits « contre nature ». Racisme et xénophobie rejoignaient toutes les intolérances. L’étoile rose nazie que les homosexuels déportés étaient obligés d’exhiber, à côté de l’étoile jaune des Juifs, était bien le reflet d’une pensée plus large mettant au ban de la communauté toutes les minorités vivant différemment. On a même condamné des nomades parce qu’ils ne vivaient pas comme nous. Qu’avons-nous appris de ces dérives de l’histoire ?

 

Au Moyen Orient, de nos jours, on ne peut être qu’homme ou femme et les homosexuels sont mis à mort comme des anormaux dangereux. Dans certains pays d’Afrique où les pratiques évoluent peu, et où le célibat est peu accepté, on provoque la mise à l’écart du groupe. La différence de comportement, le genre indécis d’un être, les orientations sexuelles non conformes, déclenchent souvent la même attitude collective : on dénonce le « monstre » ou on le pousse vers l’isolement, c’est-à-dire la mort sociale. Partout, le suicide des jeunes – qui pose des questions irrésolues dans le monde des « bien-pensants la conformité » – évite parfois l’infamie du « coming out » ou la condamnation de sa différence de genre par le regard des autres. Comment supporter sa différence si la société lui ferme par avance sa porte.

 

En Thaïlande et autres pays d’Asie, le destin des différences sexuelles est nettement plus positif qu’ailleurs. Les tolérances populaires apparaissent plus grandes. Ceci se sent dans des domaines touchant l’individu : dans ses choix de vie, le langage, la tenue vestimentaire, le métier, dès la jeunesse et jusqu’à la première vie d’adulte. La sexualité semble discrète mais ouverte à la notion de « pluriel ». Les différences de genres sont acceptées, ou plutôt côtoyées, car la reconnaissance familiale de ces différences de genre n’est pas restreinte socialement, sans être totalement ouverte non plus. On protège les apparences quand c’est possible.

 

Pourquoi tant de différences entre les civilisations, les Etats, les législations et … les pratiques ? Sans doute la réponse réside t-elle dans la reconnaissance planétaire de deux sexes, deux genres conformes à la pensée séculaire et surtout deux catégories d’individus faits l’un pour l’autre, les hommes et les femmes. Diktat de la nature, point final. En dehors de cela rien n’existe vraiment ou plutôt rien ne devrait exister. Il n’y a sans doute pas d’ « êtres transgenres », comme il n’y a pas d’espace pour leur visibilité.

 

D’ailleurs mettre un voile, sur les femmes, témoigne aussi de l’envie de les cacher, ou de se cacher ses propres faiblesses, et présente l’avantage d’exacerber les différences entre hommes et femmes. Ailleurs, là où les libertés des démocraties occidentales favorisent les diversités l’existence de genres différents est devenue quasi indiscutable.

 

Le chemin parcouru par l’égalité des sexes par la recherche de la parité en politique est immense mais il cache en partie celui qui reste à parcourir. 2000 ans de réflexion n’ont pas permis d’observer calmement la nature de certains êtres, soit de corps différents, soit d’orientations non conformes. Cependant, en matière de sexualité, la différence est grandissante entre deux types de sociétés :

  • 1) des sociétés libres, voire libertaires, où tout est permis dans le respect des individus et « des autres » ;
  • 2) des sociétés qui prohibent tout comportement ambigu et conduisent les gens différents à l’exclusion d’une vie sociale présentée comme grégaire et cohérente.

Les secondes ne reconnaissent les différences les plus marquées, comme l’homme-femme ou l’hermaphrodisme, que comme une anomalie de la nature (qui pourrait justifier l’abandon du bébé dès la naissance ou une intervention chirurgicale postnatale) et considèrent les penchants à l’homosexualité que comme une maladie à soigner ou une déviance contre-nature.

 

L’auteur du deuxième sexe en réaffirmant la place des genres opprimés et en déclenchant non seulement des combats féministes mais aussi des encouragements à l’homosexualité féminine, a peut-être renforcé la notion de dualité mais probablement ouvert la conscience à des catégories nouvelles qu’elle connaissait. Il s’agissait d’égalité des sexes masculins et féminins. Mais cela a pu porter la réflexion vers tous ceux qui sont opprimés par l’homme. Une « porte étroite » s’est ouverte, comme disait André Gide, celle de la « différence » marquée par certaines femmes et certains hommes. Porte à élargir puisqu’il s’agirait de reconnaître des sexes ou des genres différents dont le petit nombre serait écrasé par l’évidence des sexes majeurs ou de pratiques sexuelles socialement admises.

 

La recherche mondiale sur la sexualité et celle sur les psychologies sexuelles de l’érotisme et du plaisir sont apparues tardivement. Les premières études datent de 150 ans seulement. Le siècle dernier a changé la vie de bien des individus. La recherche n’a cependant pas suivi aussi rapidement que les nouveaux comportements. Aussi, faut-il s’attendre à ce que l’homme pensant aille maintenant plus loin dans sa réflexion.

 

La sexualité est de mieux en mieux connue dans sa forme classique comme dans ses variantes. En revanche, la recherche concernant les groupes de comportements est plus discutée, alors que ceux-ci se sont affirmés et multipliés. Les aspects affectifs et émotionnels ne semblent pas toujours suffisamment analysés dans les études portant sur les pratiques nées du désir ou de l’amour. Trop de tabous brident la réflexion.

 

Ces comportements différents lorsqu’ils commencent à être analysés butent sur de nouvelles questions ou multiplient les réponses possibles aux questions basiques de l’existence : comment l’individu atteint-il son épanouissement à travers la sexualité ? Y a t-il une évolution sociale de la notion de plaisir ? Le plaisir sexuel n’est-il fondé que comme attraction de deux êtres visant à la reproduction ?

 

Peut-on n’être ni femme ni homme ? Que recherche-t-on dans un partenaire, identique ou différent ? Pourquoi nier le plus souvent les vraies différences alors que nous sommes tous de la même mère qui n’est pas un moule et transmet des gènes différents à des enfants qui ne se ressemblent pas tous. Ne pas s’interroger contribue à laisser dans la marginalité et à refuser l’intégration aux groupes multi-genres. C’est aussi satisfaire le confort de ne pas se regarder soi-même puisque … nous sommes tous, bien sûr, des « normaux ».

 

Cependant les minorités existent bien et les groupes représentatifs divers s’organisent. Pas facile d’ailleurs dans la difficulté qui consiste à regrouper des genres et les pratiques marginales. Il est bien aléatoire à l’inverse d’essayer de définir la normalité. Et tellement plus facile de le faire comme d’habitude. Ceux qui ne se reconnaissent pas dans le partage des genres entre homme et femme existent donc à la marge un peu partout. La marginalité, dans certaines sociétés, avides de catégories, peut se définir mais elle n’apparaît pas uniforme. N’existe-t-il que deux genres, ou trois, voire quatre, en comptant ce que l’on sait plus ce que l’on ne voudrait pas voir ? – Peu de publications courageuses semblent répondre avec certitude sur la multiplicité des genres ou des sexes au-delà de deux.

 

N’existe-t-il que les deux catégories sexuelles, telles que : celle des gens qui font l’amour pour procréer  (loi de la nature + loi sociale + précepte religieux) et celle des individus qui recherchent leur propre épanouissement, recherche du plaisir sans doute mais aussi d’une quête de bonheur en société. Ces derniers seraient cependant asociaux,  la société où ils vivent ne trouvant aucun intérêt à leur existence.

 

Il est courant de considérer que les humains qui auraient un corps un peu différent (des formes, par exemple) ou très différents (double sexe M/F) les préparant à des choix et des pratiques différentes sont des créatures « anormales » et seraient, selon les scientifiques, des créatures non conformes. L’hypocrisie sociale se complait à ne pas expliquer précisément ces choses-là, sinon à signifier que tous les gens qui ne rentrent pas dans la catégorie des deux genres normaux,  sont des ratés ou des anomalies de la nature.

 

Comme les femmes étaient autrefois considérées comme des inférieures, nées d’une partie du corps de l’homme selon les Ecritures saintes, les individus qui se distinguent du groupe dominant de manière plus ou moins choquante, sont considérés comme inférieurs et sont, de ce fait, méprisés, sinon se noient dans l’indifférence. Cette catégorie d’êtres différents par le corps ou par les pratiques sexuelles, existe que les sociologues, à la suite des médecins, commencent à connaître. La question se pose de savoir qui serions-nous si nous n’étions ni homme ni femme. Se la poser suscite la désapprobation de ceux qui se sentent bien dans leur peau, image de femme ou d’homme. Même par une saine réflexion, la démarche est difficile.

 

Un troisième sexe fait sourire. Qui n’a pas tourné le regard, haussé les épaules, parfois par gêne, parfois par exaspération, voire éclaté franchement de rire devant la différence d’allure d’un être ambigu ou du fait du décalage entre une apparence, un habillement, un comportement et l’image sociale attendue dans la ville ou dans le village. Qui, par ailleurs, ne s’est pas posé de question sur une voix, sur une pomme d’Adam, sur une poitrine, sur la forme d’un bassin, sur une démarche chaloupée ou un comportement équivoque ?

 

Le plus souvent on détourne le regard comme devant un handicapé. Devant un « cas », on baisse la tête, une main devant la face pour ne pas montrer que l’on sourit. La différence dérange. En Thaïlande, un peu moins qu’ailleurs, même si la place des femmes n’est pas encore une conquête sociale définitive, être différent n’est pas une maladie honteuse. Il est possible ainsi d’y faire progresser la réflexion vers la reconnaissance d’un troisième sexe. En fait, le schéma de pensée nécessaire passe par la compréhension de ce que nous sommes et par la capacité à accepter la différence de ce que nous croyons connaître sur le genre humain.

 

Il arrive de se demander si le genre humain est uniquement dual et quelle est la part du reçu familial et des préceptes religieux dans nos conceptions classiques. Que dit la Médecine sur les genres de la naissance à l’âge de la sexualité.

 

1 – Qu’est ce que le genre humain ?

 

Le sexe détermine en principe le genre. A moins que ce ne soit l’inverse dans une humanité en évolution. Le genre humain, cet inconnu si connu dans les consciences collectives, est peut-être, après tout, en devenir. Deux sexes donc deux genres ? Plus de deux genres peut-être. Mais alors plus de deux sexes paraît inconcevable. En tout cas, si les questions se posent, elles mériteraient une réflexion universelle qui dépasserait les conventions et surtout les tabous. Ce qui ne semble pas du tout le cas à travers le monde d’aujourd’hui.

Dualité femme/homme

Toute société humaine, aujourd’hui comme hier, quels que soient les types de structures que nous dévoile l’histoire des civilisations, est basée sur deux sexes. Il y en a un, le sexe masculin, qui veut dominer l’autre. Partout le mâle dominant a créé des sociétés humaines un peu à l’image des sociétés animales. Les dominants et les dominés. Les actifs et les passifs. La volonté de pouvoir et la force de la résistance. Il est physique que l’animal domine sa femelle. En revanche il est difficile d’accepter la domination d’un sexe sur un autre chez l’animal réfléchi qu’est l’homme. Ce sont les valeurs de respect et d’équité qui dépassent la notion de domination dans le couple et dans l’acte d’accouplement.

 

La dualité est un schéma sans doute naturel mais aussi vraisemblablement rassurant. « Le penchant de l’instinct est indéterminé, écrivait Jean-Jacques Rousseau, un sexe est attiré vers l’autre, voilà le mouvement de la nature ». Lequel est attiré vers l’autre ? Qui choisit l’autre ?

 

La domination masculine s’appuie sur les données physiologiques d’un corps. C’est l’image du coq et de la poule. Ce n’est pas le cas chez tous les mammifères au premier coup d’œil, les lapins, les baleines, par exemple. Seul le membre du mâle différencie les corps des chiens, chevaux, éléphants, sans pour autant différencier les qualités intrinsèques des mâles et des femelles. Parfois d’autres éléments comme la crinière interviennent. Certaines espèces sont souvent d’apparence similaire, les oiseaux, par exemple, ou les reptiles. Pas facile de différencier le pigeon et la pigeonne sans être un expert. Il y a aussi des espèces aux genres moins typés, voire bisexuées.

 

Chez les humains, les différences physiques sont incontestables. Les performances sportives des femmes ne rejoignent pas celles des hommes, même si parfois, dans certaines disciplines, elles s’en rapprochent. La pomme d’Adam et la pilosité sont révélatrices des hormones mâles lorsque la poitrine n’est pas apparente.

 

Le mâle s’exprime par sa force. Néanmoins, à l’origine, lequel est le plus fort entre un ovule et des milliers de spermatozoïdes. Et lequel est le plus précieux ?

 

Les exceptions individuelles à la domination de l’homme sont nombreuses. Certaines femmes dominent en politique aussi bien que dans certains secteurs industriels. Exceptions collectives aussi : des sociétés matriarcales ont existé et existent encore. Dans l’Etat de Meghalaya en Inde, par exemple. Les Mossus encore aujourd’hui en Chine. Dans ces sociétés, les femmes dominantes ne considèrent le sexe des hommes que comme un jouet à leur disposition. La place des hommes est alors limitée à offrir leur force de travail, à donner du plaisir aux femmes et, bien sûr, à la reproduction, les enfants portant naturellement le nom de leur mère. Les femmes décident des questions importantes de la vie quotidienne et de l’organisation de la société. Elles choisissent plus ou moins, du fait de leur place dominante dans la société et dans la vie quotidienne, une sorte de maitrise des naissances avant l’heure.

 

La domination d’un sexe sur un autre sexe semble avoir atteint ses limites. Pas partout puisque le long combat des femmes dans le monde continue. Il a pour volonté de replacer le sexe féminin à une place équivalente à celle des mâles dominants. Ce qui est rare chez les animaux sauvages est possible chez l’homme civilisé : la recherche d’une certaine parité.

 

La dualité apparaît naturelle puisque elle est la marque élémentaire de la pensée : le yin et le yang, pair et impair, vrai ou faux, mais aussi la structure du corps : cerveau, yeux, mains, reins et même les ovaires. L’accouplement de deux êtres pour féconder et perpétuer l’espèce relève aussi de cette dualité. L’animal aussi cherche son complément. L’instinct de reproduction l’y pousse. Cependant l’homme ne pourrait-il pas élargir sa réflexion et maîtriser à l’avenir sa reproduction en regardant la survie de l’espèce autrement ?

 

La dichotomie sociale – tout est double – présente au quotidien, est devenue un schéma de pensée et un réflexe collectif dont il est difficile de sortir. En somme, il n’y aurait même plus à se poser de questions sur le genre humain : nous avons des certitudes d’homme ou de femme. C’est la conscience collective d’aujourd’hui qui prête à réflexion mais qui est une évidence pour la plupart des humains.

 

La famille

 

Il est facile de constater que les concepts de vie sociale prennent leur force dans la famille. C’est dans le foyer familial que nait l’enfant. Les traditions se perpétuent par l’intermédiaire de ce qui est la cellule de base. L’objet même de la famille est tourné vers la descendance, c’est dans la nature des choses. Observons le couple qui conçoit un enfant, ce sera forcément un garçon ou une fille. L’un ou l’autre. L’une ou l’un. D’ailleurs l’amour cherche à se reproduire à l’identique.

 

Des croyances amènent certains géniteurs à calculer la date de fécondation et celle de l’accouchement pour rechercher le sexe à venir en fonction de la position de la lune. Celle-ci influerait sur la détermination d’un sexe ou d’un autre. La lune, elle aussi duale, se voit attribuer des effets peu fondés. L’idée de choisir le sexe du bébé reste fréquent chez ceux qui se projettent dans leurs enfants dès la conception. Il est pourtant simpliste de penser que la maman va accoucher d’un garçon qui sera fort et sportif  ou d’une fille, gracieuse, qui aimera les bijoux, la danse ou la couture. Ce sont des faits et des tendances récurrentes à l’eugénisme. Beaucoup d’Occidentaux sont sur cette route que la mondialisation renforce sans souci de la bioéthique.

 

Avant la naissance, le petit être est déjà programmé par la famille pour être ce que veut la société et pour faire comme les autres. En fait, le nouveau né n’a pas d’autonomie ? A la naissance, il ne pense pas. Il devra donc être comme ses parents le souhaiteront et ils voudront ce que la société, riche de l’expérience des générations qui se succèdent, leur dit de vouloir. Sans doute, est-ce heureux car l’enfant se fait psychologiquement par le rôle essentiel des parents qui transmettent des valeurs, même si le danger existe d’une éducation non adaptée. L’Histoire a connu des sociétés qui retiraient les enfants aux parents dans le but d’une éducation collective. On conçoit que ce soit pire que tout.

 

Observons comment se comportent les peuples dans les régimes dictatoriaux : tous nationalistes et univoques. L’analyse des J.O. de 2008 est révélatrice : l’Etat organisateur a bien fait son travail. Tout le monde parlait d’une même voix. La Chine n’a t’elle pas commencé depuis longtemps à réguler les naissances et à agir sur la prise de décision à la place des parents en programmant la naissance d’un seul garçon, ou d’une seule fille. La norme sociale façonne la famille et la famille façonne l’individu. Ailleurs, c’est porter le voile qui est ancré dans la société et l’usage laisse peu de chance aux femmes de contester leur première éducation et de se différencier en refusant aussi la protection du regard des autres.

 

Sur le plan familial, la « dictature » des parents, relative pour sûr, passe inaperçue et pour cause : la perpétuation de la norme est la règle établie selon l’endroit où l’on se trouve. Ainsi naître fille en Chine est une destinée subie. Dans d’autres cultures, la fille doit se soumettre à son père et à ses frères. Ailleurs, l’enfant baptisé, ou circoncis, est également soumis, pour d’autres motifs tout aussi totalitaires, dès l’enfance.

 

L’enfant se construit avec la famille. Parfois, elle lui manque et ce n’est pas l’Etat qui peut la remplacer. Ce qui est bénéfique c’est lorsque les règles éducatives qui structurent le jeune sont assorties d’amour. Education ouverte si possible mais souvent orientée par la conformité collective. L’enfant se rebelle parfois sans trop savoir pourquoi contre sa famille. Soit par insuffisance d’amour ou de compréhension, soit du fait d’autres éléments extérieurs qui remettent en cause son harmonie intérieure dans un environnement subi. Il souffre de son étau social. Les familles modernes dans les démocraties en prennent tellement conscience qu’elles abandonnent parfois trop leurs prérogatives parentales d’autorité et tombent dans une éducation permissive qui désespère les enfants en quête de repères.

 

La nature des êtres est ce qu’elle est. Il n’est pas certain de pouvoir la changer malgré la tentation d’intervention en deçà de la bioéthique. Lorsqu’un couple envisage de choisir un sexe ou un autre pour son enfant, on entend : « Je voudrais une fille ou un garçon, donc je choisis un régime alimentaire adapté ». Les scientifiques ont montré que l’incidence des éléments de nourriture favorable au choix du sexe de l’enfant à naître que l’on retrouve de manière statistique plutôt propice à la naissance de filles ou de garçons, ne sont pas scientifiquement déterminants pour le choix biologique du sexe du futur enfant.

 

Cette idée traduit l’envie fréquente des parents de choisir le sexe du bébé qui est pourtant déjà conçu. Il est cependant admis, sinon prouvé, que l’embryon n’est pas sexué dans les toutes premières semaines de la conception. Aux USA, des techniques existent de dépistage du sexe à la dixième semaine pour … éventuellement pouvoir avorter. Ces tests permettant de choisir le sexe de l’enfant aboutiront dans les prochaines années à quelques déceptions car, si on choisit un jour le sexe de son enfant, il est probable qu’on ne choisira pas forcément le genre et que des surprises surviendront. Les parents peuvent choisir initialement, l’enfant décidera lui-même ensuite de son genre et de sa vie (lorsque la société dans laquelle il s’inscrit le lui permet).

 

On est encore loin de la sérénité populaire, comme de la vérité médicale, même si la science biologique continue de progresser et de confirmer la connaissance de plus en plus grande de l’apparition d’un embryon et de la construction physique et mentale d’un enfant.

 

Ce sont les gamètes des cellules nées de la fécondation qui déterminent le sexe au double chromosome XX ou XY, pas la nourriture de la maman. Les médecins l’enseignent en biologie. Il y a dans le phénomène d’apparition de la vie, de moins en moins de zones d’ombre et l’analyse scientifique paraît irréfutable. Cependant, la volonté parentale aurait-elle un effet sur la psychologie du fœtus pendant la grossesse, là rien n’est démontré.

 

Sauf manipulation « in vitro » des embryons, on ne peut pas encore choisir le sexe de l’enfant que l’on désire, même si le temps d’y parvenir n’est peut-être plus très loin. Cependant si l’on pressent l’existence d’un troisième sexe, il faut craindre que les manipulations médicamenteuses au début d’une grossesse ne fassent que renforcer à l’avenir le risque de trouble du genre et peut-être même renforcer la présence d’un genre différent. En effet, le développement hormonal se répand pour accompagner certaines carences de croissance. La prescription d’hormones accentue ou modifie l’effet des glandes dont on ne mesure pas vraiment le fonctionnement. Ceci crée un risque du genre.

 

Comme le tabac et l’alcool chez la femme enceinte influent sur la future santé du bébé, les parents peuvent pendant la grossesse, et dans les premiers jours et les premiers mois après la naissance, avoir une influence déterminante sur les primo-perceptions de celui-ci. Ainsi, pour le tempérament de l’enfant et, en particulier, son tempérament de genre, ou son orientation sexuelle, se prépare très tôt.

 

L’expérience montre que si vous voulez un garçon mais que c’est une fille qui naît, ou inversement, malgré votre souhait, vous allez inconsciemment manifester votre regret par un transport d’affection paternelle ou maternelle différent de celui pour vous auriez eu dans le cas du sexe opposé, surtout si vos aviez décidé qu’il n’y en aurait pas d’autres. Ainsi le contrôle des naissances a t-il une influence directe sur la psychologie des enfants dans un milieu familial qui est l’entité sociale de base. La cellule familiale est la courroie de transmission entre la société et le nouvel être qu’elle accueille.

 

On sait que l’effet d’une cellule familiale élargie aux grands-parents se trouve renforcé. Les anciens ont parfois plus envie de transmettre un vécu que les parents eux-mêmes confrontés au changement de vie engendré par l’arrivée d’un enfant. Les grands-parents peuvent développer chez l’enfant l’esprit critique et l’ouverture par opposition à l’étroitesse d’une cellule parentale ou monoparentale.

 

La cellule familiale s’enrichit aussi de la fratrie. Un enfant unique risque la pensée unique dans sa perception du reçu social s’il n’est pas confronté à d’autres enfants ou d’autres réactions. Dans ce sens, les crèches et les écoles primaires sont alors une vraie chance d’apport éducatif diversifié.

 

Le cas du fils unique : un garçon unique au milieu de trois sœurs ne sera pas le même que s’il était au milieu de trois frères. Inversement pour une fille au milieu de ses frères. De même la place d’un enfant dans la lignée détermine une part de sa psychologie. L’ainée et la cadette ne reçoivent pas les mêmes leçons. L’enfant puiné est souvent différent de l’ainé, fruit du premier amour, et aimé différemment. De même pour le dernier né qui est choyé comme le trésor le plus fragile. Le puiné, potentiellement moins capteur de la globalité de l’amour parental, est contraint de réagir, soit de s’ouvrir, soit de se refermer. Aucune analyse scientifique connue ne le montre mais il est possible que les bisexualités soient favorisées chez les puinés. De même, le dernier né serait plus favorisé pour moins subir le reçu parental et mieux choisir son orientation et ses penchants.

 

Le cas d’une fille unique (à l’image de celle du navigateur Tabarly), faute de frère, enclenche la tentation d’élever son enfant plus ou moins consciemment comme un garçon pour assurer une « descendance » cohérente, dans l’esprit du père. Cet état particulier d’éducation peut toucher d’autres enfants, révélateur des possibles ouvertures données aux filles d’être plus ou moins féminines ou plus ou moins garçonnes. Jeanne d’Arc, par exemple, pas fille unique mais plus active à la ferme et à la charrue que bergère isolée, s’est faite à la dure avant de devenir cavalière. Toutes les femmes combattantes sont des exemples de femmes fortes qui se rapprochent, de près ou de loin, de l’identité masculine. A l’inverse, de grands couturiers, des danseurs étoiles, se rapprochent, dans leur art, de l’identité féminine.

 

L’influence d’un père autoritaire, violent ou alcoolique, dans le foyer aide aussi l’enfant à se déterminer sexuellement par admiration ou par rejet du père. L’absence d’un père protecteur présent à la maison conduit des fils à rechercher plus tard l’amour du père qu’ils n’ont pas eu.

 

Dans le sens inverse : un couple a déjà deux garçons, il espère une fille pour le troisième. C’est à nouveau un garçon ! Alors plus ou moins consciemment il va être élevé comme une fille. … A commencer par la layette rose que était préparée et qui va être utilisée en pensant que la couleur n’a pas d’importance… Inconsciemment la maman va chercher à faire de ce garçon le complice qu’elle espérait, sa confidente donc, et le garçon apparaîtra efféminé des son plus jeune âge. Tout semble avoir son importance, y compris le choix du prénom.

 

Le phénomène existe en Inde depuis longtemps où des familles qui ont déjà eu plusieurs garçons, choisissent d’élever délibérément le dernier-né en fille. Celui-ci se féminise et rentre peu à peu dans la catégorie des transgenres. C’est, dans ce cas, le choix parental et l’acceptation sociale qui crée l’individu et pas son sexe apparent à la naissance.

 

Les traités de psychologie expliquent l’influence de la primo éducation sur l’orientation des enfants. Les deux premiers mois seraient déterminants, selon le docteur Françoise Dolto. Au bout de 2 ans, les tendances essentielles du caractère ne pourraient plus être changées fondamentalement. L’essentiel de l’individu serait fait. L’éducation et les parents ne pourraient alors plus changer que l’apprentissage sur la base de structures générales sur lequel s’appuiera toute sa vie l’individu. Même l’adolescence qui permet à l’enfant de changer de comportement, selon sa propre pensée et selon son vécu d’enfant – et parfois de changer d’orientation sexuelle –  serait conditionnée par l’acquis social et parental initial et l’expression des sensations, des frustrations et des phantasmes de la prime jeunesse. Elle ne ferait que se révéler au Moi au moment de la prise de conscience de son sexe.

 

Ce sont les parents qui disent aux enfants le genre auquel ils appartiennent. Par la suite l’individu sent à quel groupe social ou à quelle identité il veut appartenir. L’identité de genre est le sentiment d’appartenir à une classe d’individus qui ressentent les mêmes choses. Ce n’est pas forcément l’identité reçue. Encore moins celle imposée par la perception de la morphologie dans un regard social.

 

En réalité, c’est l’enfant qui se fait lui-même sur le chemin psychologique tracé dès les premiers mois par son accueil dans le monde des vivants et par ses premières perceptions inconscientes. Les parents ont prédéterminé, par les gènes d’abord, puis par leur comportement, la sensibilité, l’écoute, la curiosité, l’ouverture d’esprit, l’amour de soi, le talent, le respect, la passivité, le dynamisme, le goût, voire la rudesse ou la légèreté.

 

Avant l’adolescence, c’est le jeune qui va se démarquer de ce reçu pour en accentuer, ou pas, les effets. Sa perception de soi dans un groupe social le construit peu à peu. Puis vient la perception des transformations de son corps pubère qui lui donne une conscience comme acteur dans la société dans laquelle il vit ou dans laquelle il est invité à participer. Il peut encore choisir sa place même s’il ne peut plus choisir son être. Il maîtrise alors plus ou moins une évolution culturelle et sociale (si la société dans lequel il vit le lui permet). Il se fait. Il se cherche et il se trouve le plus souvent.

 

Des médecins et sexologues se demandent si s’interroger sur son sexe ne serait pas un délire. Ils craignent parfois que la tentation d’accepter l’orientation sexuelle par « convenance personnelle » ne conduise à un manque de repères alors que la différenciation des genres est indispensable à la construction des sociétés. Ces médecins sont des responsables sociaux. Leur objectivité n’est contestée que par la subjectivité de cette réflexion. Certes, la société est un repère mais les sociétés comme les hommes changent et changeront.

 

L’idée du changement de sexe apparaît chez des préadolescents au moment où ils découvrent un corps nouveau, sexué, et aussi découvrent le corps attirant de l’autre, ou des autres. En fait, à quelques exceptions près, les enfants ont une conscience limitée ou peu claire de ces choses et les pulsions sexuelles apparaissent comme une nouveauté lorsque le corps devient adulte et que le sexe devient un révélateur de personnalité. On s’aime alors, ou on ne s’aime pas, dans son nouveau corps ou dans sa prise de conscience nouvelle d’un corps sexué. Le regard s’ouvre alors sur le sexe et donc sur le sexe opposé pour le découvrir et se compléter.

 

C’est à ce moment de la transformation de l’esprit du jeune que la rudesse ou la maltraitance perçue par l’enfant dans sa jeunesse peut devenir mal-être et violence, ou volonté de changement pour ne pas devenir le même que celui qui vous a fait souffrir. De même, les frustrations d’enfance peuvent devenir boulimie d’action ou tendance à l’autodestruction. Autre exemple : la souffrance des enfants de réfugiés ou d’exilés, crée chez eux à l’âge adulte un besoin d’actions plus fortes et une ambition parfois démesurée.

 

L’inné et l’acquis

 

Le genre peut être évalué à la naissance, avec objectivité, mais, comme pour beaucoup de choses humaines, l’acquis change l’inné. Ce qui est, se transforme. Les règles familiales se perpétuent en se transmettant de génération en génération. L’école ouvre les barrières familiales mais parfois elle peut aussi en ajouter. Par exemple, pourquoi celui qui est naturellement porté à écrire de la main gauche (inné), se trouve rectifié dans la tenue du poignet droit pour l’obliger à écrire comme tout le monde. L’école pour que l’élève écrive comme il convient, de la main droite, a bien une attitude de rectification de l’inné. La famille, l’école, la société programment, éduquent, imposent des concepts et « rectifient » les penchants naturels de ceux qui ne se conduisent pas comme tout le monde.

 

En ce qui concerne le développement des sentiments il peut en être de même. On dit de certaines mères qui bichonnent leurs enfants dans leurs jupes, qu’elles sont castratrices. C’est-à-dire qu’elles brident ou retardent le développement sexuel des enfants. Par leur présence et leur façon d’aimer. C’est sans doute aussi vrai en Asie qu’ailleurs. Ceci conduit certains enfants à n’aimer que leur mère, comme une partie d’eux-mêmes. Dans ce cas, la fille de cette mère aimera les hommes et considérera que la seule femme à aimer ne peut être que sa mère. Le fils amoureux éternel de cette mère pensera la même chose et aimera peut-être les femmes qui lui ressemblent ou se tournera sexuellement vers les hommes.

 

Le complexe d’Œdipe est sous-jacent à cette relation, Sigmund Freud l’a bien montré. Difficile d’affirmer si, pour l’enfant, l’instinct est inné et le complexe acquis. La réponse est sans doute l’osmose maternelle qui dure forcément mais ne devrait pas trop se prolonger (on parle de couper une seconde fois le cordon ombilical). Quand on parle d’instinct, où nait-il et se trouve-t-il dans les gènes. Faut-il le cultiver ou le brider ? S’il reste une part d’inconnu dans le processus de fécondation c’est bien celui qui déclenche le genre de l’embryon.

 

Le complexe est un conflit de genres. Le premier élément sentimental construit est un rapport d’amour avec sa mère ? L’enfant nait avant tout d’une mère. Les filles comme les garçons. C’est peut-être à ce stade qu’on pourrait rechercher un début d’argument pour ceux qui pensent qu’il y aurait un plus grand nombre d’individus homosexuels males que de lesbiennes. Idem pour les transgenres. Cette appréciation oublierait cependant la présence du père aussi importante dans l’éducation et aussi décisive pour la sexualité épanouie des filles que des garçons. Tout est dans l’expérience de l’éducation et de la vie et rien ne favorise réellement de pencher d’un côté de l’amour plus que d’un autre. Notre pensée est pleine d’a priori.

 

Comment l’enfant apprend-il la vie ? – Ce que la société ne lui apprend pas (parce que ce n’est pas socialement conforme), il va l’acquérir s’il s’ouvre à l’extérieur de sa cellule familiale. C’est l’activité, le jeu, l’art et surtout le livre qui répondent aux besoins (aujourd’hui les médias et internet en plus). La religion apporte des réponses à toutes ces questions. Toutes les religions semblent faites pour cela : apporter des réponses. Faute de lecture, d’ouverture aux arts, et faute d’une presse libre et accessible, l’enfant ne peut que suivre les préceptes familiaux ou ceux d’une religion. Il faut apprendre pour devenir. Seuls ceux qui auront appris à s’ouvrir sauront se libérer de l’appris et de l’acquis.

 

Internet est en train de faire sauter ces barrières de transmission des connaissances, non sans danger pour l’éducation. Cependant le débat, sur la dualité des sexes et les orientations sexuelles, devrait profiter de cette ouverture. Des yeux quémandeurs (et agressés par les images) découvrent peu à peu les différences perceptibles autour de la planète. Certains vont en souffrir. Ceux qui se recherchent trouveront au moins la satisfaction de se sentir moins différents, sinon moins seuls. En dehors de la dualité homme-femme, des gens se sentent bloqués parce qu’ils s’interrogent sur le genre qu’ils ressentent. Le « sexe ressenti » est une réalité invisible. Il oblige à rapprocher l’idée d’un troisième genre sinon un troisième sexe du cas des êtres transgenres qui sentent à l’intérieur un genre différent de celui de l’apparence externe, et rêvent de changer de sexe. D’un côté des interrogations, de l’autre des évidences ressenties.

 

Le danger d’internet serait que ces jeunes quémandeurs ne trouvent que la confusion et la déception comme seule réponse à un questionnement qui se voudrait avant tout hors sexe. La quête de soi précède la quête de la jouissance. La curiosité est intellectuellement saine. L’agression des images peut à l’inverse transformer.

 

L’idée du troisième sexe dérange un monde dual et le sexe ressenti ouvre la porte à de nouvelles catégories de genres trop facilement classées dans la marginalité d’un … troisième sexe. Elle ébranle des certitudes sociales, médicales ou psychologiques, qui considèrent que tout ce qui n’est pas dans la norme, est défini comme « a-normal ». Elle interpelle le public. Il est étrange de constater combien l’évolution est lente et comment semblent muets les statistiques et les officines, en dehors de certaines recherches médicales universitaires. Les sexologues, médecins des questions d’identité sexuelle, plus au fait des réalités, n’ont publiquement que peu d’écoute.

 

La question des genres a pour effet de renvoyer la société à cette sorte d’énigme millénaire : qu’est-ce qu’un homme et qu’est-ce qu’une femme ? Donc, qui suis-je ? Accepter de se poser la question obligerait à ouvrir les yeux sur ce que sont les autres. C’est cependant le moyen de dépasser les clichés, transmis de civilisation en civilisation, et aussi la possibilité de découvrir dans le fond secret des individus autant de féminité que de masculinité.

 

Chacun peut être amené à se poser une telle question alors qu’il est bien plus confortable de s’arrêter à l’existence de deux sexes et à des comportements de mâle et de femelle. Il y a chez les êtres évolués que nous sommes une part de masculin et une part de féminin. On commence à le savoir, pas vraiment à l’accepter. L’éducation reçue consiste en effet souvent à nous apprendre à nier une des deux parts qu’il y a en nous. C’est plus rassurant. Soyons de vrais hommes. Soyons de vraies femmes. C’est socialement correct. Et ainsi la société se protège et se perpétue : l’amour conduit ainsi à la divine procréation.

 

L’enfantement est l’aboutissement de l’amour humain et l’épanouissement d’un couple passe par l’enfant mais le cadre social et ce qu’on appelle « le planning familial »,  ne donnent t’ils pas une indication de ce que veut la société, quand il favorise le nombre d’enfants souhaitable par famille. En économie capitaliste, il faut toujours plus d’enfants pour soutenir la consommation puisque le développement est basé sur la croissance du marché. Ainsi, procréer devient un besoin social. Serait-il imaginable de renoncer au développement effréné afin de favoriser le bonheur tranquille des vivants ? La crise économique actuelle, et celle de la faim dans le monde, feront peut-être bientôt renaître Malthus et même l’idée d’une planète Terre à protéger d’un trop plein de peuplement destructeur.

 

Le « naturel »

 

La nature est multiple. Les deux genres humains sont, par nature, différents. La différence entre homme et femme fait partie des évidences instinctives puisque le sentiment de plénitude n’est atteint, semble t-il, que lorsque le féminin se joint au masculin. Une femme et un homme accouplés forment la perfection de l’être et ont conscience alors de leur unicité. Mais la nature fait-elle toujours bien les choses quand un garçon nait dans un corps de femme ou l’inverse encore plus fréquent, semble t’il ?

 

Etre soi-même est une perception et une quête. C’est sans doute être au complet, c’est-à-dire être soi-même dans une plénitude ou, bien sûr, posséder son autre moitié. La plénitude ne se trouve pas dans la solitude ou le célibat. Sauf exceptions comme celle d’aimer très fort un dieu qui remplace sa moitié, chacun cherche à partager sa vie. La nature a horreur du vide mais la nature de l’homme est de connaître un manque et de compléter un vide originel qu’il ressent dans son corps et dans son âme.

 

La question se pose néanmoins sur la perception de chacune des moitiés dans les sociétés où la place de l’un n’est pas la place de l’autre. Sont-ce les sociétés qui éduquent, forment ou déforment la nature des êtres humains ? Ou sont-ce les gènes que les humains se transmettent ? Les femmes habituées aux travaux de force ressemblent parfois à des hommes. L’évidence est-elle toujours la règle en morphologie ? Si la perception générale de ce qu’est une femme ne se discute pas, elle n’empêche pas l’exception d’une femme-homme ou d’un homme-femme. Partout, dans la nature, les exceptions existent.

 

Des humains troublés par la société qui ne ressent pas leur trouble, se sentent en marge. L’évidence de la nature n’est pas « évidente » pour tout le monde. Se faire traiter de minorités n’arrange ni la marginalité ni la personne agressée. Ainsi  des femmes et des hommes se cachent, noyés dans la masse des gens normaux, ou avancent masqués pour éviter d’être observés dans leur différence : triste réalité de bien des communautés.

 

Au delà du caché, demeure le visible. L’observation des différences de morphologies entre certains êtres si différents des autres, conduit à observer des variantes entre les groupes, les tribus et même probablement les races. Certains individus de race jaune, par la faible pilosité masculine, présentent des différences moins marquées que les autres races avec les femmes. Quand on revient d’Afrique, où les différences morphologiques entre les sexes sont plus accentuées, les Asiatiques paraissent parfois un peu tous semblables au regard étranger. Certains Chinois qui marchent groupés en bleu de travail, même taille, même corpulence, semblent sortir d’un même moule.

 

Se travestir pour changer en apparence de genre semble plus facile en Asie qu’ailleurs. Au Japon, des hommes habillés en femme, et maquillés, apparaissent identiques aux femmes. De plus, les formes de certains corps sont parfois peu accentuées et permettent tous les doutes. Les femmes sont dures au travail, les hommes sont plutôt graciles. Les voix sont souvent les mêmes. Parfois, le regard vers certaines personnes pose la question : femme ou homme.

 

La confusion des genres est fréquente en Europe et l’ambigüité est parfois même recherchée depuis un quart de siècle, dans la mode notamment. Partout, comme en Asie, les cheveux sont des masques. Autrefois, les femmes avaient les cheveux longs pour être distinguées. Les couper fut un début de liberté acquis. La cravate est un attribut masculin que les femmes désormais utilisent. Les sous-vêtements se sont unisexués quand les corsets, jarretelles, bas et collants disparaissaient. Les habits sont des modes d’expression, mais aussi des masques. Les pantalons et les robes aussi. Les hommes portaient autrefois des robes. Les femmes aujourd’hui des pantalons. Tout est possible, y compris l’évolution des coutumes et standards établis. Toutefois, entre le masque esthétique d’une femme élégante qui se maquille et la burka afghane, masque social, il faut distinguer l’apparence choisie pour se sentir soi dans la société, de l’autre masque, subi, qui enferme dans un type de société, dans une religion ou dans un bouclier de protection face aux mâles peu capables de maîtriser leurs pulsions.

 

En Thaïlande, en ville ou à la campagne, au travail comme à l’université, on rencontre souvent la différence de genre : un être ni homme ni femme. Un certain consensus social sur l’existence d’un sexe neutre, mi homme-mi femme, semble accepté. Pourrait-on choisir son genre, voire son sexe, dans ce pays ? Les adolescents donnent parfois l’impression de choisir leurs penchants vers un sexe ou l’autre. Sans doute ont-ils dans ce pays l’occasion de se poser la question de ce qu’ils sont dans un univers plus ouvert et moins déterminant qu’ailleurs.

 

Ceux qui choisissent leur genre, à l’intérieur d’eux-mêmes, découvrent que leurs désirs ne sont pas conformes à leur apparente nature. Il ne s’agit pas forcément d’une orientation sexuelle, mais d’un trouble du Moi. Est-ce uniquement parce que l’adolescence est ambiguë ? En Thaïlande, il ne semble pas que ce soit un tel trouble mais plus un cheminement harmonieux et sans tabou vers celui qu’on veut être. La société acceptant les différences, c’est un contexte plus ouvert qu’ailleurs. Cependant, à un certain niveau de la société, les choses sont moins simples et les différences moins admises. On retrouve de l’ambigüité cachée chez des adultes de haut rang. Comme le paraître est important,  il ne faut pas exhiber sa différence.

 

Ailleurs dans le monde, il est moins aisé de reconnaître l’existence de genres différents des deux sexes reconnus. Surtout si la société n’intègre pas cela dans ses normes. Les cas « transgenres » sont considérés comme rares.  Et comme cela paraît marginal en terme statistique, les Etats ne traitent pas vraiment la question et les minorités sont raillées par leur entourage. A tel point que l’intolérance latente au quotidien crée un exode rural de ces minorités au profit de rassemblements plus vivables dans les capitales. Ainsi naissent des ghettos où l’expression outrancière s’exacerbe alors.

 

Dans la recherche personnelle de chacun, il faut distinguer deux parties, celle de posséder l’autre, c’est la recherche sexuelle et celle de devenir soi et là il n’y a plus rien de sexuel mais seulement la recherche d’une identité. Selon les individus, cette recherche est parfois simple et rapide, faite de cohérence entre une société et deux individus qui s’aiment, parfois bien plus complexe et longue sur un parcours hésitant.

 

Au-delà de ce que disent les accoucheurs, de ce que veulent les parents, de ce que pensent les amis, de ce que l’éducation et la société encourage, il y a la quête de synthétiser ce qui peut nous faire devenir nous-mêmes.

 

Le reçu + l’acquis + le vécu + la pensée de recherche de soi = donnent une personnalité.

Cette personnalité ne sera épanouie c’est-à-dire « bien dans son genre » que si elle a fait ce cheminement introspectif :

  • soit par ouverture d’éducation ou ouverture d’esprit, soit par des expériences sexuelles occasionnelles, dans un certain environnement, notamment les rassemblements de personnes (armées, collèges, harem, prisons, clubs sportifs, isolement religieux …).
  • soit l’individu a une propension à « la pensée de soi » qui recherche « un moi » en harmonie ou en recherche d’harmonie avec ce qu’il est réellement ou ce qu’il voudrait être dans ses rêves ou ses phantasmes,
  • soit il se trouve passivement en harmonie avec la pensée commune reçue et érigée en norme.

 

Différence et société

 

Bien des sociétés ont refusé un espace d’insertion aux « transgenres ». Aujourd’hui encore, même en France, vouloir changer de sexe est considéré comme une maladie mentale.

 

Les homos, les tantes, les gouines, les travelos, ont souvent été rejetés et méprisés et le sont encore à bien des endroits. Les « transformistes » le sont de fait presque partout. On leur jette des pierres, plus souvent dans le monde moderne que dans l’Antiquité. C’était le même traitement pour les premières femmes à rouler à vélo ou à se couper les cheveux. Aujourd’hui, les femmes peuvent monter à cheval comme un homme mais, pour les « transgenres », c’est encore la lapidation dans certains pays du golfe persique et la direction du Bois de Boulogne pour les Brésiliennes. Des exceptions à cette misère et à ces échecs existent. Des filles sont devenues des garçons et des garçons sont devenues des filles par traitement médical, voire chirurgical. Trop de gens continue à trouver cela « anormal ». L’amalgame est facile entre ceux qui se croient normaux et ceux qui sont « différents » dans leur sexualité ou dans leur identité.

 

Les individus du troisième sexe sont souvent définis comme des malades ou des fous par la société. La psychiatrie estime qu’ils sont atteints de démence. Les troubles d’identité seraient des névroses par simple refus de son sexe et l’envie d’en changer. Des psychiatres soignent ces troubles pendant des années, à coup d’hormones qui accentuent le problème, pour finir par baisser les bras

 

La société décide de se protéger contre ces malades et il faut arrêter, enfermer, tuer, ceux qui sont différents. La société s’impose et doit enseigner en matière de genre que l’on est de l’un ou de l’autre et que toute différence est une déviance. Même le philosophe des Lumières, Jean-Jacques Rousseau, reconnaît clairement que c’est le rôle de la société d’apprendre aux enfants ce que l’on doit être. En somme, elle apprend aux enfants : si tu es différent, si tu n’aimes pas comme tout le monde, tu ne seras pas de notre société. Il n’y aura pas de place pour toi. Donc, sauf exception, pas d’espace pour un troisième sexe.

 

Le débat n’est pas inintéressant puisque les catégories d’un troisième genre montrent aussi leurs différences ou aiment à les accentuer. A l’intérieur de l’espace, il y a ceux qui se sentent normaux et qui considèrent les autres anormaux. Ceux qui se divisent sur l’éducation des enfants par des couples homosexuels. Ceux qui forment des courants queer, sado-maso,… Ceux qui s’intègrent et ceux qui recherchent la marginalité. Pas facile alors de progresser dans la connaissance de ce qui n’est pas un groupe.

 

Ainsi les gens différents, ou les genres différents, obligent le groupe social responsable à réfléchir et à évoluer, de fait ou de droit. Ce n’est pas une évolution possible à court terme. Il faut du temps et seules les pays évolués parviennent à sortir des clichés et des a priori grossiers.

 

Plus la société devient tolérante ou plus la différence est acceptée par la loi, puis par les médias, puis par les écoles, plus les gens normaux s’aperçoivent que « les autres » sont de plus en plus nombreux. Le concept s’élargit, les catégories se diversifient. Certains affirmeraient même avec animosité : « si on les laisse faire ils se multiplient ». Ceci peut être vrai des pratiques sexuelles mais sans doute pas des genres différents.

 

Parce que la société avait qualifié les amours de même sexe du mot « homosexuel », elle s’est retrouvée, sans le vouloir, obligé de s’accepter comme hétérosexuelle. Le premier mot est maladroit puisqu’il ramène des relations d’amour à des actes uniquement sexuels et que la société considère souvent comme « contre nature ». Celle-ci se trouve alors définie de manière réductrice comme une société de fait … sexuelle. On classe donc les gens en fonction des différences visibles et en fonction de leurs pratiques. On réduit l’être humain à … un sexe. Vous n’êtes pas une femme, vous êtes le deuxième sexe.

 

 

2 –  Approche physique du genre

Le sexe apparent

 

S’il faut regarder le sexe pour connaître le genre, c’est à la naissance qu’il est perçu. C’est un sujet d’erreur plus qu’on ne le croit. L’aspect du nouveau né, constaté par l’accoucheur ou le médecin, est déterminant du genre qui est attribué au bébé. La plupart des enfants naissent filles ou garçons. C’est quasiment  la totalité des cas selon la foi dans les statistiques. L’accoucheur est pressé de répondre à l’impatience des parents sur le genre du bébé.

 

Un certain nombre d’enfants, rares  – ce serait un pour 10 000 d’après les études d’universités françaises –  naissent avec les deux sexes ou un genre incertain et, dans ces cas, l’accoucheur ne le précise pas. Souvent on déclare un garçon. La médecine et la société se taisent pour ne pas troubler les parents et ne pas engendrer une réflexion sur … le troisième sexe. Des interventions bénignes seraient même parfois pratiquées dès l’accouchement pour éviter le traumatisme des parents sans se soucier de la bioéthique … ou alors grâce à elle.

 

On dit souvent de manière précipitée aux parents « vous avez une fille ou vous avez un garçon », sans vraiment savoir le genre que prendra le bébé durant l’enfance. Certes, les cas de genre évolutifs sont dits rares mais ils existent. Ils ont des conséquences sur les individus, sur les familles et sur la société.

 

Il faut rappeler que les hommes et les femmes ne sont pas très différents,  sauf au niveau des gènes X ou Y. Les hommes et les femmes dans le corps d’une femme au moment de la fécondation, sont à l’origine identiques puisque l’embryon est d’abord, d’après des études scientifiques, asexué. Ce n’est qu’en cours de fécondation qu’un sexe prend le pas sur l’autre.

 

Les appareils génitaux des hommes et des femmes sont similaires à l’origine de la fécondation. L’embryon paraît donc d’un genre unique (à moins qu’il ne soit féminin ?) et il se transforme progressivement en fonction des chromosomes souches. La différenciation sexuelle se fait dans le corps de la femme. Les ovaires deviennent les testicules de même que le clitoris devient pénis chez le mâle. La ligne sensible que les garçons ont dans l’entre-jambes, comme une « couture », visible chez les bébés et par la suite, entre l’anus et la verge, est la trace d’une fermeture, celle d’une lèvre. S’est-elle refermée ou ne s’est-elle pas ouverte ?

 

Comment se transforme t-on ? On sait que le tabac, l’alcool, la pollution influent sur la fécondation et peuvent donc agir sur l’harmonie du développement. La nourriture aussi. Il reste à découvrir ce qui influe et transforme positivement dans un sens ou dans un autre. Et ce qui féminise ou pas…

 

Cette évolution physiologique peut aussi être contrariée avant ou au moment de l’accouchement, surtout pour les prématurés ou en cas de traumatisme. Les garçons n’ont pas tous deux testicules à la naissance. Ceux-ci descendent par eux-mêmes, en principe avant la naissance, mais parfois dans les premiers mois de croissance, voire les années suivantes jusqu’à la préadolescence. Parfois, les testicules ne descendent que partiellement (une seule glande), ou ne descendent jamais naturellement. Beaucoup de mères l’ignorent. Une opération chirurgicale peut s’avérer nécessaire pour l’apparition de spermatozoïdes au moment de l’adolescence, sinon le garçon ne pourra pas procréer. Cette descente est technique. Exceptionnellement, des garçons peuvent d’ailleurs manuellement remonter leurs testicules à l’intérieur de leur corps et les bloquer par un sous-vêtement moulant, ce qui peut donner une apparence crédible à certains corps transgenres.

 

Les gonades sont les glandes qui émettent l’hormone essentielle au genre masculin, qu’est la testostérone. Plus ou moins d’émission d’hormones peut donc avoir une incidence sur l’apparence, voire sur le genre. En somme, ce serait nos glandes qui décideraient qui nous sommes et comment nous pouvons assouvir nos besoins créés par leur permanente émission. On peut se demander s’il ne faudrait pas alors, parfois, rectifier la nature par l’absorption d’hormones. Certains médecins en prescrivent.

 

Les êtres transgenres consomment des hormones pour aider à leur transformation extérieure et se trouver en meilleure harmonie avec leur identité et avec l’apparence qui leur manque. Avec ces prescriptions sous contrôle, on peut faire pousser les seins ou pousser la barbe, ou encore répartir différemment les graisses de façon à ce que le corps évolue dans le sens souhaité. Il va de soi que ces traitements, irréversibles, sont très sérieusement décidés. Après des années de traitement l’issue demeure l’intervention chirurgicale de transition.

 

D’ordinaire, certaines interventions chirurgicales bénignes peuvent parfois être nécessaires à la naissance ou juste après. Le pénis d’un garçon, par exemple, peut rester fermé et le bébé ne peut guère uriner. Un certain nombre d’interventions secondaires sont pratiquées également au moment de l’adolescence, comme le phimosis qui consiste à ouvrir un prépuce empêchant l’excroissance du pénis. Le garçon qui ne peut bander sans douleur se sent anormal et reste à l’écart des filles. La peur du rapprochement sexuel bloque ainsi parfois certains individus pendant plusieurs années.

 

Il est une autre intervention coutumière sur le sexe masculin : lorsque le prépuce est incisé c’est une nécessité physiologique pour redonner au patient une anatomique fonctionnelle. La verge doit pouvoir se décalotter partiellement autour du gland et reprendre sa place mais si l’incision est un découpage complet, il s’agit de circoncision et le gland restera décalotté.

 

La circoncision, pratiquée chez les pays à dominante islamique mais aussi  juive ou africaine chez les garçons, comme l’excision chez les filles dans les pays africains – mutilation par découpage de lèvres et du clitoris – est une pratique qui ne respecte ni l’intégrité du corps, ni la dignité d’un enfant qui ne peut pas s’opposer à ce changement fondamental de sa sensorialité. Cette mutilation améliore l’hygiène et le besoin de santé explique sa généralisation dans les temps anciens où le risque d’infection existait. Cependant elle diminue la sensibilité du contact et ne se justifie aucunement avec une hygiène appropriée. Le gland est une muqueuse qui ne se découvre en principe par turgescence que pour l’acte d’amour (comme chez d’autres mammifères, cf. chiens, chevaux, éléphants). Ce sont donc des pratiques barbares qui se perpétuent au nom de coutumes ou de religions. Même l’Organisation Mondiale de la Santé approuve ceci comme « un mal pour un bien » diminuant les risques de transmission de MST (maladies sexuellement transmissibles).

 

Les sexologues reconnaissent que 50% de la sensibilité sexuelle de la victime de la circoncision est perdue et l’accès à la jouissance retardé, ce qui peut être, il est vrai, l’inverse pour l’orgasme féminin qui y trouve alors un « plus » lors de l’accouplement. Problème physique où  nos sociétés éprises de bioéthique, restent bien muettes sur le sujet.

 

Quant aux chirurgiens thaïlandais qui opèrent la transition des garçons qui deviennent des filles, ils prennent bien soin de garder la partie la plus sensible du gland des garçons pour recréer une sorte de clitoris. L’inconscience de cette sensibilité naturelle à travers le monde est effarante quand elle atteint les organismes internationaux. Certes, on favorise la santé avant l’éthique et on se désintéresse de la sensibilité accessoire.

 

Recherche de soi

 

En dehors du fait de posséder un sexe et un genre, il y a une part de soi qui est décrit comme l’orientation sexuelle et qui pourrait être différente des deux premiers aspects de la personnalité d’un individu. L’enfance puis l’adolescence sont des périodes d’ouverture de la personnalité au fur et à mesure de la croissance et de la découverte de ce qui fait peu à peu l’adulte.

 

La période de la puberté est une étape décisive dans l’orientation sexuelle. Ce qui ne veut pas dire que toute orientation de cette période soit définitive. Au contraire, l’expérience montre qu’elle n’est pas irréversible puisque, l’enfantement passé, des aspects de la psychologie changent chez l’adulte mature.

 

Le fait d’avoir des désirs sexuels antérieurs à la puberté, quels qu’ils soient, ne préjugent pas non plus de ce que sera l’expérience d’un adolescent. Certains enfants ont conscience d’une orientation « différente » bien avant l’adolescence. Cette période de la vie est celle où on se cherche et on se tourne vers soi, puis vers un autre ou vers une autre. Difficile de se contenter d’aléatoires statistiques : si les études des médecins psychologues reconnaissent 10% des jeunes à orientation sexuelle « hésitante », ce pourrait être une proportion bien plus grande de jeunes qui se poseraient, dans le fond, la question de leur identité ou de leur possible différence sexuelle.

 

Dans certains milieux ouverts, tolérants, sans règles divines, et ne repoussant pas l’idée d’un troisième genre, ne serait-ce pas une majorité de jeunes qui se poseraient assez tôt la question ou les questions – qui suis-je ? Qu’est-ce que j’aime ? –  et ceci avant la première expérience sexuelle. Le monde moderne y conduit et l’accès des jeunes aux médias devrait encore favoriser cette réflexion initiale de la prise de conscience.

 

De ces questionnements fréquents qui peuvent revenir à l’âge adulte, nait ce qu’on appelle la bisexualité. La question est de savoir si quiconque pourrait aimer quiconque au-delà de son propre genre. Si l’homosexualité peut s’apparenter, parfois, dans un certain sens, à un troisième genre, ce n’est pas le cas avec la bisexualité. Aimer à la fois les hommes et les femmes est dans le domaine du possible et même parfois dans la conscience individuelle. Ce penchant étant apparemment immoral, ou le plus souvent tabou, la question est repoussée négativement.

 

Dans cette relation particulière, la femme ou l’homme sont bien du genre qui est le leur. On n’entrevoit plus l’hétérosexualité ni l’homosexualité, seulement la sexualité ouverte. Il n’y a pas de différence de genres chez ces personnes mais seulement des différences de comportement et des changements de partenaires. De ce fait, il faut convenir que l’homosexualité, comme la bisexualité, est à distinguer du troisième genre comme du troisième sexe. Ce n’est pas parce qu’on découvre une relation homo que l’ont change de genre, ni on s’y complait. On entend souvent en Asie, cette réflexion : Ah non, je ne suis pas « gay », je suis très bien dans mon sexe. Ce qui est pour le moins une erreur.

 

Si l’on considère différents sexes, différents genres et maintenant différentes orientations sexuelles, il faut reconnaître qu’entre les genres, si on les rapproche des pratiques sexuelles, il y a de quoi éventuellement se perdre : qui est qui. Sauf à reconnaître un « genre choisi » dans chaque femme ou chaque homme.

 

Le choix est dicté par le désir. La majorité des individus prennent conscience en arrivant à l’âge adulte de ce qu’est le désir qu’ils ont toujours éprouvé. C’est le désir de l’autre. C’est surtout, semble t’il, le désir de se compléter et c’est bien de l’instinct hétérosexuel que chacun semble doté fort logiquement.

 

Cependant, à travers l’autre, dans l’amour, entre sentiment et plaisir, les individus ne recherchent-ils pas à partager un plaisir avant tout personnel. L’amour de l’autre serait peut-être bien dans ce cas un amour de soi et la recherche de son propre épanouissement. C’est la grande question des fondements du sentiment d’amour joint à la « libido ». Certains philosophes ont reconnu l’amour comme une faiblesse, certains médecins comme un besoin, certains romanciers comme un penchant irréversible.

 

Ce qui déclenche le choix du rapport sexuel est d’abord naturel ou instinctif : le désir physique de la copulation (libido) qui conduit à l’acte d’amour qui conduit à la reproduction. On peut l’appeler « besoin » créé par les émissions de glandes. Hommes et femmes ne font heureusement pas l’amour que par besoin de reproduction. Ceci dépend peut-être encore des cultures. Mais il apparaît que l’être humain se grandit à ne pas être qu’un animal reproducteur. Ensuite, c’est le cerveau qui est le premier organe sexuel, pas le sexe lui-même, et c’est lui qui conçoit l’envie et l’oriente.

 

Invariablement, la question de la recherche du plaisir sexuel bute sur la finalité des comportements sexuels eux-mêmes en dehors de l’acte de copulation conduisant à la reproduction. Ainsi, sur la forme des comportements, on est porté à constater ou à imaginer que bien des couples homos reproduisent des schémas identiques à ceux des couples hétéros.

 

Est-ce à dire que les « genres » différents rechercheraient les mêmes choses. On pourrait alors en déduire qu’il y a bien deux sexes, et eux seuls, puisqu’il n’y a que deux conceptions de l’amour en couple, un comportement masculin et un comportement féminin. Ce serait généraliser un peu vite. Ce serait aussi se satisfaire d’un schéma plus rassurant au regard hétérosexuel. Ce serait enfin écarter l’idée qu’il pourrait exister, d’une part, des êtres complets et, d’autre part, qu’il existerait des jeux sexuels sans copulation.

 

Plaisir et genre ressenti

 

L’expérience du plaisir est déterminante pour la vie de chaque individu et aussi de chaque société. On l’appelle divertissement sur le plan social et jouissance sur le plan individuel ou dans les rapports sexuels entre deux êtres. Les sociétés qui, par l’entremise de la religion, n’autorisent pas le plaisir comme élément de développement personnel, sont forcément plus homogènes parce que les individus se conforment à une norme sociale et aux plaisirs conçus ou organisés pour eux par la règle collective. Néanmoins, dans le secret du couple, ou l’obscurité de la nuit, la religion s’oublie un peu pour laisser place à l’instant et à l’instinct qui poussent vers l’épanouissement du corps et la plénitude de l’âme.

 

Les peuples sont différents dans leur approche du plaisir. Les Français et les Italiens, par exemple, sont souvent rapprochés par un ensemble de choses liées à l’amour, l’art, la musique, la table. Une attitude latine en somme. Différences perceptibles chez les Allemands ou les Britanniques. La Thaïlande se distingue de ses voisins selon les mêmes critères, en y ajoutant l’eau, la volupté, le massage… La musique, la transe, la danse, pour d’autres peuples. Le plaisir fait sa place dans toute société et chaque société lui offre des parts de liberté d’expression et de jouissance en les encadrant. Les habitudes culturelles de chacun en rajoute avec la gastronomie, le tabac, la boisson.

 

La collectivité oriente le plaisir des individus et des groupes sociaux à travers les fêtes et les jeux. Les stades, la musique, la télé, les commémorations, les arts, la table, … mais elle ne prône en même temps sur le plan individuel que le devenir c’est la famille et qu’en amour c’est la fidélité. Conjuguées aux diverses religions, ces « directives » conduisent inéluctablement d’un côté au mariage, dans d’autres lieux à  la polygamie. Le célibat ne devrait pas exister, c’est une quasi règle dans bien des sociétés. Hélas, les hommes sont nés libres et il est des femmes et des hommes qui vivent comme ils l’entendent.

 

Depuis la civilisation grecque ancienne, cinq siècles avant J.C., la société a peu réfléchi sur le fond de la nature humaine sexuée. Dans un monde construit sur l’esclavage, la place reste floue sur le bonheur des uns et des autres. Le plaisir est resté cependant dans les concepts du début de notre ère comme celui qui menait aux décadences, à l’image encore renforcée de la chute de l’empire romain.

 

Puis ce fut la religion chrétienne qui  apporta des réponses à toutes les questions que se posaient les hommes. Depuis lors, les guerres de religions ont beaucoup occupé les esprits.

 

Pourtant, grâce à l’hindouisme et au bouddhisme, l’Asie semble avoir un parcours différent de celui de l’occident. En effet, la religion traite du sort de chaque individu en dehors des groupes. Les préceptes ne brident pas les esprits et les sens des croyants mais les encouragent à rechercher un épanouissement individuel. Chacun son chemin vers son karma. En Occident, le conformisme dominant la morale sociale pousse avec le temps les citoyens à l’individualisme. Parcours opposés surprenants qui reposent simplement sur l’acceptation ou non de l’autre dans sa différence.

 

La notion de plaisir est un élément social reconnu par ces philosophies, particulièrement par la religion hindouiste. L’hédonisme est une forme de vie décriée, elle s’arrange bien de l’individualisme et de comportements asociaux. Son appréhension varie dans le temps.

 

Les relations sexuelles entre hommes, et entre femmes, font partie des possibilités de découvertes de sa propre sensibilité. C’est une démarche qui dérange et qui est réprimée par les religions chrétiennes. La maîtrise des sens est encouragée contrairement à la notion de plaisir. Le dogme papal reste, sur ces sujets, pour le moins conservateur. En revanche, se faire plaisir ne peut pas être conçu comme mal en Asie. Faire plaisir à l’autre est dénué de notion de bien ou de mal. La morale sociale des pays marqués par le bouddhisme, accepte aussi ces notions dans les limites marquées par la loi et celle des dérèglements. Le contrôle individuel de soi par la maitrise des sens ne passe pas par la notion de bien et de mal mais il encourage néanmoins à l’autocontrôle de ses sentiments et à l’abstinence.

 

Perception collective du corps

 

Corps et sentiments sont perçus différemment dans chaque société. En Thaïlande, dans l’univers familial, scolaire, professionnel, ou autre, les relations de plaisir sont bien différentes de celles des pays occidentaux. La nourriture, le jeu, le partage des rites, rapprochent. Mais si les attouchements sont moins fréquents (salutations par le waï, pas d’embrassades), la relation aux sens est plus à fleur de peau que dans les pays où l’on s’étreint et se sert la main chaque jour par habitude ou avec un rien d’indifférence. Tout est superficiel mais derrière la face, il y a un corps.

 

En Asie, la toilette est un acte de jouissance. La beauté et les soins du corps son recherchés à tous âges. La découverte de son corps se fait, semble t’il, avec moins de tabous que dans les sociétés marquées par une pudeur bien différente des pudeurs asiatiques. Même la notion de virginité répandues par l’une au l’autre des religions monothéistes semble un peu moins rigide en Extrême-Orient. Il est des groupes sociaux où ce n’est pas la première question que l’on se pose quand on rencontre une jeune fille. Même la séduction paraît plus naturelle. On se séduit tout le temps, c’est un jeu social qui rend la vie plus agréable que dans les comportements existentialo-cartésiens.

 

L’éducation sentimentale est plutôt une éducation sensorielle. Comme on se lave avec plaisir, on a recourt aux massages parce qu’ils participent à une hygiène qui doit être fréquente. A défaut de massage, on se masse soi-même, par exemple, en se faisant craquer les doigts. Sans arrière-pensée, on aime de la même façon le corps de l’autre. En principe, en Asie, on ne se touche pas. Le bien-être nait peu à peu dans la naïveté des gestes, comme chez le coiffeur qui passe des cheveux au palper des épaules. La recherche de ce sentiment corporel est une philosophie. Un style de vie social. Le charme de ce bien-être social est autant dans la continuité que dans la rupture.

 

Néanmoins, la famille asiatique délaisse un peu l’éducation sexuelle des enfants. Les jeunes font leur découverte de la vie et des autres par des expériences souvent précoces dans leur propre milieu. C’est typiquement asiatique même si les habitudes varient fortement d’une culture à l’autre. Les peuples voisins de la Thaïlande semblent moins précoces mais ouverts néanmoins à cette même sensibilité corporelle. Guerres, religions, règles, contrôle du pouvoir, sont les explications à attribuer à des différences avant tout culturelles, exception faite pour la complexe Malaisie qui vogue entre ethnies diverses et religions.

 

En Inde, autre pays de relative tolérance, on se lave souvent en public, alors qu’il faut chaud, de même qu’au Népal où il fait plus froid. Au delà des pudeurs naturelles (mais la pudeur est-elle naturelle ou un acquis social ?), il y a beaucoup de simplicité et de tolérance dans les comportements familiaux et sociaux. La communauté semble ouverte et l’individu trouve toujours sa place. Tous les sens semblent aiguisés avec modération.

 

Il y a deux cents ans, les femmes cambodgiennes avaient les seins dénudés et la nudité du torse ne choquait personne. Aujourd’hui encore, des paysans se douchent en public autour des puits et la nudité partielle fait partie du paysage. En Afrique, de nombreuses tribus vivent quasiment nues, soleil aidant. En Amazonie, des peuples vivent à demi-nus avec des relations interpersonnelles qui nous étonnent parce que reposant sur des bases différentes des nôtres. Les tabous de la nudité sont très différents d’un pays à l’autre comme ceux du plaisir. Cependant, il n’existe pas de sociétés sans tabous et c’est sans doute heureux puisque les dépasser est une expérience de vie.

 

Lorsque la société s’arrête de tout fixer, notamment lorsqu’elle a atteint un niveau le permettant, ou lorsque le niveau de développement des membres qui la compose le permet, l’individu éclairé reprend lui-même son épanouissement et sa quête d’harmonie entre ses besoins, ses désirs et ses plaisirs. C’est l’excès ou les dérèglements qui conduisent les sociétés à remettre de l’ordre et de la morale sociale à chaque fois que nécessaire.

 

Dans ce contexte, la liberté de sentir son corps et se sentir en harmonie avec soi-même, aboutit à ce que des individus sentent que leur nature est différente et qu’elle les conduit à des relations non traditionnelles. Certains y dénoncent une décadence dans un milieu de libertinage et d’athéisme. Serions-nous plus complexes que tout simplement une femme ou un homme. La personne qui aime différemment est-elle d’un autre genre ? Est-ce un choix ou le ressenti est-il porté par la nature d’un genre plus complexe que le féminin et le masculin.

 

Découverte de la différence

 

Observer les différences apparentes de genres est aisé avec un peu d’attention. Chez les femmes peu féminines, un moment d’observation suffit à distinguer : l’allure, les gestes, sinon les traits du visage, l’envie de commander, les goûts particuliers… Il faut pourtant se garder d’extrapoler sur un  mode vie apparent et des penchants supposés. De même, les garçons efféminés ne sont pas tous attirés par les hommes. On peut être un garçon gracile et d’une voix légère, paraître efféminé et vivre son hétérosexualité totalement épanouie. Les clichés sont souvent trompeurs.

 

En revanche, des hommes, d’apparence conforme à l’image du mâle, peuvent sentir les mêmes envies ou les même besoins que les femmes. Ils peuvent notamment avoir envie d’être possédés, voire dominés mentalement et physiquement. Le sadomasochisme naît de ces contradictions entre l’intérieur et l’extérieur de l’être.

 

De même, l’envie de pénétration de son propre corps peut être ressentie par quelqu’un qui est doté du membre masculin. L’homme peut se sentir femme et avoir envie d’un homme pour se sentir plus femme. Toutefois, l’homme peut aussi se sentir homme et avoir envie d’un autre homme. La femme, elle-aussi, peut avoir envie d’aimer un autre corps sans avoir envie d’être touchée par un homme et refusant d’être pénétrée par un sexe masculin. Elle peut aussi en sentir l’envie sans pouvoir le faire dans un amour lesbien aux cas de figure aussi simples que complexes.

 

Cette réflexion éloigne la pensée du troisième sexe pour révéler de multiples genres selon les tendances à chercher son orientation sexuelle dans un sens ou dans un autre.

 

La plupart des êtres attirés par le plaisir  « inverse » avouent avoir eu conscience de leur orientation sexuelle dès le plus jeune âge, et, en tout cas, avant l’adolescence. D’une certaine manière, ils font abstraction de leur corps pour aimer ce qu’ils ont envie d’aimer dans leur tête. Y aurait-il donc un sexe extérieur et un autre sexe intérieur ? La pensée qui déclenche les envies et les plaisirs est-elle totalement soumise à l’émanation des glandes ?

 

L’existence de ces différences touchant l’amour des individus entre eux que la société se complait à définir par des mots qui enferment une nouvelle fois les uns et les autres  appelés à se démarquer comme étant des homosexuels et des hétérosexuels, ne résout pas la question de l’existence d’un troisième sexe dont elle ne s’approche pas vraiment.

 

N’y aurait-il alors seulement que deux genres, et deux sexes, et diverses anomalies chez l’un comme chez l’autre ? Anomalies qui pourraient s’expliquer par la biologie ou par la psychologie. Un individu est un homme ou une femme. Dans ce cas, il aime le sexe opposé mais il peut aimer le même sexe. Ou bien, y aurait-il à différencier le troisième genre, celui qui s’ouvre à homosexualité, et le troisième sexe, celui qui rassemble les transgenres ? Mais alors comment expliquer les différentes formes de recherche du plaisir amoureux.

 

Peut-on être à la fois femme et homme dans le même corps ? – Probablement oui. Dans la psychologie, c’est convenu. Mais aussi dans une certaine constance physiologique que l’on pourrait retrouver chez chacun (le machisme pourrait être une démarche qui consiste à cacher le féminin en soi et à l’exacerber chez l’autre genre). En effet, il est reconnu qu’il y a en chacun d’entre nous une part de l’autre genre. Nous sommes doubles comme si nous avions été un corps unique avant une séparation que certains qualifient de divine ? Autrefois la mythologie l’expliquait ainsi. Nous sommes en manque de l’autre partie. Nous sommes en quête et nous espérons la plénitude dans la complémentarité. De là, naît l’amour. L’harmonie serait sans doute de savoir développer les deux aspects de sa personnalité. La société, par nature et par habitude, encourage au contraire une femme à devenir une femme, un homme à rester un homme. Néanmoins, plus un homme cherche à s’affirmer « homme », plus il cherche inconsciemment à masquer son féminin, c’est glorieux aux yeux de ses congénères.

 

Ainsi, il y aurait un passage entre les deux genres masculin et féminin. Ce passage est étroit ou large selon les cas et les individus. S’y engouffrent ou pas ceux qui, par nature ou par choix, se sentent à l’étroit dans leur genre ou maladroit dans leur relations sexuelles.

 

De tous temps, et chez tous peuples, la présence d’une sorte de mixité de l’être a créé la notion, permanente ou passagère selon les cultures, d’un troisième sexe. La collectivité a reconnu des cas et affirmé que ce n’était que quelques cas. Il y aurait des garçons « manqués », dit-on fréquemment, sans toujours savoir si c’est au sens propre du physique, ou au sens figuré, à savoir un garçon qui ne semble pas être un garçon, ou une fille qui a l’allure d’un garçon ? Ce serait « manqué » parce que cette fille est un peu garçonne et/ou ce garçon est un peu efféminé ? La langue française elle-même entretient d’aimables ambigüités en disant « garçon manqué » d’une fille à l’allure de garçon. Malformation de naissance, dite congénitale, conception ratée, anormalité, ou bien peut-être des manques ou des ratés possibles dans l’éducation.

 

Le terme « manqué » est plutôt inconvenant. Il s’explique parce que la société est troublée par cette question de l’ambigüité et aussi parce que les parents « formatés » par la référence à deux seuls sexes existants, culpabilisent de ne pas avoir réussi l’être rêvé ou l’être parfait, celui qu’il conviendrait d’appeler l’enfant « conforme » aux schémas courants.

 

Peu à peu, les peuples d’aujourd’hui intègrent le fait qu’il y ait des individus qui ne soient pas comme tout le monde et qu’il y ait sans doute des gens d’un troisième sexe, ou tout au moins « d’un autre genre ». Cette prise de conscience est lente, et très inégale, parce qu’elle remet en cause bien de choses établies à travers les civilisations.

 

Comment intégrer aujourd’hui cette différence et accorder une place à des individus qui pourraient être en dehors des deux sexes communs ou qui pourraient en prendre le chemin ? C’est impossible au regard de l’état-civil : on doit être masculin ou féminin. En dehors de cette logique implacable pas de place. Le reste, les gens anatomiquement différent, ce ne serait donc qu’anomalie.

 

Le corps de l’individu de troisième sexe serait-il  ni celui d’un garçon, ni celui d’une fille ? Certes, les médecins font des tests médicaux pour discerner quel est le genre majeur. Est-ce satisfaisant ? Pour valider l’égalité des chances dans une compétition sportive, sans doute. Pour la vie quotidienne, ne faut-il pas plus de tolérance dans l’acceptation des différences ? En Asie, il y a des cas physiologiquement typiques plus visibles et mieux acceptés qu’ailleurs. La raison en tient sans doute de la tolérance plus grande laissée par l’espace religieux qui permet une liberté individuelle sans complexe.

 

Dans d’autres pays du monde la notion de normalité contraint les marginaux à ne pas être vraiment eux-mêmes. Soit ils se cachent, soit ils tentent de prendre une apparence et une attitude qui les assimilent à la normalité. De même pour l’homosexualité : il y a beaucoup plus de relations de mêmes sexes que l’on croit puisque la plupart d’entre elles sont cachées. On s’aime incognito. Il ne peut pas en être autrement tant la pensée commune et la pensée religieuse se rejoignent pour fixer une société sur un schéma de deux sexes et d’une famille.

 

De même, il commence à devenir parfois possible d’ouvrir les yeux de la société actuelle sur les individus transgenres. Soit ils sont différents soit ils veulent devenir différents. Souvent, ils veulent simplement être eux-mêmes et normaux. Accepter et habituer l’opinion à les intégrer socialement devraient être une modernité. Permettre les transitions également. Après 2 ou 3000 ans de vécu, avec œillères, il serait sans doute opportun de dépasser les silences, les masques et les tabous. Accepter qu’il existe un genre garçon-fille n’est pas si impossible. Que tel garçon s’habille en femme et se fasse pousser les seins en même temps qu’il fait des enfants et les élève en couple, est-ce si inconcevable ? C’est pourtant une réalité.

 

Ainsi cette personne qui a toutes les apparences d’une fille et la conscience d’être une fille mais qui possède un petit pénis qui a permis de classer le bébé dans la catégorie des garçons à sa naissance, elle existe. Est-ce à ignorer parce que c’est marginal ? Trop de garçons souffrent aussi de ne pas se sentir garçon au regard des autres. De même, l’observation inverse conduit à décrire des filles avec un appareil génital féminin mais sans seins et avec une pomme d’Adam indiscutablement masculine. Qui sont-elles ? L’allure générale et la démarche ne trompent pas. Elles ont du mal à exister. Pour aimer, ne faut-il être qu’un homme ou qu’une femme ? Peut-on aimer librement qui on veut en fonction de ce que l’on est ?

 

La société croit connaître ses membres mais elle est troublée par la marginalité physiologique ou psychologique. Pourtant des garçons s’habillent en filles. Certaines filles refusant leur sexe s’entourent la poitrine de bandelettes pour empêcher les seins de se développer ou pour cacher leur poitrine. C’est peu de dire qu’elles portent les cheveux courts et des pantalons. Ce n’est pas que dans leur tête, c’est dans leur corps.

 

Devant ce constat, comment la majorité des gens qui ne se posent pas de questions parce qu’ils se sentent conformes à leur genre ou à leur sexe, peut-elle définir l’acceptable socialement et intégrer les différences et les minorités. Pas facile de faire évoluer les consciences dans un état démocratique. C’est encore plus difficile dans les autres, sortant du Moyen Âge, où remettre en cause l’individu, élément sur lequel tout se fonde, n’est vraiment pas d’actualité ! Pourtant, il y aura bien une place un jour pour que les gens fassent le choix de leur vie comme ils l’entendent au-delà des exigences sociales traditionnelles. Et que ceux qui veulent changer de sexe changent de sexe et que ceux qui veulent vivre en couple homo le fassent.

 

 

3)   Approche historique et religieuse

 

 Les différences de genres ont été intégrées dans les sociétés humaines à travers l’Histoire et en particulier l’histoire des religions. Le monde est construit ainsi depuis des millénaires. L’animal pensant que nous sommes ne peut pas envisager de remettre en cause les bases de son existence qui est avant tout sociale et teintée de religion. La base de la société c’est la famille. Néanmoins, de tous temps, des individus ont tenté d’affirmer leur différence et de contester les schémas reçus du fait de la sensation de rigidité qui est perçue par certains. C’est impossible car contradictoire avec l’essence même de notre vie grégaire.

Ne pas se sentir conforme est un sentiment répandu sur le plan intellectuel et bien accepté comme une richesse faisant progresser la pensée. Rien d’autre. Sur le plan du genre, la non-conformité n’est pas perçue comme une richesse. Elle est vite assimilée au mélange des genres, à la marginalité sociale et à la catégorie mal définie des « anormaux » et des êtres transgenres incompréhensibles. Tout le monde « différent » se retrouve alors dans un rejet global. Il n’y a pas de passé en dehors de schéma social. Et donc pas d’avenir ?

 

Troisième genre homo

 

Dans la catégorie des « individus en marge » se trouvent agrégées toutes les différences : les homos mâles, les homos femelles ou lesbiennes, les femmes viriles, les androgynes, les travestis, les transsexuel(le)s. Pour la plupart des gens la méconnaissance conduit à l’amalgame.

 

Les sociétés modernes se sont demandées comment intégrer les féministes qui, au début du XX ième siècle, repoussaient les hommes. Dans les années 1940, des opérations chirurgicales se sont multipliées sur des hommes aux mœurs anormales et les nazis auraient même tentés des expériences médicales sur les « pédérastes » avant de les passer aux chambres à gaz. L’OMS, elle-même considérait après la seconde guerre mondiale l’homosexualité comme une maladie. Tout ceci parce que la prise de conscience d’un troisième sexe et d’un troisième genre ne parvenait pas à se faire. L’Histoire évolue, mais lentement.

 

De l’Antiquité à nos jours, en passant par la Renaissance, il y a quand même bien eu un acquis essentiel apporté à l’humanité par des gens qui ne se reconnaissaient pas dans l’ordre des règles établies et des convenances familiales et sociales.  De Socrate à Léonard de Vinci, en passant à travers les âges par tant de philosophes, poètes, sculpteurs, peintres, architectes, musiciens, grands couturiers, la marginalité et la différence sexuelle ont semblé créatrices. A tel point qu’il est permis de penser (mais aussi de contester) que la différence ouvre les individus sur l’expression d’une sensibilité plus féconde que le commun des mortels. Ceux qui se battent pour exister parviennent à se délimiter un espace d’action et de vie.

 

Si l’on cherche à situer, dans l’espèce humaine, un troisième genre ou un troisième sexe caractérisé, il apparaît comme pouvant exister entre les deux sexes reconnus puisqu’il relève de chacun d’eux. Il s’agirait d’un petit espace entre le masculin et le féminin, une sorte de passage de l’un à l’autre. D’une certaine manière, si cet espace existe, cela signifierait qu’il n’y aurait pas de limite bien précise à chacun des genres. Là ou finit le féminin, commence le masculin. Rien de plus logique.

 

Cet espace existait avant Simone de Beauvoir. Néanmoins, il fallait bien affirmer d’abord le droit des femmes devant la toute puissance masculine. Maintenant l’égalité des sexes, née de la révélation de l’exigence des femmes, doit ou devrait s’ouvrir à tous ces individus qui se sentent différents et qui le sont.

 

Dans le déroulement de l’Histoire jusqu’à la période contemporaine, le troisième sexe était considéré comme tout ce qui était non conforme aux canons de la masculinité, à commencer par la virilité, ou non conforme aux canons de la féminité, le corps désirable et l’enfantement.

 

En fait, tout ce qui n’était pas masculin était déconsidéré. Une femme se conduisant comme un homme était assimilée aux hommes. Certaines femmes se sont transformées pour apparaître en homme. Le cas inverse existe aussi comme celui du Chevalier d’Eon, transformiste, diplomate du Roi de France, au genre incertain, qui accueillit favorablement la Révolution française, proposant de créer dans l’Armée révolutionnaire un régiment d’Amazones. Il fallu sa mort pour constater que tout ceux qui prenaient le chevalier pour une chevalière, une femme déguisée en homme, s’étaient trompé. C’était en fait un homme.

 

Au Dahomey, devenu depuis la fin de l’époque coloniale le Bénin, le régiment féminin des Amazones, au XIX siècle, comptait 4000 personnes.

 

Certaines femmes n’ont pas à se transformer pour s’accepter et faire fi de leur différence. Jeanne d’Arc, valeureuse guerrière, n’a pas caché sa féminité. Pourtant, elle s’habillait en soldat à la tête de ses troupes masculines. Les Anglais, très mal a l’aise a l’époque sur le hors-norme, l’ont sans doute brûlée vive un peu par peur de cette femme différente. Une « femme homme » dérange en sortant d’un schéma imposé par la société ou par la majorité ou par le pouvoir qui s’impose sur la population. Alors qu’elle n’est peut-être qu’une femme.

 

L’islam apparaît depuis à travers les âges également très fermé à l’idée qui ne serait pas « déique » de l’existence d’une autre voie. La Charia, la loi coranique, ne permet pas de laisser le doute sur la présence de genres différents. Dieu créa l’homme puis créa la femme. En dehors de cela rien n’existe. En 1983, ce n’est pas très ancien, un imam malais créa un « fatwa » pour obliger les musulmans transgenres à suivre le style de vie et la sexualité traditionnels. Cet interdit né chez les peuples Arabes vient du fait que ces peuples étaient très portés par des relations fraternelles sentimentales. Les hommes entre eux s’entendaient trop bien.

 

Lorsqu’il y a eu enfin conscience de la présence d’une femme dans la société au même niveau que l’homme, un espace entre les deux a pu se dessiner. On y a vite situé les lesbiennes pour continuer à abaisser la femme. En effet, à l’image du combat déclenché par Simone de Beauvoir pour la défense de la femme, la montée des revendications des féministes est apparue comme celles de femmes spéciales. Et les hommes, dans leur majorité peu conciliants, ont repoussé un certain temps le droit des femmes sous le couvert de prétendues dérives homosexuelles de celles qui le revendiquaient.

 

La femme qui repoussait l’homme n’était pas une femme à part entière dans la conscience masculine. Elle devait donc se situer dans une catégorie à part. Comme si une femme qui aime une femme n’était pas une femme. Et les lesbiennes s’apparentaient alors à des hommes aux yeux des mâles qu’elles n’aimaient pas. C’était ignorer la dualité qui existe souvent aussi dans un amour lesbien, une femme se sentant pleinement femme et une autre se sentant homme autant que femme, l’une protégeant l’autre. Mais là encore, comme pour les hommes, il faut éviter de généraliser et de plaquer des clichés sur des gens qui s’aiment.

 

Une femme aimée par une femme n’est-elle pas une femme aimable ? Certes, dans bien des cas les amours homosexuelles, et en général certains actes, reproduisent des schémas comportementaux de type hétéro. Ce n’est pas une raison pour chercher la femme dans un couple de garçons. Dans un couple homo, les deux peuvent sentir la même chose et ne pas se positionner en dominant et dominé. Les jeux de rôle sont certes fréquents, mais ils peuvent aussi s’inverser. Et l’amour homo ne peut pas être réduit, on le sait, à la seule relation sexuelle car ce qui rapproche les êtres n’est pas que de la pulsion hormonale.

 

Une faible minorité d’homosexuels accepteraient d’entrer dans la catégorie du troisième genre, à moins qu’on le distingue du troisième sexe. Des études statistiques conduisent à un pourcentage de 6 à 10% d’homos dans la population totale. Ces chiffres semblent ignorer les êtres bisexuels qui sont plus nombreux qu’on ne le pense puisque par définition, ces comportements sont inavoués (voir étude chiffrée en annexe). De plus, bien des bisexuels s’ignorent jusqu’à leur première expérience homosexuelle, certains d’ailleurs ne la connaissent jamais dans les sociétés qui ne le permettent pas.

 

Il reste alors à oser se demander s’il n’y aurait pas égalité, ou plutôt ouverture égale, tout simplement à la naissance. Egalité des chances ou plutôt disposition vers un penchant à déterminer : l’enfant pourrait en somme devenir homo ou hétéro, selon le développement de sa pensée, le contrôle de ses instincts, celui de ses sensations multiples, et selon son environnement social. L’expérience éducative des Grecs durant l’Antiquité est souvent mal interprétée. Les hommes étaient attirés par les jeunes corps des éphèbes et chargés de les éduquer sexuellement mais n’étaient cependant pas considérés comme homos. Le choix des jeunes citoyens (logiquement vers l’hétérosexualité) se faisait ensuite par le milieu professionnel, familial et social auquel l’expérience de chaque individu s’ouvrait en toute connaissance de cause et probablement avec moins de blocage psychologique, voire une plus grande tolérance sociale.

 

Ainsi la pratique sexuelle d’un être humain pourrait l’aider à déterminer son genre autant ou plus que son état-civil. Il y aurait les hommes, les femmes et les autres qui se choisiraient différents. Serait-ce donc cela le troisième sexe : aimer différemment ? Rapprocher une nouvelle fois les orientations sexuelles des catégories transgenres dès lors qu’il y a un sexe ressenti différent du genre apparent, n’est intéressant que dans le sens de l’intégration sociale. La sexualité entre gens du même sexe a toujours choqué parce qu’elle apparaissait « contre-nature ». La modernité est de l’intégrer socialement et de ne pas rejeter les individus différents, quels qu’ils soient, même transgenres.

 

Certes, on peut convenir de la notion de normalité de l’accouplement homme-femme du fait du besoin de reproduction. Concevoir l’amour entre un homme et une femme comme base sociale est effectivement incontournable. La cellule familiale n’est surtout pas à remettre en cause (les enfants ont pu être élevés dans certaines sociétés en dehors de leurs parents). Mais il faut reconnaître que la règle est née d’une société qui a besoin de se protéger et de se reproduire ? De cette notion de normalité, nait le fait que ne pas aimer comme tout le monde, surtout sans l’idée de reproduction, apparaît comme anormal voire condamnable. Il est difficile aujourd’hui d’accepter ce jugement. Ou bien, il faut se satisfaire de questions sans réponses, ou accepter l’existence de trois genres, ou encore envisager l’idée d’une évolution de l’histoire de l’humanité sur la base de la diversité ou de la déclinaison multiple des deux genres principaux

 

Dimension historique du troisième genre

 

La notion de normalité est ancienne mais contestable pour les minorités de genres. Sinon comment ne pas rappeler l’apport à l’humanité de grands noms inclassables de la pensée et de l’art qui furent si différents : Socrate, Alexandre le Grand, le Pharaon Akenaton, Jules César, le roi Richard Cœur de Lion, Leonard de Vinci et Michel-Ange. Dans le monde moderne et la pensée contemporaine, au-delà de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, des vies d’Oscar Wilde à Marguerite Yourcenar, en passant par les œuvres de Pasolini, Proust, Mann, Gide, Verlaine, Cocteau, qui rapprochent l’art d’un choix de vie et laisse l’artiste acteur d’une orientation non-conformiste. Néanmoins, le fait de se sentir marginal a pu encourager certains êtres à développer leurs talents pour s’inscrire socialement. Est-ce le talent qui favoriserait l’intégration ou est-ce la marginalité qui obligerait au talent ?

 

La plupart des sociétés, de l’Antiquité à nos jours, répondent à ce questionnement par une organisation structurante en faveur de la reproduction. Les sociétés guerrières savaient autrefois qu’être nombreux c’était être fort et c’était pouvoir gagner les guerres contre les peuples faibles. La virilité est magnifiée. Certes, la femme est une déesse mais le culte du guerrier crée d’autres modèles. En Grèce, la société des hommes libres était une société particulière puisque l’éducation des enfants intégrait la nature, les jeux et l’expérience sexuelle des grands frères. Ainsi, l’attitude « troisième » était-elle, d’une certaine manière, reconnue socialement dans une société, il est vrai, faite pour les hommes et où seules quelques femmes parvenaient à s’affirmer.

 

La littérature grecque est à la base de la transmission d’éléments ambigus dans notre civilisation actuelle. L’enseignement initial retient que Zeus, le dieu mythologique suprême, aurait à l’origine de l’humanité, coupé en deux des androgynes pour créer le sexe masculin et le sexe féminin. Ainsi les deux moitiés ont depuis lors envie de s’accoupler car elles recherchent l’unité passée. Néanmoins la notion du genre complet, femme-homme, est ainsi élevée au rang supérieur.

 

Les Amazones étaient des femmes guerrières habillées en hommes contre lesquelles ont lutté les Grecs d’Héraclès. La légende les fait résider en Cappadoce, actuelle Turquie, 1000 ans avant notre ère. Ce sont des femmes Scythes en société matriarcale qui ne conservaient que les filles et dont la légende dit qu’elles faisaient l’amour une fois par an pour procréer avec les plus beaux hommes des peuples voisins dominés militairement.

 

Rome ensuite, ouverte à l’art, aux jeux et aux plaisirs, est devenue plus hypocrite, concomitante il est vrai qu’elle était de la montée d’un Christianisme créateur de nouveaux tabous. L’Empire romain a resserré les liens sociaux en se sentant menacé. La religion y a aidé. La société romaine a sans doute favorisé peu à peu le côté caché des rapports amoureux puis découvert in fine l’intolérance, par la montée de la chrétienté dans toute l’Europe.

 

L’espace perceptible du troisième genre apparaît nettement comme celui d’un troisième sexe dans l’Art inspiré de l’hindouisme. Les écrits bouddhistes l’accentuent également au point que bien des pays asiatiques apparaissent aujourd’hui « en avance de tolérance » envers les gens différents. Ils les intègrent au quotidien dans le monde du travail et le monde occidental ne perçoit rien de cet esprit où il a tant à apprendre, sauf  les convertis au bouddhisme.

 

Au Royaume du Siam, des travestis s’activent dans des activités diverses et variées alors que dans d’autres pays ils se retrouvent déclassés, sans emploi ou sur les trottoirs. Condamnés à la prostitution pour une clientèle qui, la nuit, y perçoit des êtres moins sombres que l’opinion publique ne les décrit. Des transsexuels sont dans les métiers de la mode et même un champion de boxe retire sa jupe pour combattre et gagner ses combats en short. Autre observation : les femmes sont fortes, surtout au travail. Elles s’activent ensemble, résultat d’une société autrefois partiellement matriarcale puisque de fait les hommes étaient obligés de partir de chez eux un mois sur deux pour servir le Roi.

 

En Thaïlande, depuis longtemps, on a considéré et respecté les « Katoeys », les dames-garçons. Le mot pourrait provenir du khmer « Kthoey » qui désigne l’homme-femme, sans doute depuis l’Empire Angkorien. Ce sont les « garçons-dames » pour les Cambodgiens et les « dames-garçons » pour les Thaïlandais, deux regards réversibles. Les transgenres font partie de la culture locale et ils sont utilisés dans l’art ambigu de la danse où garçons et filles peuvent évoluer masqués. C’est depuis leur naissance, pour la plupart, que ces personnes se classent dans la catégorie du troisième sexe. Ce n’est ni médical ni génétique mais tout simplement naturel, ou choisi.

 

Beaucoup de Thaïlandais considèrent que les Katoeys sont des hommes anatomiquement mais ayant un esprit de femme. C’est souvent peu juste. L’anatomie n’est pas toujours conforme puisque le dessin du corps peut être différent de celui attendu d’un homme. Il semble que ce n’est pas l’esprit qui les pousse à prendre une apparence de femme. Ce sont des gens d’un genre différent. Eux-mêmes se considèrent ou comme femmes ou mieux comme un « second genre de femmes ». Ce qui est certain c’est que dans la recherche d’accouplement ce sont les mâles qui les intéressent. Sexuellement, ils connaissent un plaisir tout féminin et une certaine forme d’orgasme qui les libère plus ou moins du besoin d’éjaculation. Pour eux, comme pour tout le monde, le sexe est bien dans la tête.

 

Certaines traditions dans certains pays facilitent – sans le savoir – cet état d’ambigüité de genre. La tenue vestimentaire, lorsque tous les hommes portent des robes, rapproche les jeunes hommes et les femmes, comme dans l’Antiquité. La tenue chinoise, le « bleu de travail », le sarong, les saris, la tunique africaine, la djellaba, estompent les différences. D’autres sociétés, au contraire, en réaction sur les risques de confusion, se complaisent à faire choisir très tôt les jeunes garçons de ressembler à leur père : le turban chez le peuple Sikh, puis la jeune barbe affirmant la virilité dès l’adolescence ; le port de la kipa chez les adolescents juifs en Israël.

 

L’administration civile évolue maintenant parfois dans le sens de l’ambigüité. En Inde, depuis 2005, les formulaires de demandes de passeports présentent les trois cases : Homme, femme et Eunuque. Cette distinction est un progrès bien qu’elle réduise le troisième genre à une catégorie particulière. La société indienne moderne a vu apparaître le phénomène inverse des femmes très masculinisées. Elles s’habillent en homme et gardent le châle quand elles veulent rappeler leur féminité. Dans le nord de l’Inde, des femmes travaillent comme des hommes, renoncent au mariage et cependant conservent toujours leur prénom féminin.

 

La barbarie de certaines sociétés est cependant contemporaine. Ce qu’ont fait les Khmers Rouges de ces paysans ou paysannes d’un sexe « neutre » est imaginable au regard de la barbarie destructrice qui touchait les normaux rendus impurs par l’influence étrangère. Ce qui est certain c’est qu’il n’y en avait plus au Cambodge en 1979 et que, depuis le retour à la paix et la tolérance en 1998, le cas des transgenres réapparait et la société se diversifie à nouveau. Les normaux se sentent toujours plus purs que les anormaux.

 

Les transgenres, en Asie comme ailleurs, s’adonnent parfois à la prostitution ; souvent du fait d’une beauté troublante mais aussi à défaut de trouver des ressources ordinaires. La raison immédiate est le besoin de survivre mais la seconde est de s’affirmer au quotidien dans son genre choisi ou sa sexualité modifiée. La raison profonde est probablement liée à la non intégration sociale, aujourd’hui plus qu’hier. C’est le cas en Malaisie notamment, pays islamique où les transsexuels appelés « mak nyah » n’existent pas légalement puisque leur état-civil ne correspond pas à leur apparence et que personne n’oserait les embaucher.

 

En Inde, les castes sont complexes et créent par ordre social des différences coutumières. Dans la société indienne, l’intolérance supplante au fil des siècles la tolérance passée en mettant les individus dans des cases. L’excès est difficile à accepter dans le cas édifiant des Eunuques, ces hommes sacrifiés pour n’être que des sous-hommes. La société traditionnelle perpétue le fait que pour certains individus, choisis parmi les efféminés ou les faibles, ou simplement ambigus, on aille jusqu’à leur couper les parties sensibles pour qu’ils soient des garçons à la voix de fille et aux manières efféminées.

 

Le Kama Sutra, texte classique répandu dans tout le continent indien, de l’Himalaya à l’île de Sri Lanka, évoque aussi la présence d’une troisième nature. Cette présence ne semble pas choquer à travers les âges dans une société qui prône également la tolérance et la liberté sexuelle individuelle la plus totale. Toutefois, sans doute passée par l’influence britannique, la loi indienne est peu tolérante et l’homosexualité reste un tabou social.

 

Au Laos, du fait de régimes autoritaires passés et d’une société organisée et bien huilée où chacun s’épanouit dans son espace habituel et conforme, un garçon efféminé ne trouve pas vraiment sa place. Plus que d’autres garçons, il peut oser devenir bonze pour obtenir un autre regard de sa famille et de ses amis et s’insérer socialement par la religion. Il se protège ainsi des filles et des mariages organisés par la famille. Plus tard, sorti de la pagode ou incompris dans son être vrai, il peut être amené à quitter son village et à se refugier en Thaïlande pour y vivre une vie plus épanouie car laissant chacun faire ses choix sans jugement de valeur. Néanmoins, il restera isolé et marginal hors de son pays.

 

Il en est de même des Thaïs du Nord-est, les Issan du troisième sexe, qui paraissent nombreux, mieux acceptés par leurs villages qu’ailleurs, voire choyés par la population comme une source de plaisirs multiples (chants et danses). Ils sont, comme d’autres, attirés par Bangkok et ses lieux de plaisirs où il y a du travail pour un corps si particulier. Le corps devient une sorte de richesse, sous cette forme d’affirmation de sa différence, puisqu’il est source de revenus, si limités soient-ils dans le temps. Ensuite, après les années de jeunesse et de facilité, il ne restera pour survivre que peu d’espoir.

 

Dans beaucoup d’autres pays ces individus du troisième sexe existent mais se cachent sous un maquillage de conformité. Les jambes graciles ne sont pas détectées sous des pantalons de camouflage. Parfois, ils se terrent dans les maisons sur pilotis et le fond des ateliers de couture. Ne pas se sentir normal est un martyr que bien des transgenres non passés par la transition connaissent à chaque regard culpabilisant. Atteindre son identité est une quête qui demande un prix très fort alors que tant de gens l’ignorent.

 

Les différences culturelles jouent aussi en Asie : en Indonésie, par exemple, les religions et les lois n’empêchent pas les gens du même sexe de s’aimer mais la sodomie y reste prohibée, taboue et passible de peine de mort. Au Japon, les rôles de femmes dans le théâtre kabuki sont joués par des hommes. En Thaïlande, de même, le théâtre populaire  avec des acteurs et des actrices est différent des pièces traditionnelles Khone qui voient les rôles de femmes joué par des hommes. A l’inverse le Théâtre Khone Nai, joué au Palais, ne comporte que des femmes.

 

En Afrique, on agit en amour plus qu’on n’en parle et les rapports différents existent mais sont des tabous. Pourtant, les personnes transgenres ont toujours été reconnues comme celles qui sont capables de transmettre les traditions et les danses, éléments de civilisation essentiels chez les différentes tribus.

 

Dans les temps anciens, la promiscuité entre jeunes garçons et l’importance de la virginité chez les filles ont développé des pratiques ou des jeux, plus ou moins amoureux, qui n’étaient pas assimilées à de la sexualité. Parfois aussi, les relations entre gens du même sexe ont été considérées comme des médicaments. Pour se guérir de la circoncision, par exemple.

 

La pratique pour un homme d’épouser un jeune garçon, dans certains pays africains, a été un temps répandue et le demandeur payait une dot comme pour « acquérir » une fille. Le jeune homme jouait alors le rôle de fille et de femme au foyer. Au Burkina Faso, autre cas pas très ancien, tous les vendredis les rapports hétérosexuels étant prohibés pour des raisons religieuses, les hommes recherchaient des rapports différents ce jour-là. Les femmes ne connaissaient sans doute pas les mêmes troubles de l’abstinence.

 

Chez les Massais du Kenya, les Sipolio étaient des hommes-femmes. Souvent d’ailleurs en Afrique, les homos sont considérés comme ayant les deux sexes confondant complètement ceux-ci avec les hermaphrodites.

 

Le mélange de magie et de religion dans les sociétés africaines a développé les notions de secret et d’intronisation. Les pratiques sexuelles différentes sont nombreuses mais elles sont toujours considérées comme passagères, l’essentiel étant le rapport hétérosexuel et la procréation. Toutefois, les africains ont beaucoup développé la notion de plaisir tant collectifs qu’individuels. Et aujourd’hui les différences sont acceptées et jouissent d’une grande visibilité.

 

Dans le monde occidental ancien, l’archéologie nous révèle que c’est en Mésopotamie que se trouvent les plus vieux écrits de l’humanité qui évoquent pour la première fois la présence d’un troisième sexe. L’Egypte ancienne, évoque aussi sur des poteries trois sexes : masculin (qui se dit « tai »), sekhet et féminin (hmt) et il y en avait un entre les deux.

 

En Macédoine et en Crète, les lois favorisaient, comme en Grèce, les amours entre hommes. Les femmes, affirme Plutarque, connaissaient de même l’amour des jeunes filles. La société acceptait que l’amour de l’âme l’emporte sur l’amour des corps.

Aristophane, le premier féministe au monde, décrit l’homosexualité. Platon, lui, réaffirme qu’au commencement, il y avait trois sortes de créatures, les hommes, les femmes, et les androgynes, combinant les deux sexes à la fois.

« Les femmes qui proviennent de la séparation des femmes primitives sont plus portées vers les femmes. De même les hommes qui proviennent de la séparation des hommes primitifs recherchent le sexe masculin ».

L’Empire Romain également intègre cette notion sans équivoque de troisième genre l’appelant : « tertius  genus hominum ».  Zeus est devenu Jupiter et les références restent des exemples. C’est pourquoi, comme chez les Grecs, les gens porteurs des deux sexes étaient des dieux car ils avaient quelque chose de plus que les humains. Il fallait sans doute soit les éliminer soit les vénérer. Ils étaient souvent utilisés comme « médiateurs ». En fait, on trouve là une sorte d’archétype de l’être humain parfait parce que complet. Comment expliquer l’attitude des sociétés d’aujourd’hui qui ignorent cet apport sinon par la bêtise des hommes qui tournent en dérision ce qui peut les déstabiliser ou ce qu’ils ne comprennent pas.

 

Les Aztèques et les Mayas, dans une conception différente, avaient des classifications que l’on pourrait qualifier de fluides entre les deux sexes. En effet, on pense que les Mayas s’habillaient indifféremment en homme ou en femme selon les circonstances.

 

En Amérique du Nord, les indigènes intégraient aussi dans leur culture la notion du genre non conformiste comme « deux-esprits ». En somme les hommes ont un esprit homme, les femmes un esprit femme et d’autres ont les deux.

 

Au Mexique aujourd’hui, les personnes du troisième sexe sont appelées les Muxés, terme qui n’est pas sans rappeler le terme « mixé ». Ils ont toujours eu une place sociale. Place particulière, certainement pas secondaire.

 

Dans beaucoup de sociétés médiévales et modernes, les rôles de guérisseurs et de devins, les chamanes, ont souvent été tenus par des gens du troisième genre. Les domestiques de cours royales également.

 

En Europe, la Renaissance qui fait suite au Moyen Age est une période favorable à recherche de l’Antiquité. Les esprits éclairés redécouvrent les références artistiques du passé. A la Cour d’Henri III, en France ou celle de Guillaume II en Allemagne tous les genres cohabitent. On trouve des écrits de descriptions  d’esprits doubles ou de genres neutres.

 

Un troisième genre aurait existé de manière reconnue en Angleterre vers 1700. Mais la haine manifestée à l’encontre de ces êtres « inversés » les aurait poussés vers les maisons de prostitution que l’on appelait « molly houses », les obligeant à disparaître progressivement socialement. En effet, dans les sociétés intolérantes, les gens du troisième genre se cachent.

 

Pourquoi rapprocher troisième genre et pratiques du même sexe. Parce que les individus sont dans le même camp, décrié et minoritaire. Sans doute aussi parce qu’il y a différents types d’homosexuels dont certains ont des comportements transgenres. Pas facile de dénouer l’écheveau des comportements et des sentiments humains.

 

En effet, les homos ne sont pas du tout des mixés. Dans un couple homo, il peut y avoir un garçon avec un « double esprit » qui tient le rôle de la femme, cependant que l’autre n’en revendique qu’un, celui d’être un homme. De même dans un couple lesbien où une femme se sent un homme. Ainsi, la classification d’un troisième sexe trouve ici sa limite, sauf à expliquer que des hommes et des femmes recherchent parfois des partenaires du troisième sexe pour rester dans le domaine du « connu » et éviter les rapports difficiles avec le sexe opposé.

 

Les sociétés sont toujours fascinées par les gens différents et ceux qui réussissent socialement sont souvent ceux qui sont différents ou qui sont obligés de lutter pour parvenir à être eux-mêmes ou pour parvenir à dominer les autres.

 

Le terme « transgenre » fait référence aux personnes qui veulent changer, changent de sexe ou ont changé de sexe (alors devenus transsexuels), donc elles ont changé de genre. Il est possible d’être un garçon et de devenir une fille. L’inverse est possible aussi mais plus complexe. De fait, observation aidant, le terme transgenre pourrait être reçu plus largement et concerner aussi bien le genre intérieur que le genre extérieur habituellement perçu dans cette acception. On pourrait sans doute être transgenre sans que cela se voie ou que cela se sache.

 

La société thaïe a intégré cette dimension malgré des réticences sociales et familiales qui existent comme partout. Pour se rassurer, la famille thaïe, qui accepte, dans le fond,  socialement l’homosexualité, a donc pris le parti de se réfugier derrière le troisième sexe. C’est plus rassurant : mon enfant n’est pas du troisième sexe donc … il est hétérosexuel. La tolérance familiale offre une limite fragile à la tolérance sociale et personnelle. Mais partout dans le monde, les parents souffrent, voire culpabilisent inutilement, d’avoir mis au monde une fille si elle devient un garçon, et inversement !

 

Un grand nombre de jeunes, en Asie, découvrent leur corps à travers le plaisir de la douche, du massage, de la collectivité intime, du sport. Garçons et filles se comparent au corps de l’autre, ce qui n’exclut pas une grande pudeur. La sensualité est plus précoce de ce fait, semble t-il, depuis des décennies par rapport aux Européens. Cette tendance à se rapprocher dans un contexte de même sexe (on ne peut pas toucher la personne du sexe opposé) n’encourage pas la recherche statistique car, d’une part, les études n’assimilent pas les  attouchements de l’adolescence à de la sexualité et, d’autre part, le tabou social reprend le dessus chez la plupart des gens interrogés sur leur passé puisqu’ils veulent oublier ou ont oublié le cheminement antérieur à leur vie normalisée.

 

Dans ce sens, les écoles traditionnelles, de sexes séparés, très ancrées dans le paysage, et des uniformes régulateurs, marquent, dans un sens ou dans un autre, les enfants. Les siestes les rapprochent, que ce soit de l’univers scolaire à celui de la maison familiale, et au lit parfois collectif. Rien de particulier pour des enfants qui s’aiment. La sensibilité nait là et elle conduit comme partout vers tous les chemins, en premier lieu celui de la normalité.

 

Cette image de sensibilité ouverte et de tolérance collective est ternie, dans l’Asie non bouddhiste, où des hommes à tendances diverses sont considérés comme amoraux ou dangereux par leur comportement en public ou en privé. Le sort de l’un des leaders politiques de la péninsule malaise illustre bien ce propos puisqu’il vient de sortir de prison poursuivi aux motifs de présomption de sodomie. Ainsi, des marges de progrès demeurent avec des pratiques sexuelles qui peuvent devenir une arme politique. La tolérance a ses limites dans le haut niveau de l’échelle sociale.

L’espace religieux

 

La réflexion sur les genres se trouve sans cesse confrontée aux dogmes religieux. L’être anormal, en apparence ou en pratique, dérange moralement les tables de la loi religieuse. Mal à l’aise en matière sexuelle, les religions apparaissent protectrices de la conformité. Entre dieu et diable, les individus qui se distinguent peuvent être respectés, adorés, ou honnis, persécutes, et éliminés. Autrefois, le sectarisme chrétien armé a bien mis en place l’Inquisition, des juridictions spéciales qui jugeaient et tuaient tous les Ajoutons, comme le remarquaient les Anciens, que le rapprochement des âmes, et les penchants des sentiments d’amour, sont plus nobles que de décrire les êtres humains avec le mot « sexuel ».  Rapports immoraux entre les individus, y compris ceux de l’Ordre des Templiers. Dans le monde musulman d’aujourd’hui, la volonté reste radicalement claire : il faut éliminer les Impurs.

 

A travers le monde, certaines sociétés ont inventé le mariage arrangé. Cette pratique qui subsiste encore dans certains pays arabes, africains, voire asiatiques, est justifiée pour des raisons qui relèvent de la tradition mais elle permet aussi de se garantir en quelque sorte de la part de risque liés à l’orientation sexuelle d’un enfant ou à son envie de sortir du giron pour vivre seul. Cette pratique est rassurante pour les familles qui perpétuent en principe la famille. Elle répond au besoin des parents de se garantir que les penchants propres à l’adolescence ne conduiront pas à des déviances préjudiciables à l’honneur et à postérité. Le mariage arrangé crée artificiellement un couple normal sans qu’une religion y trouve à redire.

 

La famille est au cœur des religions comme au cœur des sociétés. L’hindouisme et le bouddhisme apparaissent là aussi plus tolérants que les religions monothéistes qui croient avoir reçu des préceptes divins fondateurs de la famille. Il n’y a même pas de comparaison possible, tant l’épanouissement individuel est encouragé par la famille grâce aux préceptes qui acceptent la « voie choisie par chacun ». Ceci crée un concept de vie propice à la tolérance. L’hindouisme va plus loin en intégrant le troisième sexe qui trouve alors une explication biologique. Ce serait la quantité de semence au moment de la fécondation qui serait déterminante pour faire plus de masculin ou plus de féminin. Il se trouve ainsi une explication sociale. La présence de gens du troisième sexe s’expliquerait de plus l’assimilation de ces personnes à des jumeaux masculin et féminin qui ne se seraient pas originellement séparés.

Dans l’hindouisme, Shiva est parfois représenté avec une forme androgyne dite Ardhanâri. Shiva est le côté droit et Pârvatî le côté gauche d’un même corps. Cette image symbolise l’ambivalence de la nature divine, féminin et masculin à la fois, ni homme ni femme, car à l’origine de toutes choses, elle transcende les distinctions de genre.

Dans le bouddhisme, le Mahayana lui-même fait aussi une place au troisième sexe comme d’autres écrits sanskrits. Le personnage central, Rama, se retire dans la forêt. Les habitants de son village le suivent. A mi-chemin, il ordonne aux hommes et aux femmes de rentrer chez eux. Quand il revient de son exil, il retrouve à la même place tous ceux qui n’étaient ni homme ni femme. Il a de quoi être surpris mais c’est une leçon qu’il transmet et le héros Arjuna devient alors, pour le Ramayana, faisant partie du troisième sexe pour une durée d’un an. En somme, la réflexion du Ramayana devrait se perpétuer dans nos sociétés modernes. Retirez les femmes et les hommes et il restera tout un monde indéterminé. Rama l’appelle le troisième sexe, sans faire de sous-catégories, ni transgenres ni autres.

 

Dans la Vinaya bouddhique, codifiée seulement 200 ans avant notre ère, quatre principaux genres étaient reconnus : male, femelle, ubhatobyanjanaka (nature duale) et Pandaka (nature différente intersexuelle). Le bouddhisme qui conduit à ce qu’une âme renaisse dans un autre corps peut facilement accepter qu’une âme féminine soit réincarnée dans un corps d’homme et inversement. Buddha lui-même, dans ses 500 différentes vies, en présente une qui était en femme.

 

Le principe de la réincarnation est aussi à l’origine de la tolérance que l’on ne trouve pas ailleurs que dans le bouddhisme. On peut changer de sexe en étant réincarné et ceci explique beaucoup de comportements possibles. De plus, dans ce concept, l’intégration sociale est forcément facilitée pour tous les individus qui se montrent différents. Plus tolérantes que les autres cultes, ces philosophies du respect de la vie ont eu des effets inverses à ceux que l’on trouve dans les religions monothéismes. Celles-ci sont plus sectaires parce que plus certaines d’avoir raison, ayant reçu le discours divin écrit et traduit. Le troisième sexe, dans le premier cas, a été mis en exergue, comme si c’était une richesse d’être différent. Parfois même il est encouragé, dans certaines castes, d’être soi, si l’on se sent différent. Dans l’autre cas, il est méprisé.

 

Ces autres religions ne manquent pas de contradictions. Des eunuques, par exemple, existent dans la Bible, livre de base des enseignements juif, chrétien et musulman. La tolérance y est sans cesse enseignée mais la foi du croyant semble transformer sa tolérance. Ainsi, la caricature chrétienne existe aussi si l’on regardait le Christ, enfant étonnant d’une vierge, apparemment sans vie sexuelle jusqu’à l’âge de 30 ans, mais vivant ensuite entre hommes ; et avec Jean, son jeune disciple qu’il semble aimer et qui l’accompagne jusqu’à la mort…

 

La place de la femme dans cette page d’histoire chrétienne, et celle des femmes de petites vertus, sont aussi à replacer dans leur contexte et les écrits sont à relativiser. Mahomet condamne de même l’homosexualité dans le Coran, d’un point de vue théologique, faisant référence à la Bible et à la destruction du peuple de Loth. Le troisième sexe n’est jamais mentionné dans ses écrits basés sur deux genres et la dualité entre le bien et le mal.

 

Comme il s’agit toujours d’hommes dans les écrits bibliques et les écrits ultérieurs, c’est vraisemblablement la peur du viol masculin qui semble dominer les pensées des rédacteurs. C’est une peur que l’on retrouve dans le monde des religions d’aujourd’hui accaparées par des leaders masculins. D’ailleurs l’homosexualité féminine est plus tolérée et moins fortement condamnée parce qu’elle ne génère pas autant de peurs. Ainsi, les sociétés modernes, notamment au Moyen Orient, ont du mal à regarder l’ensemble des êtres humains dans leur diversité. Elles développent des culpabilités en apportant des réponses humano-divines sur la conformité. La peur de la condamnation de Dieu s’ajoute à la condamnation ordinaire du regard de l’autre. Ainsi, on retrouve en exil des jeunes qui ne peuvent que fuir les régimes autoritaires intolérants et qui ne savant plus à quelle religion se vouer.

 

Les religions monothéistes sont conservatrices et l’approche du sexe leur est difficile. Remettre en cause les genres, voir même promouvoir le deuxième sexe, est déjà difficile. Dans l’Islam les femmes sont voilées, c’est aussi un symbole. En protégeant la femme, la société se protège. La société des hommes se protège. Elle cache en fait un sexe sur deux. Raison de plus, s’il pouvait y en avoir trois, il faudrait le cacher ou plutôt le nier. Le regard de chacun, ou chacune, est orienté ou impossible. Simone se demanderait aujourd’hui où sont cachés les transgenres et écrirait le « Troisième sexe ». Peut-être faudrait-il mieux cependant se cacher la face que de réfléchir à ces existences marginales qui souffrent. Des femmes sont voilées parce qu’elles l’acceptent. Combien d’hommes et de femmes se cachent comme ils peuvent dans leur milieu social, dans la vie de travail, dans les ordres religieux, dans le sport … ? – Rarement sans doute, si l’on s’en tient à ce commentaire objectif déclaré par un président réélu : il n’y a pas d’homosexuels en Iran !

 

Les religions encouragent chez certains le refoulement de soi alors qu’elles cherchent à favoriser l’expression inverse chez les autres. Le risque de blocage psychologique existe dès qu’il y a oppression ou auto-refoulement face à un chemin qu’on ne veut pas suivre. Il peut conduire à des dérives et à des maladies mentales. Des assassins en séries sont souvent des gens refoulés dans leur jeunesse.

 

Au nom d’une quelconque idéologie, le mépris des combattants de la morale s’accentue envers les indésirables anormaux. Il faut se méfier de ces combattants extrémistes qui refusent parfois inconsciemment d’être ce qu’ils combattent. Les militants anti-homos peuvent être des gens qui ont refoulé leurs propres  tendances. Ceci ramène d’ailleurs à une réplique d’écolier face à une basse insulte : « Ah, ah, c’est celui qui le dit qui y est ! »

 

 

4)  Approche scientifique

 

La recherche et la science ont fait de tels progrès, depuis les temps antiques que toutes les interrogations qui précèdent devraient trouver des réponses scientifiques sûres ou des explications génétiques. Pourtant ce n’est pas le cas. La recherche est en cours et les réponses sont souvent confinées ou contestées.

 

Les sciences balbutient entre les genres

 

Le troisième sexe et le troisième genre seraient-ils dans les gènes ? La différence des êtres serait-elle congénitale ? La dimension héréditaire des tendances sexuelles a souvent été analysée sans pour autant parvenir à des certitudes. Il y a certes des milieux favorables à des éléments de descendance, voire des gènes favorisants la transmission de caractéristiques comportementales. Mais pas un gène du troisième sexe ni un gêne favorisant les tendances sexuelles. Le milieu, l’exemple, l’ouverture d’esprit, plus que les gènes semblent susceptibles d’amener la présence de « type d’êtres » à chaque génération d’une même famille. Néanmoins, la différence ne se transmet pas par l’hérédité.

 

Même la science statistique est tout-à-fait approximative. Il s’avère impossible de dénicher des chiffres crédibles sur les populations concernées. En effet, l’enquête statistique interroge l’intimité de chacun. Celle-ci se dévoile avec une part de mensonge même dans l’anonymat. Il y a une part de soi qu’on ne veut pas voir et une part de ses attitudes qu’on ne veut pas revoir. Les pourcentages probables sont pourtant clairs au regard de ce qui est comptabilisable : dès qu’une famille compte sept enfants, la probabilité est grande d’en avoir un qui ne se mariera pas. Sur 10, il y en aura un d’un troisième genre. On peut le supposer sans que ce soit une règle, bien sûr, pour les familles nombreuses. Il est plus probable dès lors qu’il y a une part de hasard de déterminer les genres dans un groupe d’individus. Une classe scolaire par exemple.

 

Les individus du troisième genre, ou même du troisième sexe transgenre, se marient et font aussi des enfants et se perpétuent, sans transmettre forcément leurs orientations et leur choix de vie. Cependant, du fait qu’il y a dans chaque personnalité une part de culture ressentie, une part d’amour, ou de rejet, d’un de ses parents, il n’est pas rare de trouver dans une même famille deux ou trois enfants d’un genre inversé, homos ou bisexuels. La tolérance et l’exemple favorisent les choix en déculpabilisant. Ce ne sont pas les gènes mais les conditions du milieu d’éducation ou de vie identiques.

 

Si c’est, ne serait-ce qu’un peu, la génétique familiale, c’est-à-dire les gènes transmis par les parents dans la rencontre fortuite de spermatozoïdes et d’un ovule, qui conduit à la réalité d’un troisième genre ou troisième sexe, alors cela intéresse forcément la médecine. Pourquoi et comment l’embryon développe t-il le masculin et le féminin ? Les anthropologues, sociologues et psychologues se sont tournés vers les médecins pour essayer de mieux comprendre ce qui pouvait relever d’un troisième sexe. L’observation porte sur les humains comme sur les autres mammifères.

 

Chez les animaux, on observe un certain nombre d’individus présentant un dimorphisme sexuel c’est-à-dire ne présentant pas une différenciation sexuelle telle que celle qui caractérise les mâles et les femelles. Dans l’ensemble du monde animal, il y a trois sexes reconnus par la communauté scientifique internationale. Le troisième, étant pourvu des deux sexes, est dit hermaphrodite. Certains scientifiques de la Nature définissent, eux, cinq genres selon les espèces. Une espèce peut avoir un genre femelle et deux genres mâles différents ; par exemple chez le cerf élaphe, un mâle possède des bois sur la tête, l’autre genre en est dépourvu. Chez les poissons, on trouve fréquemment un genre femelle et trois genres mâles. Les divers types de mâles ont alors des tailles et des couleurs différentes et surtout des comportements sociaux différents. Chez les oiseaux, certaines espèces ont deux genres mâles et deux genres femelles. Les accouplements sont à 90% toujours les mêmes, c’est-à-dire entre eux genres différents, et 10% sont « inter genres ».

 

Des espèces animales, et d’ailleurs des espèces végétales aussi, se présentent avec les deux sexes confondus. Ils sont alors présentés par les scientifiques comme des anomalies ou des erreurs de la nature.  Mais l’erreur n’est pas toujours confirmée pour certains chercheurs lorsqu’il s’agit de la diversification en cours d’une espèce. Il est des cas où les exceptions sont parfois le signe de l’évolution de l’espèce par opposition à des espèces qui ne bougent pas depuis des millénaires.

 

L’homme fait partie d’une espèce en évolution. Il n’échappe pas non plus, ni à la nature, ni à l’évolution.  Sa morphologie change au fil des siècles. Les scientifiques commencent à savoir d’où il vient, personne ne sait où il va ou ce qu’il deviendra. Ce n’est pas une espèce en voie de disparition mais il devra faire face à l’évolution de sa planète et accepter de changer sa physiologie et ses comportements.

 

L’approche de la différence sexuelle chez les animaux explique mal comment les humains aient pu décider depuis longtemps qu’il n’existait que 2 sexes et … des anormaux. C’était sans doute plus confortable et tellement plus social. Pas très intelligé au regard de ce qui l’entoure. Des millions de transgenres et d’homosexuels ont été considérés, depuis deux ou trois millénaires soit comme des erreurs de la nature, soit comme des malades mentaux dont la psychologie avait dérapé à l’adolescence. Il est permis de s’interroger pourquoi l’homosexualité serait-elle très répandue chez les animaux et pas chez les humains. Et même pourquoi, après tout, les transgenres ne seraient-ils pas en avance sur l’évolution humaine. Comme le sont les gens  imberbes, de toute évidence en avance sur l’évolution, par rapport aux gens poilus, barbus et velus, appelés à disparaître. S’éloignant du singe, dans une planète qui se réchauffe, la toison de l’espèce humaine est à terme condamnée. Les femmes non velues sont donc peut-être en avance. Hypothèse osée : dans quelques millions d’années, l’homme sera peut-être devenu une femme puisque l’inverse est impensable. Peut-être un hermaphrodisme qui le rapprocherait des anges, cette invention prémonitoire des hommes.

 

Certes, il est inconvenant de faire de la marginalité une perspective d’avenir possible. L’humanité est bien en marche sur la voie de son développement. Cependant, la moindre des choses serait d’intégrer les différences. Les traités de médecine légale et ceux de psychiatrie ont depuis longtemps observé l’existence de personnes ne rentrant pas dans la définition d’un homme ou celle d’une femme. Les rapports de police aussi. De tout temps on s’est demandé comment qualifier dans un rapport de police un personnage ambigu ?  Elle ou il ? Comment le poursuivre pénalement avec un genre indéfini ? Comment attribuer un sexe sur une carte d’identité ou un passeport lorsqu’il y a un doute ? Comment donner une médaille d’or olympique à une femme qui ressemble à un homme ?

 

L’analyse médicale fait de nombreux progrès au XX° et XXI siècles. Des tests chimiques déterminent désormais le genre. L’ADN est un élément incontestable de la recherche sur la nature des corps. Néanmoins, les spécialistes travaillent tous sur les bases de la dualité. On généralise. Les plus récentes études dévoilent dans des publications discrètes que depuis longtemps les bébés ne sont pas tous identiques sexuellement à la naissance. Il y aurait dès la première minute un faible pourcentage de … sexes indécis !

 

La dimension médicale du sexe à la naissance est évidente lorsqu’il y a intervention d’un médecin ou intervention chirurgicale. Il existe des rectifications bénignes. Une intervention peut être parfois cachée aux parents à la naissance parce que c’est un sujet tabou. Elle peut aussi être demandée dans la discrétion par les parents en prime jeunesse. Elle est souvent demandée par les adolescents qui choisissent de transcender leur dualité ou l’équivoque de leur état-civil. L’ablation du pénis rend bon nombre de garçons complètement femmes. Quelques hormones administrées font grossir les seins. Ce sont les transsexuels. Ceux qui ont changé de sexe et qui commencent à être reconnus dans la plupart des pays occidentaux. Les médecins aujourd’hui collaborent volontiers.

 

De la conception à la naissance, il y a transformation de l’embryon vers le féminin ou le masculin. De la naissance à l’adolescence également. Le développement hormonal interagit entre les deux tendances. L’harmonie vers un genre est la règle commune. Mais bien des hiatus font que le chemin n’est pas tracé de manière rectiligne. Parfois, c’est l’adulte qui choisira après expérience sexuelle révélatrice.

 

L’intervention chirurgicale existe en Inde dès l’enfance avec la castration, c’est-à-dire l’ablation partielle ou totale des testicules. Les « Eunuques » sont une catégorie de garçons castrés qui développent des comportements en marge mais bien intégrés par la société indienne. Société indienne par ailleurs tolérante mais qui n’a pas encore totalement libéralisé l’homosexualité. Les « castrats » recherchés pour leur voix d’adolescent qui ne mue pas, ont donné les plus belles voix masculo-féminine des grands opéras italiens. Néanmoins quelle société mutilante !

 

Les « Hijras » en Inde ne sont pas castrés mais se présentent naturellement comme des hommes-femmes. Ce sont les représentants du troisième sexe les plus connus au monde et le groupe le plus nombreux. Même dans cette minorité des minorités, il existe des catégories : des hermaphrodites, des mâles complètement efféminés et d’autres qui se sentent ni hommes ni femmes. Les Hijras sont insérés dans un rôle féminin. Ils s’habillent en femmes mais se disent souvent ni homme ni femme. En général, sexuellement ils préfèrent les hommes.

 

Bases génétiques pour la détermination du sexe

 

La science est précise sur la connaissance génétique de la détermination des sexes. Il existe chez tout être humain 23 paires de chromosomes qui contiennent les gènes et déterminent la personnalité de chacun. Tous les êtres humains sont différents de par la composition de leurs gènes. Les gènes sont uniques pour chaque individu mais révèlent la filiation. L’ensemble des mêmes chromosomes se retrouvent dans le noyau de chacune des millions de cellules du corps. Les cellules se multiplient en se reproduisant à l’identique.

 

Ces chromosomes se présentent par paires. On serait tenté d’écrire : ils se marient par paires puisque 23 d’entre eux proviennent du père qui a donné sa semence et pour les 23 autres de la mère qui enfante. C’est ce bagage mixte venant des deux géniteurs qui va créer l’individu nouveau. Ces paires sont comptables et décelables par l’analyse scientifique de la moindre cellule. Toutefois la vingt-troisième paire de chromosomes est différente des autres car c’est elle qui détermine le sexe de l’enfant. En effet, la répartition se fait par les parents sur le vingt-troisième chromosome : la mère donne toujours des chromosomes de type X. Le père donne en principe des chromosomes, soit de type X, soit de type Y.

 

De celui qui formera la dernière paire, viendra a priori le genre. Ainsi :

– Si c’est un chromosome paternel X qui s’ajoute au X de la mère, le chromosome XX donnera un sexe féminin à l’embryon.

– Si c’est un Y, le chromosome XY donnera un embryon de sexe masculin.

On peut s’interroger sur le signe déterminant. Certains pensent que l’Y donne le masculin. Et ce serait le père qui donnerait en somme le sexe.

 

Mais il existe aussi d’autres cas différents, plutôt assez fréquents, à savoir :

  • 1 bébé sur 500 porte trois chromosomes XXX.
  • 1cas sur 500 de chromosomes XYY.
  • 1 cas de XXY sur 700 naissances. Ces enfants sont normalement sexués.

Cette observation permet de cerner biologiquement des différences.

 

Il existe également, mais plus rares, des cas particuliers. Les cas de XXXX (très femelle) et de XXXY existent. Ces derniers sont tous en principe des mâles (Source recherche Univ. Paris 5 Sorbonne). Ceci confirme scientifiquement que la présence seulement de X engendre un sexe féminin, présence d’un seul Y, le sexe est masculin. Le rôle du Y apparaît donc fondamental pour le développement des gonades de l’embryon. Aux sources de la vie génétique, s’il n’y a pas de chromosome Y, l’embryon, donnera le genre femelle. En présence d’un chromosome Y, au contraire, ce sera un mâle.

 

Dans cette observation, toutes les naissances qui ne sont pas en XX ou en XY sont appelées « anomalies » par la médecine qui est cependant prudente dans le vocabulaire du sexe. Ainsi la médecine parle de « phénotype masculin » ou « phénotype féminin ». Il est trop risqué, semble t-il, d’affirmer un genre qui relèverait de la science. On est ici tout proche de définir l’existence d’un troisième sexe puisqu’on est proche de l’incertitude sur ce qui est basiquement mâle ou femelle. Si le discours n’est pas 100 % affirmatif, c’est bien qu’il n’y aurait pas, semble t-il, de certitude absolue.

Ainsi, ce qu’on appelle désormais des « inversions sexuelles » est de plus en plus connu statistiquement sur le plan médical :

  • un bébé sur 500 serait porteur d’un chromosome de plus sur la 23ième paire
  • un bébé sur 10000 naissances serait un cas de double sexe.

 

Peut-on appeler ces cas des anomalies. Sans doute, si on veut mettre en exergue le non-respect de la normalité. Appeler cela anomalie c’est aussi ne pas déranger la dualité établie. Toutefois, dès lors que ces naissances sont statistiquement dénombrées et régulières, il est concevable de ne pas y voir uniquement des anomalies mais d’y reconnaître plutôt un « troisième cas ».

 

En revanche, ce qui est plus étrange, et sans doute plus anormal, c’est la présence parfois d’une paire de chromosomes bien déterminée mais qui ne correspond pas au sexe effectif de l’enfant. En effet, environ toutes les 10 000 naissances, nait un bébé de sexe féminin porteur d’un vingt-troisième chromosome XY.  C’est une fille mais elle porte un Y. Or, le Y ne permet pas l’enfantement et cette fille deviendra une femme stérile.

 

De même, toutes les 20 000 naissances, dit-on, naîtrait un « bébé mâle » en présence d’une 23ième paire de chromosomes « XX », donc féminin.  Ces individus qui sortent des normes seraient « intersexués » et il y aurait une certaine distance entre l’apparence physique du garçon et son analyse génétique.

 

Ces observations qui semblent extrêmement rares, d’après les chiffres fournis par les scientifiques, révèlent néanmoins que les choses existent. Il y a une catégorie de gens qui n’ont pas en eux le sexe qu’ils portent en apparence. Les médecins affirment qu’ils sont rares mais les sociétés ont du mal à reconnaître ces phénomènes, à en parler ouvertement et par conséquent elles ne peuvent que minimiser les phénomènes qui dérangent. De plus, quels sont les contrôles génétiques dans les pays pauvres où les médecins ont d’autres priorités.

 

Des scientifiques ont montré que ce sont les gonades qui déterminent le sexe dès la formation de l’embryon. Elles deviennent les ovaires chez la femme (ovule) et deviennent les testicules (sperme) chez l’homme. C’est bien un gène qui déclenche la différentiation et enclenche le développement de ces glandes hormonales dans un genre ou dans un autre. Pourquoi ne serait-ce pas ce même gène qui créerait aussi le troisième genre. Il existerait d’ailleurs un gène appelé « SRY » qui pourrait déclencher la formation de gonades quel que soit le Rapport XX ou XY de la vingt-troisième paire de chromosomes ! On retrouverait d’ailleurs ce phénomène chez le gorille et chez la souris, affirment certaines expériences scientifiques.

 

Les observations médicales ou biologiques doivent être rapprochées des études sociologiques et comportementales pour reconnaître la différence d’orientation sexuelle des individus. Il est heureux de ne pas chercher à prédéterminer l’orientation de chacun mais il faudrait sans doute sortir des chiffres, à confirmer avec plus de certitudes statistiques, qui considèrent qu’un cas sur 10 000, ou même un cas pour 500 naissances, relèveraient de la différence qui conforte l’idée que la dualité est bien dépassée. Il existe une troisième catégorie. Il faut le reconnaître et dépasser le tabou des discours. Mesurer l’importance d’un phénomène que la science ne nie plus, mais que la société n’intègre pas ouvertement, serait un honnête progrès.

 

Sociologie comportementale

 

La Thaïlande, sans doute parce qu’elle est, par son peuple et sa culture, tolérante, mais aussi parce que la sensualité y est apparemment plus épanouie qu’ailleurs, sans les tabous d’une religion imposée, sans frustration, semble t-il, sur la liberté individuelle, malgré un fort esprit grégaire et une conscience collective pesante. De ce fait, elle se trouve parmi les pays les plus avancés pour la reconnaissance d’un autre genre et, de fait, d’un « troisième sexe ». La société thaïe intègre une dimension qui manque dans bien des états.

 

On cite dans le monde entier que la société thaïe a pris en charge les différences du troisième sexe dans son système éducatif : des écoles primaires Issan notamment comportant trois salles de toilettes, H, F, et K. ; cette université de Chiang Mai également qui offre la même triple structure, le logo représentant homme et femme entrelacés pour catégoriser le troisième sexe. La société tout entière évolue et cherche à intégrer.

 

La lutte de certains êtres contre les préjugés rend probablement ces gens plus combattifs voire plus studieux puisque la presse a relaté il y a quelques années qu’une classe de Lettres de la sélective université de Chulalongkorn se composait presqu’uniquement de gens du troisième sexe. Citons encore Kampang, ville du nord où l’école possède une troisième salle de toilettes car, sur 2600 élèves de cette école, 200 se considèrent comme « transgenres ».

 

Des avancées existent ponctuellement dans le monde : l’Université de Harvard, en 2004, a distribué aux étudiants des questionnaires comportant trois cases : H, F, Autre ! Aux Etats-Unis, les avancées sont très variables d’un état à l’autre.

 

Il est permis de se demander si une société plus permissive n’encouragerait pas le phénomène en termes de nombre d’individus. Le risque est possible. Plus la société est fermée et hostile aux différences de comportements, plus les individus cachent leur vraie nature en essayant de se conformer à la norme. Et là, ils vivent vraiment « contre nature », c’est à dire contre leur penchants naturels et sans épanouissement amoureux. Souvent ils restent alors seuls et finissent leur vie à s’occuper de leurs parents. Probablement sont-ils bon nombre dans les statistiques des dépressifs ou dépendants à certaines substances.

 

A l’inverse, une société plus ouverte et qui intègre les transgenres ne risque t-elle pas de favoriser le genre par prosélytisme latent. Ce qui est vrai pour l’homosexualité l’est sûrement pour le troisième sexe. Dans les pays européens où l’homosexualité est sortie de la répression, le nombre de gens du troisième genre ne cesse d’augmenter, de même que la création d’un nouveau concept de famille (monoparentale) et un nouveau statut juridique pour le mariage homo (le pacs). Le droit des transgenres est aussi en évolution. A noter quand même que la notion de maladie pour les gens différents n’a disparue de la liste de l’OMS qu’en 1985. Il faut espérer intégrer un jour la notion de troisième genre, qu’il soit choisi ou subi, dans le droit international onusien.

 

Certes, il ne faut pas ignorer les dérives de certains troubles de l’identité, de la maladie psychiatrique, ou même du travesti qui trompe tout le monde sur son identité par maladie mentale, mal-être social, par dérision ou par jeu. Mais il faut intégrer dans les mentalités l’idée que ce groupe social peut cesser de se marginaliser à outrance. Les comportements outranciers sont souvent le reflet d’un grand désespoir. Le transsexualisme, considéré jusqu’en 1950 comme une perversion, est aujourd’hui non seulement traité dans le sens des droits de l’homme, mais aussi respecté.

 

Dans le domaine de l’hermaphrodisme, sujet tabou, peu de gens parlent sincèrement alors que la biologie et la médecine savent de quoi il s’agit. Sous couvert de secret médical, le droit à l’omerta de chacun sur son propre corps est bien répandu et peu de statistiques sont publiées. Droit aussi au secret pour la société. Ce qui choque souvent les uns et les autres, c’est la volonté de changement de sexe. Pourtant le transsexualisme peut être la rectification d’anomalies de naissance. En chirurgie, il est plus facile de construire un vagin que d’élargir un micro-pénis. En conséquence, on parle un peu plus des hommes que des femmes face au changement de sexe. Voilà pour quoi des nouveaux nés, plus de mâles que de femelles, au vu de l’analyse de leurs chromosomes, auraient été féminisés par la société dès le premier âge. Des filles peuvent aussi être sujettes chirurgicalement à la réduction du clitoris.

 

L’identité du genre ne devrait pas être une construction sociale. L’individu rejoint la société. Des questions de fond se posent. Un acte médical prématuré ne serait-il pas, d’un certain point de vue, un crime contre la personnalité. Faut-il couper le sixième doigt d’une main anormale. L’effet n’est pas le même que de couper un pénis. Faisons confiance aux parents et aux médecins puisque l’accord de l’intéressé est impossible. Il est vrai qu’on ne choisit pas non plus son baptême et sa circoncision ! Aucune loi, nulle part, ne vient protéger les bébés dans ce sens et le droit au choix de son identité ou de son sexe. Un acte juridique créant un troisième sexe serait sans doute souhaitable pour avancer dans ce sens.

 

Les cinq genres

 

Il y a chez les animaux, les oiseaux, les poissons, les reptiles, y compris chez les mammifères, un certain nombre d’individus à l’intérieur d’une même famille qui se distinguent de l’ensemble de la famille réparties en deux sexes male et femelle, du fait d’une moindre différenciation de ces deux sexes ou de la présence des deux en même temps ; ces individus forment un genre de type hermaphrodite, c’est a dire possédant des éléments des deux sexes, a la fois male et femelle ; c’est le troisième sexe indiscutable.

 

Il y a chez certains types d’animaux, des comportements sociaux qui permettent de distinguer :

  • des males qui défendent le territoire et d’autres non,
  • des femelles qui s’occupent de la progéniture et d’autres qui défendent le territoire ;

On peut distinguer 4 genres que l’on retrouve dans le genre humain : des hommes, des hommes efféminés, des femmes et des tom boys. Ce serait donc plutôt 4  genres qu’il faudrait distinguer sur la base de comportements.

 

Sur un autre plan, on retrouve sans doute quatre sexes, à savoir : male male, male femelle, femelle femelle, femelle male. Quant aux orientations sexuelles, en partant du principe qu’on compare des genres identiques : on peut distinguer pour les quatre la même différenciation, à savoir hétérosexuel ou homosexuel. Les convergences ne semblent pas établies de manière certaine.

 

Les catégories ne coïncident pas forcement aux genres tels que nous les connaissons. Une femme qui se sent complètement femme et qui aime une autre femme peut-elle être dite d’un genre différent, non. Il est difficile d’agréger un troisième sexe efféminé qui aime les hommes et un homme marié qui aime également les hommes. Voilà des différences bien plus fortes qu’on ne le croit habituellement. De même, une femme mariée qui aime une autre femme cherche t’elle a fuir son mari ou recherche t’elle une protection, un autre homme sans sexe masculin.

 

Il faut éviter les amalgames mais il convient aussi de reconnaître qu’il y a bien deux chapitres de réflexion entre les orientations sexuelles et la confusion des genres. Un garçon efféminé peut être, ou devenir, hétérosexuel. Un mâle, très mâle, peut être gay. Gay ne signifie pas trouble, encore moins efféminé dans l’intimité. Mais d’orientation vers le même sexe. De même, pour les filles dont l’allure ne permet pas de décider de l’orientation psychologique et sexuelle, il peut y avoir confusion des genres. Pour le sexe féminin, parfois, il est plus facile de vivre secrètement une différence. Au moins dans le regard des hommes. Un homme doute rarement qu’une femme soit un homme. En revanche, il ne supporte pas qu’un homme soit une femme et il décrit souvent les homos avec des sobriquets féminins. Les hommes qui ont fait une expérience naïve avec un « travelo » se disent honteux d’avoir pris du plaisir lorsqu’ils découvrent qu’il s’agissait d’un homme transgenre.

 

Des hétéros deviennent homos après une déception amoureuse ou après un traumatisme moral. Ils sont peu décrits peu dans les études, comme si ces cas étaient vraiment exceptionnels et comme si c’était en fait impossible de changer de genre ou d’orientation, sinon en ayant trompé son monde auparavant. En fait, les pratiques sexuelles semblent subir l’effet des traumatismes psychologiques et rien n’est immuable quand on n’a pas tout découvert en soi. L’autre sexe devient un refuge.

 

Des changements d’orientation peuvent survenir occasionnellement. Une femme battue par son mari sera peu encline à prendre le risque avec un autre. Il est aussi possible de changer d’état d’esprit et de genre en changeant de génération. Ainsi pour un homme ou une femme adulte qui redécouvre l’amour, pour le même sexe, ou pour un autre, lors de la rencontre d’un partenaire beaucoup plus jeune. C’est la rencontre qui fait l’expérience, pas forcément la prédestination ou l’orientation sexuelle habituelle. On découvre ce que l’on ignorait, le genre qu’on ignorait et qui était caché au fond de soi, maintenu par l’acquis moral et social.

 

Comment compter finalement les différents genres et tenter de composer avec les apparences, physique, physiologique et biologique. Ce qui est physiologique, c’est la morphologie. C’est ce qui se voit ou ce qui est perçu. Ce qui est biologique, c’est en terme d’organes internes, ou de gamètes ou de secrétions d’hormones mâles ou d’hormones femelles. Ce qui ressort de l’analyse, c’est la multiplicité de ces « genres ».

 

Les êtres humains naissent-ils égaux sexuellement ? Ce n’est pas certain car, si l’on défini les cinq sens d’un être humain, on devrait sans doute exprimer aussi les cinq sexes du genre humain au vu d’une nouvelle observation. Les humains connaissent leurs cinq sens. Ils s’en découvrent d’ailleurs parfois un sixième. C’est peut-être ce sixième sens qui nous manque pour découvrir le profond de soi. Comment les gens différents se rencontrent-ils si ce n’est pas cette dimension supplémentaire. Une femme qui aime les femmes devine qui est une autre femme comme elle. Le sens commun des mortels ne connaît que l’attirance vers le sexe opposé. Ce sens-là est proche de ce qu’on appelle l’instinct. D’autres, par le sixième sens, perçoivent une autre dimension, d’autres attraits qui peuvent aussi relever de l’instinct mais surtout d’autres perceptions qui relèvent d’une sensibilité peu à peu développée. Parfois, un regard suffit, chacun sait.

 

Les différences physiques se marquent par le dessin des corps. Si on se réfère à l’observation d’une scientifique, il y aurait cinq types de corps, donc cinq genres différents :

  • le corps mâle
  • le corps mâle efféminé
  • le corps mixte / hermaphrodite
  • le corps femelle masculin
  • le corps femelle

 

Sur ces cinq corps, celui qui pourrait bien être indiscutablement le troisième sexe, l’hermaphrodite, est rarement observé à la naissance et il n’est pas compté dans les statistiques. Le corps hermaphrodite, possédant les deux sexes, étant relativement peu fréquent,  il est peu observé à la naissance. Des sages-femmes à domicile ayant procédé à des milliers de naissances disent n’en avoir jamais observé. Pourtant, dans les hôpitaux, on peut les comptabiliser. Il est possible que la primo observation médicale n’étant pas de leur ressort, les assistantes de naissance se contentent de nettoyer le nouveau né. Comme il est possible de ne pas observer plus loin l’enfant quand on a vu un bout de pénis et qu’on ignore ce qui peut être perçu au-delà. La médecine les reconnaît. Elle distingue les vrais et les pseudos hermaphrodites selon l’importante de l’ambigüité.

 

Trois des cinq genres ne pouvant pas être observés chez le nourrisson, il faut donc les classer en deux catégories mâle et femelle. C’est la croissance qui fera ensuite les distinctions entre les genres peu communs.

 

Les distinctions morphologiques des corps se manifestent de différentes façons pendant la croissance : bien sûr, la pomme d’Adam est souvent une indication déterminante d’un mâle, la voix également. La forme du bassin et la forme des cuisses et des fesses chez les individus, pubères comme adultes, peuvent révéler le plus souvent l’ambiguïté sexuelle d’un corps. La démarche ensuite accentue les différences de musculature et d’énergie.

 

Autre distinction : la pilosité. Les garçons imberbes passent aux yeux de certains pour des filles lorsque la barbe est culturellement un attribut de virilité. De même les filles à moustache sont facilement regardées comme masculines. En fait, l’erreur est de juger sans savoir et même de chercher à savoir. Ce n’est le plus souvent qu’une question de quantités d’hormones mâles ou femelles sans réelle influence sur le genre de l’individu et ses tendances sexuelles. Comme on donne des hormones de croissance à des enfants petits, on peut ajouter du masculin ou du féminin médicalement. Les individus qui cherchent à changer de sexe consomment des hormones pour atteindre leur recherche d’harmonie entre leur physique et leur psychique. Le « dopage aux hormones » est une intervention sur la nature du genre lui-même.

 

Des seins minuscules chez les filles, mais aussi chez les garçons, sont un aspect interprété par le regard des autres comme indice de la différence. C’est une autre perception d’une différenciation peu évidente chez certains ou plutôt de la présence de deux tendances féminine et masculine mélangées. Rien ne permet de conclure : les différences sont souvent évidentes et pourtant le regard est rempli de tabous ou de considérations simplistes.

 

En Thaïlande, ces quatre sexes – garçons, garçons-filles, filles, filles-garçons – sont faciles à observer. C’est d’autant plus facile que les jeunes s’acceptent tels qu’ils sont et acceptent aussi de l’assumer face à leurs amis des trois autres sexes, notamment dans leur habillement.

 

La classification en en 4 ou 5 sexes ne concerne pas la société en matière d’état-civil. Les individus ne veulent d’ailleurs pas rentrer dans des catégories qui les enfermeraient et n’auraient aucun intérêt. Pourquoi une telle classification sociale serait-il un plus, au contraire. Il faut reconnaître à la société le bienfait de rester neutre. De plus, chaque individu recherchant sa moitié, sans tout savoir, comment se définir soi-même avant d’en avoir fait l’expérience ? Socialement impossible. Individuellement impossible.

 

Seul le genre du milieu, hybride entre les deux sexes, est indéniablement appelé socialement à être intégré dans la modernité des sociétés ouvertes et tolérantes. Il s’agit d’un sexe double pouvant avoir des relations avec les hommes comme avec les femmes. Il s’agit d’un genre qui se reconnaît comme ni-femme mi-homme.

 

Plus les sociétés deviendront permissives, comme naturellement les sociétés primitives devaient ou pouvaient l’être, plus le troisième sexe non conformiste, transgenre, prendra une place entre les deux genres classiques. C’est pourquoi on doit s’attendre à voir de plus en plus dans les questionnaires, et les passeports du futur, une troisième case qui, si elle n’est pas celle d’un troisième sexe, à proprement parler, n’en est cependant pas loin.  Au moins chaque individu pourra se démarquer s’il le souhaite.

 

Fusion ou choix

 

Comment ces corps différents connaissent-ils le désir de l’autre ? La pulsion sexuelle qui conduit à l’accouplement et à la reproduction n’est pas que physiologique. Au-delà des hormones qui sont fabriquées et que le corps doit utiliser comme on évacue le liquide séminal, le besoin d’affirmation de son propre corps s’identifie à travers le corps de l’autre. Le bonheur suprême dans l’acte d’amour est un sentiment de fusion. L’acte fait devenir le corps de l’autre. Cet état est celui d’un corps complet.

 

C’est à se demander si l’instinct pulsionnel ne consisterait pas pour une femme à devenir l’homme qu’elle aime et inversement pour l’homme. Il s’agirait dans un sens, pour un homme d’aimer une femme parfaite telle qu’il voudrait qu’elle soit et en somme qu’il soit. Que son inconscient voudrait qu’il soit. De même pour la femme dont le rêve parfait est sans doute de créer ce qu’elle aime.

 

La femme cherche encore son affirmation dans le couple. Il arrive que certaines femmes se découvrent moins amoureuses de leur mari après le premier enfantement, ou moins désireuses parfois. Comment expliquer ce cas particulier si ce n’est que l’état nouveau de l’enfantement, dans la douleur, fait que la femme se sente plus forte. Souvent plus épanouie mais pas toujours plus autonome ni moins dépendante. En fait, elle se sent plus vraie et moins frustrée du sexe qu’elle n’a pas. Le nouveau-né est en quelque sorte un attribut sexuel nouveau. C’est ce qui enclenche l’amour maternel.

 

Il reste un argument contestable à côté des explications biologiques du choix de son sexe. L’homme pourrait naitre avec un instinct neutre. Ce serait son environnement culturel familial, et/ou son reçu éducatif, qui détermineraient sa sexualité. Reproduisant le modèle familial et social, le choix de l’hétérosexualité s’imposerait forcément. C’est là où FREUD explique que les expériences vécues durant l’enfance influenceraient fortement l’orientation sexuelle différente.

 

C’est surprenant que les découvertes continuent aujourd’hui dans ce domaine. L’étude faite aux USA par le Professeur Kinsey à la fin du vingtième siècle a surpris en révélant une grande part de bisexualité chez les humains. Sa recherche et ses  chiffres ont été très contestés mais il manque une actualisation crédible selon les sociétés analysées pour estimer les statistiques fiables d’aujourd’hui.

 

D’autres questions dérangeantes naissent encore. Certaines observations font penser, d’une part, qu’il y aurait, en quelque sorte un choix, ce que bien des personnes qui n’ont pas réellement choisi leur choix contestent, mais aussi, d’autre part, que les hétérosexuels, au moins pour quelques-uns, réprimeraient une part d’eux-mêmes, sans doute celle de l’autre sexe, ce qui déclencherait chez eux un refoulement propice à l’intolérance.

 

L’intolérance est commune à presque tous les pays. Ce sont les schémas individuels et leur addition grégaire qui protègent et la société et la reproduction. Ce sont aussi des choix qui poussent les autres vers des destinées hors des chemins fréquentés. Pour rassembler tout le monde il faut des guerres ou des jeux. Le nationalisme, l’ignorance, la jalousie, la haine conduisent les peuples. Les démocraties un peu moins que les autres dès que le dogmatisme religieux qui fige les règles de vie et enclenche des certitudes, ne domine pas.

 

Le débat n’est pas inintéressant puisque les catégories du troisième genre ne sont pas toutes aussi belles, dans leurs différences dérangeantes et pas toutes disposées aux efforts nécessaires pour s’intégrer. Ceux qui sont épanouis seraient doués d’une plus grande sensibilité, d’une ouverture d’esprit plus large et de capacités intellectuelles affirmées. C’est ce qui  ferait émerger les artistes, les intellectuels et les créateurs. Les autres souffrent.

 

Les minoritaires se divisent comme les autres sur les choix de sociétés. Ainsi, en va-t-il de la vie en couple, du mariage, de l’adoption et de l’éducation des enfants. Comment les transgenres peuvent-ils être un exemple. Comment une femme peut-elle être un père ? Et puis, il y a ceux qui forment des minorités au sein des minorités comme les courants Queens, cuirs, sado-masos et qui n’aident pas forcément à l’intégration des idées de tolérance dans un univers qui en manque souvent. Enfin, il y a ceux qui s’intègrent plus ou moins tranquillement et ceux qui recherchent la marginalité et s’y complaisent tellement qu’ils accentuent le côté dérangeant de cette marginalité.

 

Le troisième sexe oblige la société « hétéro normale » à réfléchir et à évoluer, de fait ou de droit. Il l’oblige à s’interroger sur la dualité qui semble sa base immuable. Bien des sociétés ne le font pas encore, plus affairées à consommer et à essayer de sortir des crises économiques que de se soucier du bonheur simple et tranquille des citoyens. De fait, plus la société devient tolérante ou plus la différence est acceptée par la loi, puis par les médias, puis par les écoles, plus les normaux s’aperçoivent que « les différents » sont  tous comptes faits … nombreux, visibles et acceptables.

 

 

Conclusion

 

Cette étude ne pouvait se faire qu’en Thaïlande, pays où la tolérance envers les différences liées à la nature humaine et aux comportements individuels, est notable parce que relativement neutre de tout postulat religieux. L’amour et le choix de vie de chacun ne regardent que l’individu dans sa quête d’harmonie, au moment où il est, et là où il aime. Bien des sociétés devraient se défaire de leurs « a priori » et cesser de les enseigner pour libérer les parcours individuels.

 

Comme on ne juge pas un coureur au milieu de sa course, un Thaï respecte le cheminement de l’autre sans connaître son aboutissement. Chacun son Karma. Ce choix personnel est différent de l’individualisme. Il génère de la tolérance. Ainsi, chacun peut être soi au milieu des autres avec ses cheminements de vie dès lors qu’ils n’empiètent pas sur la vie des autres. Etre soi dans son unicité ou dans sa différence, en se rattachant à un groupe, un genre, ou à un sexe. Respect de l’autre et intégration de tous, tel pourrait être l’adage social de tout pays ouvert au multi sexualisme.

 

La médecine, neuropsychiatrique, et la chirurgie plastique transgenre sont en Thaïlande les plus avancées du monde parce que les esprits y sont préparés. On opère et transforme les sexes dix fois plus ici qu’ailleurs et les êtres transformés s’insèrent mieux qu’ailleurs dans le monde du travail en changeant d’identité.

 

La réflexion sur ce sujet, ou ces sujets, ne remet pas en cause les fondements de toute société basés sur le masculin et le féminin. Les hommes et les femmes sont les genres majoritaires. Il existe cependant un genre « neutre » qu’on doit cesser de nier ; ou bien des êtres pas si neutres mais qui se distinguent des deux genres majeurs et qui réclament le droit à la différence.

 

Vraisemblablement à la naissance un espace de genre est ouvert indépendamment du sexe. Le chemin vers la sexualité est progressif s’opérant en fonction du reçu initial des parents puis par l’acquis social et l’environnement des actes de la vie et enfin par un ensemble comprenant l’expérience, la sécrétion hormonale, la perception du plaisir, le sentiment de plénitude ou de révolte et le besoin de procréation.

 

Ici comme ailleurs, l’individu « différent », dans son être profond, ressent comme tout le monde le besoin d’un autre. Mais il ressent surtout plus que les autres, quelque chose d’incomplet et même une inadéquation entre la société et lui-même. Comme tout le monde, cette personne va chercher la part qui lui manque. Et trouver ce qu’il va trouver… C’est la rencontre qui lui donnera réponse à un besoin profond. C’est la vie qui va décider au-delà de ses propres rêves. S’il se sent entier ou en harmonie avec l’autre, il deviendra ce que il est.

 

Il y a confusion possible de vocabulaire entre Sexe, Genre et Orientation sexuelle :

 

Si on parle de sexes : il y a deux sexes connus et un troisième sexe correspondant au mélange des deux premiers. Certains corps, rares, sont porteurs des deux sexes. D’autres corps (transgenres) présentent un sexe apparent qui n’est pas celui perçu à l’intérieur de la conscience de l’être. Certains individus vivent bien leur différence (qui dérange cependant socialement), d’autres veulent devenir les femmes ou les hommes qu’ils sont vraiment.

 

Si on parle de genres : il y a plus de genres que de sexes. Les genres incluent les perceptions des êtres dans leur multiplicité et leurs envies, notamment les homosexuels des deux sexes qui se reconnaissent uniquement attirés par le même sexe et se déterminent comme tels.

Ainsi, 7 genres sont à distinguer :

  • masculin, féminin, être double, homme se sentant femme, femme se sentant homme, homosexuel masculin et homosexuel féminin.

Si on ne veut pas intégrer l’orientation homosexuelle parmi les genres, pour ceux qui se reconnaissent « homme homo » ou « femme homo », il en reste néanmoins cinq.

 

Si on parle de choix de vie : En dehors de l’instinct qui doit être assez maîtrisé chez les hommes, il n’y aurait pas d’orientation sexuelle  prédéterminée. Chaque individu reçoit un bagage génétique à la naissance. Celui-ci ne fixe pas l’orientation sexuelle. Nul n’est déterminé dès par sa lignée même si des scientifiques s’approchent parfois de gènes transmissibles et de la notion complexe d’hérédité, y compris en matière de comportement sexuel.

Rien ne permet d’affirmer que chacun serait enfermé dans une catégorie selon son genre. L’orientation sexuelle, en fait, se précise et se construit durant le développement de l’être, après la naissance, dans son environnement et à travers sa pensée. Cette orientation pourrait ne pas être immuable durant la vie d’adulte, pensées et environnements changent. Chacun devient ce qu’il choisit plus ou moins d’être par la force des choses, soit hétérosexuel comme les autres, soit asexuel, bisexuel, ou homosexuel, soit encore mal dans son genre et son corps avec l’envie d’en changer. Et ceci quel que soit son sexe et son genre.

 

Alors pourquoi faudrait-il enfermer les gens dans des catégories et des genres ? En effet, ce qui est humain est plus complexe que simple dès lors que la psychologie de chacun s’épanouit dans une société de liberté. L’évolution de l’humanité va, dans le lointain, vers des horizons que nous ignorons. Aujourd’hui, le parfum immuable est un petit trop prenant.

 

Si le couple homme-femme reste le modèle social, certains êtres rechignent à suivre ou à subir ce qu’ils sentent comme : contre leur nature. En l’occurrence, la « nature » sociale conduirait à limiter l’amour à une conception et à la lier à la survie de l’espèce. Notions totalement divergentes de l’amour et du plaisir. C’est un tabou de parler en société de ce sujet car ce serait rendre « normal » ce que bien des gens considèrent comme « anormal ».

 

Ainsi l’hermaphrodisme existe chez les humains, marginalement certes, mais on ne peut l’ignorer. Le genre indéfini à la naissance est également une réalité cachée qui ne se prête pas à la réflexion, ni même à l’attention, car ceci … dérange nos conceptions majoritaires tellement confortables. Enfin, le genre inverse entre l’intérieur et l’extérieur est une réalité de l’identité décalée.

 

Dans certaines civilisations, les personnes transgenres sont valorisées et trouvent une place sociale, ou une intégration possible ? D’autres pays continuent à ne pas reconnaître le changement de sexe ou à nier la présence de transgenres, tant et si bien que la société élimine de fait ces êtres d’une catégorie à part, et se privent de leur apport.

 

Une sensibilité exacerbée, une ouverture d’esprit aiguisée par l’adversité, le sentiment d’appartenir à une minorité, associée à une énergie renforcée pour s’affirmer, font des humains qui ne se sentent ni comme tout le monde, ni complètement homme, ni complètement femme, des êtres néanmoins intéressants, classables et bien plus nombreux qu’ils n’apparaissent aux yeux des autres. Ces êtres possèdent « quelque chose en plus » que les autres, leur différence. Celle-ci se manifeste soit par l’exubérance soit par une personnalité cachée. Les Anciens et certaines civilisations reconnaissaient ce plus, ce qui n’empêchait sans doute pas les incertains de se cacher. Le monde d’aujourd’hui ne lui accorde encore ni une reconnaissance tranquille ni une place sociale simplement digne.

 

Enfin, si l’on s’en tient à la physiologie et la morphologie, on doit convenir de l’existence d’un troisième sexe à plusieurs niveaux. Si l’on considère le sexe ressenti, on doit convenir d’un troisième genre (voire d’un quatrième). Ce genre relève d’un choix identitaire, c’est-à-dire le choix individuel de faire reconnaître sa différence, de se sentir double, ou neutre, c’est-à-dire d’affirmer que le sexe intérieur ressenti ne correspond pas au sexe apparent. Si l’on considère le besoin exprimé de transsexualité, on doit le prendre en compte et favoriser les transitions. Ce n’est pas seulement en créant une troisième case sur les papiers d’identité des citoyens du monde qu’on fera du bien à ce genre et qu’on pourra mieux l’intégrer socialement. Néanmoins, il serait peut-être utile de l’envisager.

 

Au-delà de la problématique examinée, il y a des gens qui souffrent dans leur identité et des êtres qui se trouvent enserrés dans un étau social. S’il y a des degrés dans la souffrance, reconnaissons que « le troisième sexe transgenre », lorsque la société lui refuse la transition, reste pour l’avenir notre obligation. Sur toutes les autres souffrances que la petitesse de la conformité et la morale sociale ou religieuse assaillent, il nous incombe au moins un devoir … de regard, sinon de compréhension.

 

 

 

Jean Deval Morel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • AUDÉ, pseudonyme d’Octave-Joseph Delepierre (1804-1875) : Dissertation sur les idées morales des grecs et sur le danger de lire Platon – Rouen.
  • Brisson Luc –  Le sexe incertain – Androgynie et hermaphrodisme dans l’Antiquité.
  • Brocquet J.-P., Homosexualité, la fausse preuve par le gène, Journal Le Monde du 10 novembre 1993.
  • Corraze J., L’homosexualité, PUF, Collection Que sais-je ?, 6e édition, juillet 2000.
  • Mireille BONIERBALE  – Directeur du DIU de Sexologie Médicale – faculté de Médecine de Montpellier.
    Rédactrice en chef de la revue Européenne de Sexologie Médicale : SEXOLOGIES.
  • BOZON M., Sociologie de la sexualité, Paris, Nathan-VUEF, coll. « 128 », 2002
  • Professeur Le Mée – département de génétique – Anomalies des Gonosomes, CHU de Rennes.
  • Jean-Guy Goulet – Anthropologue – 1996.
  • Laure Murat – 2000 – La loi du genre
  • MURRAY, S., O., ROSCOE, W., Boy-wives and Female Husbands. Studies of African Homosexualities, New York, St Martin’s Press, 2001.
  • Nicolaïdis N., L’homosexualité et la question de la « différence », Médecine et Hygiène Revue de la Société suisse de médecine interne, no. 2339, du 21 mars 2001.
  • OMBOLO, J.-P., Sexe et société en Afrique. L’anthropologie sexuelle : essai analytique, critique et comparatif, Paris, l’Harmattan, 1990.
  • Voir aussi Hermaphrodisme sur le Net.
  • Le transsexualisme
  • Articles du journal Bangkok Post (2006 à 2009).
  • Dans son numéro de septembre 1993, le magazine Le Médecin du Québec avait consacré un important dossier à l’homosexualité. Le professeur Michel DORAIS y met en évidence les principales études qui ont établi la quantité de personnes homosexuelles. Les résultats de trois différentes études sont illustrés dans le tableau ci-dessous, sans pouvoir préciser où sont éventuellement comptabilisés les êtres transgenres. Ces chiffres ont depuis lors été contestés :

 

Principales études recherchant le pourcentage d’homosexuels et de lesbiennes Kinsey

1953

Hite

1991

Janius

1993

 Hommes bisexuels 20 % 20 % 13 %
 Hommes homosexuels 10 % 11 % 9 %
 Femmes bisexuelles 9 % 9 % 12 %
 Femmes homosexuelles 4 % 8 % 5 %

Alfred. C. Kinsey, W. B. P. – Le comportement sexuel de l’homme, Paris, Éd. du Pavois, 1948

– Sexual Behaviour in the Human Female, Philadelphia, Saunders, 1953

—————————————–

 

Ont participé à la réflexion ou auraient approuvé tout ou partie du présent texte, les noms évocateurs suivants : Al-Ghazali, Sappho, Platon, Socrate, Donatello, Delacroix, Gauguin, de Coubertin, Lyautey, Keynes, Lawrence d’Arabie, Goncourt, Villon, Montaigne, Cervantès, Bacon, Shakespeare, Goethe, Flaubert, Verne, Kipling , Mauriac, Garcia Lorca, Montherlant, Tennessee William, Cambacérès, Colette, Genet, Proust, Green, Madame de Staël, Marlène Dietrich, Greta Garbo, Judy Garland, Eleanor Roosevelt, Rimbaud, Verlaine, Krupp, Yukio Mishima, Roch Hudson, Schubert, Chopin, Brahms, Tchaïkovski, Ravel, Visconti, Carné, Cocteau, Pasolini, Rodolf Noureev, Salvador Dali, Dior, Saint-Laurent, Mercury, Trénet, Frédéric  …

Et tant de rois et empereurs : David, Hadrien, Domitien,  Auguste, Tibère, Trajan, Caracalla, Dioclétien, Atatürk, Clovis, Vercingétorix, Mérovée, Philippe Auguste, Alexandre le Grand, Wu l’empereur chinois, Pierre Le Grand, Richard cœur de Lion, Monsieur, Christine de Suède, Henri III, Frédéric II, Louis II de Bavière, Edward II, James 1er, Nicolas, Frédéric.

 

Ainsi que Zeus et Léon X, et le Chevalier d’Eon.

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