Khmer New Year !

C’est le Nouvel an Khmer !

Oui, le 14 avril de chaque année, un ou deux jours avant ou après selon la position de la Lune (?), le Cambodge fête son traditionnel nouvel an…

C’est également le Nouvel An en Thaïlande – Quelle belle tradition de l’eau qui nettoie la tête et le corps comme pour laver les impuretés de l’année écoulée : cette année 2558.

Également au Myanmar et au Népal où c’est l’année calendaire 2072 ! Et même en Inde où les Tamouls fêtent l’an 5116 ! Nous sommes petits avec notre « petit jésus » d’agenda ou d’âge ingrat ! Il est vrai que les barbus semblent alors des jeunots calend’guerre avec un plus jeune prophète.

Cela semble un peu bizarre en Asie pour un Occidental de recommencer un Nouvel An mais quand on vit en Extrême-Orient on s’habitue à cela et on fête l’année trois fois en trois mois et demi. Un plaisir. Ce plaisir est partagé par tous les jeunes Cambodgiens. En fait, pas tous…

Je me souviens de mon employé de maison, Guitar. Il fêtait sa deuxième année de gardiennage de ma maison avec son compère Map et tout les deux me demandaient une semaine de congé pour retourner dans leur famille, dans leur « homeland » ! Je ne pouvais accorder que trois jours à l’un, les 12, 13, 14 avril et à l’autre les 14, 15, 16, voire 17. Et de rester moi-même bloqué sans gardien le jour de l’an, afin de garder la maison et de nourrir les deux chiens et le perroquet. Voire d’arroser le jardin et les plantes en cette saison chaude où l’on frôle les quarante degrés à l’ombre.

Map prit ses trois jours mais Guitar partit déjà le 13 sans autorisation (en cassant une corde ?) après m’avoir supplié de lui accorder une semaine, ce que je refusais en essayant de lui faire prendre conscience de ses responsabilités professionnelles ! Je ne l’ai pas revu. Silence of the guitar. Il a préféré perdre son travail et moi perdre un employé que j’aimais bien et auquel j’essayais d’expliquer les choses en mots simples dans sa langue.

Chaque année, j’y repense avec une petite douleur et un regret. Mes gardiens, payés, nourris, logés avaient une paix royale. Sans doute pas une paye royale mais un salaire mensuel et l’accès aux cours d’anglais. Seules les cigarettes et la saoulerie leur étaient interdites par souci d’éduquer un tant soit peu à … la santé. Le jardin, la rivière, les fleurs, les fruits, tout pour plaire, me semblait-il.

Guitar me manque. Je lui avais proposé d’augmenter son salaire pour qu’il revienne à l’heure dite. Rien n’y fit. Aujourd’hui, lorsqu’il ne trouve pas un job précaire de cimentier-maçon, il va vendre les légumes de sa mère au marché situé à cinq kilomètres de la petite ferme sur pilotis de son village de Srolao à côté de Kompong Cham…

Il vit tranquille dans son village aujourd’hui. A la Khmère. Il est heureux. Marié. Sans doute va t-il faire la fête et boire quantité de boites de bière pendant au moins les trois ou quatre prochains jours… Puis faire un enfant !

Combien d’autres jeunes gens, ces jours-ci, vont encore perdre leurs jobs par défection pour les fêtes de folie ? Les serveurs de bars et de restaurants en particulier. Tous les patrons le savent et rares sont les hôteliers qui n’affichent pas un emploi vacant après les fêtes… Et tant de gardiens de maisons et de jardiniers qui, depuis des mois, pensent à ce nouvel an des retrouvailles en famille et entre amis d’enfance. Rien ne peut y faire. Ces fêtes, autrefois interdites à leurs parents par les Khmers Rouges (depuis le nouvel an de 1975 jusqu’en 1979), sont devenues incontournables dans la mentalité de ce peuple renaissant. On n’y peut rien. Contrepartie à la survie ?

C’est vrai que pour ces jeunes sans formation la plupart du temps, venus à la ville pour éviter d’avoir faim après la saison des rizières, il faut encore du temps pour choisir le chemin que le pays tente de leur montrer aujourd’hui, celui de la formation, du travail et d’un développement aujourd’hui visible à l’œil nu mais qu’ils ne comprennent pas. Trop de jeunes se sentent en effet encore exclus (de la chance !?) et acceptent des jobs parce qu’ils ne trouvent pas de … contrat de travail !?. Et puis, les Cambodgiens vivent au quotidien. Dans leurs gènes, ils se sont habitués à ne pas avoir d’avenir. Alors, profitons du présent. Et le Nouvel An est l’occasion rare de penser qu’on va changer d’année et que bientôt … on va changer de saison.

Autrefois on ne connaissait pas les dates d’anniversaire mais on savait à quel nouvel an on était né, avant ou après cette année là ! ça continue… L’avenir ici, c’est l’année qui vient !

M’enfin, ces jeunes ne sont pas les meneurs !!! N’essayez pas d’aller dans une administration cette semaine ou de joindre un VIP. Tout s’arrête. Sauf les pompes à bières… Le mauvais exemple est toujours suivi.

N.B. : En fait j’ai mis vingt ans à comprendre que faute de registre d’Etat Civil, les Khmers n’avaient pas de date de naissance et que le nouvel an c’était … leur anniversaire !

(MESSAGE dédié à P.Prim et ce jeune de mon village, 23 ans, ivre, qui vient de se tuer à moto le jour de l’An, deux enfants dont un bébé de 23 jours !).

Olympic Games in Cambodia !

Et le Cambodge obtient la médaille de … !

S’il y avait des Jeux Olympiques de la croissance mondiale (GDP), le podium serait très disputé par cinq ou six nations qui obtiennent rarement les médailles d’or et d’argent aux compétitions sportives internationales.

C’est la Banque Mondiale (World Bank) qui qualifie dans son rapport économique de la situation du Royaume du Cambodge en 2014, les Cambodgiens de cette appellation « Olympiens de la croissance ». Le pays se classe cinq ou sixième mondial, très proche du podium (Cap Vert, Guinée, Liberia, Angola, Timor leste ?) et de la médaille de bronze qu’il obtiendra peut-être à la fin de l’année 2015, s’il continue à avoir une croissance supérieure chaque année à 7%. Cette croissance est constante depuis une, voire deux décennies !

Les tambours de bronze et les statues angkoriennes des musées nationaux s’en réjouissent déjà. Une médaille de bronze pour École Française d’Extrême Orient qui protège depuis un siècle le patrimoine et restaure les temples d’Angkor sans cesse plus nombreux (des découvertes récentes). Médaille d’argent pour le Tourisme puisque Angkor vient d’obtenir le classement de deuxième site le plus visité au monde !

Quelle médaille accorder à la population, valeureuse, courageuse, nombreuse, jeune, avide de formation, débrouillarde, et qui travaille sans aucune couverture sociale ? D’autant plus que la pauvreté est en train de reculer et que les campagnes commencent à bouger et à se moderniser. Les pauvres chars à bœufs seront bientôt disparus des villages et les buffles remplacés dans les rizières par des motoculteurs.

Médaille du « baby-boom » pour la reconstruction d’un pays passé de 6 millions, il y a 20 ans, à 15 millions d’habitants aujourd’hui, l’un des plus jeunes du monde (médaille d’or !) et médaille pour le boom économique lié à l’industrie du Bâtiment, des Travaux publics et de l’Aménagement du . Ce sont des médailles de ciment, de fer forgé, de bitume qui sont à envisager.

La médaille des ponts et chaussées est facile à dessiner. Même si les nombreux nouveaux ponts sont nettement plus rassurants et plus durables que les nouvelles chaussées. Les résultats économiques du premier trimestre 2015 confirment que le marathon de la reconstruction entamé en 1993 se rapproche du succès. Les aéroports sont trop petits et vont doubler leurs surfaces d’accueil pour des touristes toujours plus nombreux. Les tours sortent de terre, privées, habitations, hôpitaux.

Une médaille de l’OMC (organisation mondiale du commerce) est à créer pour l’industrie textile cambodgienne implantée (provisoirement, disait-on) il y a vingt ans et qui semble devenir pérenne, ne cessant de croître et occuper une part substantielle de la croissance.

Une médaille pourrait prendre la forme d’un jeton de casino. Non seulement le secteur privé financier est en plein essor avec aux manettes et aux roulettes des Vietnamiens et des Chinois trop bridés chez eux pour ne pas venir au Cambodge profiter de la liberté donnante-donnante, et parfois sonnante et trébuchante.

Des fonds venus d’ailleurs confortent et stabilisent un secteur bancaire qui faisait peur il y a quelques années mais qui semble maintenant faire de ce pays une petite Suisse au cœur de l’Anastase. Même les Thaïlandais viennent y déposer leur argent dans les maisons de jeux installés judicieusement à leurs frontières.

Bien sûr, une médaille de la corruption pend au nez de tous les pays de la zone mais ce que font en ce moment les fonctionnaires des Impôts et des Douanes révèle qu’une nouvelle génération arrive à la tête de l’administration fiscale et que l’argent pourrait enfin rentrer sans trop de pertes dans les caisses du Trésor. Grâce à cela – et à l’aide internationale, faut le préciser – les investissements publics se développent au profit de la population et des échanges commerciaux. Dommage les riches, insatiables, recherchent des lingots plutôt que des médailles d’or.

Si la médaille du Marathon serait une belle récompense pour le valeureux Cambodge qui court après le retard lié à tente ans de troubles et de guerres, il montre dans sa course la fragilité du coureur aux pieds nus, pas à l’abri d’un mauvais coup de vent ou d’un faux pas. Il a du mal à monter les faux plats mais dans la compétition avec ses voisins, il reste aux aguets, déterminé, il fait preuve d’endurance et depuis peu d’une certaine rigueur, à l’image du Ministre de la Jeunesse et des Sports qui réforme en profondeur une Education Nationale tellement pauvre que l’effort de décentralisation ressemble encore pour lui à des sauts d’obstacles, un 3000 mètres steeple pas près de s’achever.

Oui, dans cette course de fond du développement régional, le petit dernier qu’est le Cambodge, s’accroche, attend son heure sans s’endormir, il attend son tour, derrière les vieux marathoniens de l’Asean, pour passer devant au bon moment. Il remonte les taux de croissance de ses voisins, galope à son rythme, et maintenant les dépassent. Oui, oui, il remonte, oui, il va le faire … Cambodge futur champion ?

 Certes, le chemin d’une vraie prospérité durable et homogène est encore long. Il exporte mais sa balance est encore fragile. Ses Zones économiques prioritaires sont attractives mais pas encore remplies. La Santé du coureur ne progresse guère. La mortalité infantile s’améliore mais demeure. Peut-être faudrait-il envisager une médaille en forme de préservatif pour accentuer la conscience de la nécessité d’un planning familial pour les jeunes, trop souvent occupés par des emplois précaires et des rêves d’expatriation. Hélas, faire des enfants comme une cotisation retraite …

Accordons leur une médaille en Cyclisme car les plus pauvres roulent en vélo sous 35 à 40° degrés ces jours-ci. Notons quand même qu’à l’image de tout le pays, les bicyclettes manquent d’électricité. Manque d’énergie. Que nenni. On fait ici ce qu’on peut. Pas étonnant qu’on n’y voit pas très clair sur les autres médailles possibles en sports collectifs. Chacun pour soi, le parti pour tous…

Puisque le monde sportif va bien faire des Coupes du Monde de football au Quatar qui ne le mérite pas mais peut tout s’acheter, pourquoi les grandes puissances ne viendraient-elles pas financer des J.O. au Cambodge qui ne peut rien acheter mais le mériterait bien : ça, ce serait de l’aide internationale, non !?

JMDF

N.B. : « Paris Phnom Penh », candidats aux J.O. ensemble, ce pourrait être un duo gagnant Madame Hidalgo ?

Alert on the MEKONG

Le GRAND LAC en danger !

*

La bataille de l’eau a commencé en Asie du Sud-Est. Pas tant pour la consommation, même si les nappes phréatiques sont bien trop sollicitées par des populations grossissantes, que pour développer des ressources en électricité.

Le fleuve Mékong en Asie, comme le Nil en Afrique et l’Amazone en Amérique, est « nourricier » le long de ses rives et sur un large bassin. C’est l’un des fleuves les plus importants du monde et il fait l’objet de sérieux soucis pour trois des cinq pays de la zone qu’il traverse sur 4 800 kilomètres. Certains pays semblent avoir commencé la guerre, d’autres ne s’en sont peut-être pas encore rendu compte !

Carte du Mékong avec son bassin en jaune.

Comme partout, celui qui possède les eaux est le plus fort. Le pays des sources ! Pas de chance le plus fort pour les eaux du Mékong est justement aujourd’hui le plus puissant de la terre, la Chine ! Comment lutter ? A défaut de s’entendre vraiment (depuis deux décennies !), les pays du Mékong pensent pouvoir se débrouiller dans le chacun pour soi. Chacun son eau et ses poissons ! Chacun se sent capable de faire des barrages puisque l’autre en fait ! Les 31 projets de centrales hydroélectriques, dont certaines en construction sont terriblement inquiétants pour toute l’économie du fleuve et surtout pour les zones des basses terres qui ne vivent que par le Mékong.

Le pire retient l’attention au Cambodge où il y a une spécificité unique au monde : un lac immense (le Tonlé Sap) qui transfère ses eaux six mois de l’année dans le Mékong et qui se nourrit les autres mois de recevoir les riches eaux du Mékong. Les poissons connaissent le chemin qui viennent s’y multiplier… C’est un phénomène géographique unique où une rivière coule dans un sens puis dans un autre ! Toute une économie de bassin est organisée depuis des siècles sur les rives de ces eaux. Autrefois, chacun y trouvait son compte entre la Thaïlande, accessoirement la Birmanie, le Laos, le Cambodge et surtout le Vietnam ! Aujourd’hui, l’eau est devenue trouble. Rien n’est plus garanti. Sans compter les dommages environnementaux que l’on devine alors que la qualité des eaux ne cesse de d’inquiéter, fortes de toutes les pollutions possibles liées à la modernité agricole et industrielle.

En matière de de développement, le défi de l’aménagement concerté des eaux du Mékong est sur le point d’être perdu. Qui perd ? Qui perdra ? Sans doute pas la Chine au Nord qui possède le contrôle des eaux et des barrages déjà existants. Sa position dominante ne peut que causer des dommages sur ses pauvres voisins du Sud. C’est une évidence qui n’inquiète pas encore suffisamment, chacun étant plus préoccupé par ses propres projets de barrages que par les conséquences des projets des autres.

Le Mékong est un garde-manger pour des dizaines de millions de riverains – 80 millions, dont 10 au Cambodge – et pour ce pays c’est toute la population qui vit autour du Tonlé Sap de la pêche et des autres ressources naturelles et vivrières.. du Grand Lac. Une richesse de biodiversité unique. La situation est plus qu’inquiétante. Ce petit pays sans électricité est même accablé par un plus petit que lui, le Laos, en amont, qui entend développer ses capacités de production à travers la réalisation de ses premiers barrages sur des rivières se jetant dans le Mékong.

En 1995, ces beaux pays ont signés un Traité de coopération et de respect réciproque initié par une administration d’abord installée au Vietnam, créée pour ce faire : « La Commission du fleuve Mékong ». Déjà, se profilaient les barrages en Chine. La Chine et le Myanmar n’en sont pas membres mais seulement « observateurs ». Depuis lors, que sont devenues les bonnes intentions des uns et des autres ?

Ces intentions semblent flotter comme le niveau fluctuant des eaux. Chaque observateur se demande maintenant pour quoi les eaux montent ou baissent. Demain ils se demanderont sans doute pourquoi il n’y a plus de poisson ! Ce sont les barrages du Laos, pays riche en sources secondaires affluentes, qui se multiplient.  Il était prévu de créer des passages pour les poissons ! Mais les migrations ne semblent pas se faire dans les deux sens.Et qui vérifie la capacité des ingénieurs ?

Une atmosphère de conflits est née au fil des dernières années. En 2015, elle devient perceptible. La Commission du Mékong (M.R.C.) observe, constate et analyse mais elle ne dispose d’aucun moyen de coercition. Où s’arrêtera donc cette atmosphère ?

Dans la zone du bassin du Mékong, comme souvent en Asie, régler les problèmes en s’appuyant sur des règles internationales n’est pas dans les habitudes des diplomates et des gouvernements. Solidaires, mais chacun pour soi. L’avenir est inquiétant. Toute l’économie du bassin pourrait être modifiée dans 10 ou 20 ans. A l’image de la dualité équivoque, semble t-il des Vietnamiens, viscéralement anti-Chinois mais économiquement pro-Laos. Eux qui accueillent les eaux dans le fantastique Delta du Mékong. Avec moins de courant, c’est l’eau de mer qui va rentrer dans le Delta et saliniser les terres aujourd’hui si fertiles, non ?

Dans ce contexte où l’on parle de stratégie politique, le pauvre Cambodge qui est le plus démuni en ressources hydro-électriques puisqu’il achète du « power » à tous ses voisins, sera sans doute aussi le plus victime des aléas de l’ouverture des barrages pour libérer des eaux en amont. Et… la riche Chine de plus en plus présente dans les entreprises khmères ne craint pas grand-chose des conflits diplomatiques entre les États. En effet, discrètement mais sûrement, elle s’installe sur de grands projets, les finance et semble si bienveillante au point de « garantir » plus ou moins les déficits budgétaires du pays.

Les relations entre les États sont peu à peu minées. Aucune feuille de route ne s’écrit entre eux. La position du dominant est telle et ses pouvoirs d’ouvrir ou fermer les vannes font, que le futur ne dépendra très bientôt que de lui, que d’elle !

A quand une négociation ? un accord ? Impossible avec cette domination. A moins que ces trois pays qui formaient l’ancienne Indochine ne se trouvent tout-à-coup une puissante grand-mère qui pourrait contrebalancer la position dominante. Il est sans doute déjà trop tard.

La guerre du poisson aura bien … lieu.

 JM

Départements ? Régions ? Quel « Etat » des lieux !

Les instances décisionnaires en France sont les suivantes :

– l’Etat

– 22 régions

101 départements

– 36.763 communes

– 7.127 Etablissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI) dont 12 voire 14 métropoles, 228 communautés d’agglomérations, 2223 communautés de communes, 14.305 syndicats  intercommunaux, et 371 pays en milieu rural.

Encore, il ne s’agit là que des niveaux courants de décision. On peut y ajouter un nombre relativement important de syndicats mixtes, de sociétés d’économie mixte, d’organismes divers qui eux aussi prennent part à la vie collective.

Ainsi le fonctionnement de nos institutions ne permet plus actuellement au citoyen de distinguer les différentes attributions de chaque échelon territorial, sinon par défaut. L’enchevêtrement de compétences et la limitation mécanique des capacités ou du pouvoir de décision de chacun des acteurs publics contribuent à ce que la politique soit de moins en moins considérée comme la modalité centrale de construction de l’intérêt général et de plus en plus comme une forme particulière de défense des intérêts catégoriels, sectoriels ou régionaux.

Si l’on retient que, outre l’Etat tout puissant et multi compétent, les régions, les départements et les communes ont compétence pour intervenir dans tous les domaines et ne s’en privent pas, en vertu de la fameuse « clause générale de compétence », on ne sait plus très bien qui est qui, et qui peut ou doit faire quoi ?

La question qui se pose est bien d’abord de répondre au besoin impérieux de clarté et ensuite de s’assurer que tout changement va/irait avec certitude améliorer l’efficacité et répondre au souci tout aussi impérieux de faire des économies !

Comme depuis 40 ans, chaque gouvernement annonce à son tour le regroupement des régions, ajoutant la suppression de la majorité des départements et l’absorption relative des communes par les intercommunalités. Cette réforme préconisée de longue date par de multiples rapports et, au cours des vingt dernières années, par la Courdes Comptes et la Commission européenne, pourrait être saluée d’un bravo : enfin un gouvernement qui ose s’atteler à ce problème complexe!    Mais …

Il peut paraître tentant de s’attaquer d’emblée aux régions parce qu’elles sont de création relativement récente, et encore moyennement intégrées dans le paysage administratif français. Il semble que le gouvernement soit allé vers le plus facile : diminuer le nombre de régions actuelles sans avoir, au préalable, posé la question de la puissance financière et juridique des futures régions… élargies.

Délimiter les régions sur de simples critères de population ou de superficie est largement insuffisant. En l’état actuel plusieurs de nos 22 régions ont une population et une superficie supérieure à la moyenne européenne, mais elles ne détiennent pas les possibilités législatives et réglementaires que possèdent les länder allemands, par exemple. N’oublions pas que, si un petit pays et a fortiori une petite région peuvent rester riches et prospères -et que l’inverse est vrai aussi-, cela peut être aux dépends de ses voisins.

Quant aux économies … Si à terme cela peut s’avérer positif, il est à craindre qu’elles ne soient pas aussi importantes que prévues. En effet quid des bâtiments, parfois déjà disproportionnés voir « luxueux » existant dans chaque région actuelle ? Seront-ils automatiquement intégrés dans la nouvelle structure ou feront-ils l’objet d’une restructuration à grand frais ? Quid également des personnels en fonction ? Seront- ils tous intégrés, et alors pas d’économies en vue ? Feront-ils l’objet de reclassement dans d’autres structures ou seront-ils  pour certains, simplement licenciés ? Sans compter sur le désir des élus de compléter les équipements de la nouvelle structure quel que soit le lieu du nouveau siège. Et finalement qui aurait un pouvoir de contrôle sur les objectifs ?

Et les communes de moins de 200 habitants ? Beaucoup d’entre-elles sont devenues de simples lieux de vie où plus aucun service public n’est disponible : plus d’école, plus de commerce, plus de prêtre et surtout plus de mariage ni de naissance, ce qui n’empêche pas qu’il y fait bon vivre….Alors pourquoi ne pas aller au bout de la logique soit en transférant la totalité des attributions des communes aux EPCI dont elles font partie soit, à l’instar de nos voisins, obliger les communes à fusionner de manière à former des entités suffisamment importantes pour y maintenir les services publics de base: écoles, services financiers … etc. Dans ce cas les communes devraient pratiquement toutes être supprimées sauf celles dont l’objet dépasse les possibilités de la structure de base.

Une telle réforme ne peut être envisagée que si l’Etat montre l’exemple. Actuellement cela ne paraît pas être le cas puisque le projet se contenterait de quelques simplifications administratives, ce qui est toujours bon à prendre, et du renforcement des pouvoirs des préfets.

Or le moment ne serait-il pas venu de promouvoir une véritable réforme de l’Etat ? La décentralisation s’est accompagnée depuis 30 ans d’un renforcement de l’Etat par le jeu de la déconcentration publique. Il serait utile de supprimer les doublons, qui demeurent dans les collectivités locales, dépourvus de moyens propres et qui continuent à s’immiscer dans les politiques locales comme celle de l’innovation, et à les contrôler, comme celle de la DRAC dans le domaine culturel. Cela apporterait une simplification pour les exécutifs locaux et permettrait des économies de fonctionnement notables.

Ne pourrait-on envisager de supprimer nombre d’organismes plus ou moins actifs dont l’utilité et surtout l’efficacité restent à démontrer : le Conseil économique et environnemental est l’un d’eux. Le nombre de ses membres  pourrait être divisé par quatre et ses fonds par 10 sans parler de leurs pendants régionaux qui pourraient disparaître.

JM et C. Leclerc

La réforme territoriale – Création du millefeuille

 Les départements, – bizarrerie française, zone que l’on peut traverser à cheval en un jour –  ont  une mère, la Révolution française qui a fait de ce découpage un outil vers l’égalité entre les territoires. L’Empire napoléonien s’est appuyé sur cet instrument d’unification pour étendre partout le pouvoir de l’Etat central. La Troisième République en 1871 consacre les départements en collectivités territoriales appelées désormais « conseils généraux », et leurs membres sont élus au suffrage universel… masculin.

Le 2 mars 1982, jour de promulgation de la première loi de décentralisation, la fonction du département change de sens (Loi dite Defferre), le préfet cesse d’en représenter le pouvoir exécutif, qui passe désormais sous la pleine responsabilité du président élu du conseil général, conformément à l’organisation constitutionnelle des pouvoirs (parallèle entre les articles 34 et 47 de la Constitution).  Bien entendu les décisions des conseils généraux sont soumises à la loi. Mais le « contrôle de légalité » n’est plus fait a priori, par décision du Préfet, mais a posteriori par la juridiction administrative.

Du côté des régions se joue en parallèle une mutation comparable : en  1986, les membres des 22 conseils régionaux (départementaux ! ) sont élus pour la première fois au suffrage universel, mais leur lien réel d’élus au territoire est en partie dissous par le scrutin de liste. Ces régions ne sont pas des « Nomenclatures des Unités Territoriales Statistiques »  (NUTS) de niveau 1 comme le souhaite l’administration de l’Union européenne. Ces « NUTS 1 » ne correspondent à aucun échelon administratif existant ; pas plus les 22 régions actuelles, que les 13 proposées (finalement) par le gouvernement, ou encore les 7 selon le découpage des circonscriptions électorales européennes en France métropolitaine. Ces régions dites ″de taille européenne″ seront, selon l’administration de l’Union européenne, les 8 régions taillées en rapport avec un ancien classement de l’INSEE effectué en 1967 et affublées d’un nom étrange : les Zones d’Etudes et d’Aménagement du Territoire (ZEAT).

Le mythe de ces 3 niveaux de région et celui de la région de taille européenne conforte le ressenti d’une approche purement technocratique, prétendument commode pour l’administration, mais sans rapport ni avec l’Histoire, ni avec la volonté des Français.

Les tentatives successives, à partir des années 70, de faire de la Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Attractivité Régionale (DATAR) une ressource au service des collectivités territoriales, ont été régulièrement contredites par les réflexes décidément jacobins du pouvoir central.

La bête noire des pourfendeurs du millefeuille (comme moi ?) est la « clause générale de compétence » souvent déformée à bon escient en « clause de compétence générale »

Dès 1884, la loi accorde aux communes une capacité d’intervention sur tout ce qui concerne l’intérêt public. Cela leur permet d’assurer outre leurs responsabilités spécifiques, comme celles de tenir l’état civil ou de construire les écoles communales, mais aussi de délibérer sur tout sujet qui relève des affaires de la collectivité. Les lois de décentralisation de 1982 à 1985 en confortent la portée, consacrant par là même l’institution : ainsi  les collectivités territoriales  sont désormais investis de vrais pouvoirs représentatifs pour des  responsabilités étendues, exercées par le biais de l’autonomie financière (la Dotation Générale de Fonctionnement, DGF).

 La « clause générale de compétence » différencie les collectivités territoriales des Etablissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI) qui n’ont l’autorisation d’agir que dans le cadre d’attributions précises et qui, de ce fait, constituent, aux yeux de certains, plutôt des commodités administratives que des pouvoirs décentralisés de plein exercice. L’Etat est-il capable de réellement confier d’une main des parties de son pouvoir sans le reprendre de l’autre ?

 Les intercommunalités, qui réunissent pour des fonctions précises des communes sans distinction de couleur politique, deviennent des établissements publics de coopération intercommunale et ne peuvent intervenir que sur les missions qui leur sont explicitement reconnues. Cela les distingue des collectivités territoriales sans modifier le statut constitutionnel de ces dernières.

 On peut donc dire que depuis la loi Defferre de 1982, la France est entrée dans une logique de gouvernance à plusieurs niveaux mais sans s’être dotée d’une réelle doctrine construite sur une cohérence des compétences décentralisées entre niveaux, ou sur des principes hiérarchisés

une règle d’or

 Depuis des décennies, l’Etat propose et fait voter des Lois de Finances présentant toujours un budget en déficit. La loi interdit cette liberté comptable aux collectivités locales lesquelles sont tenues à « la règle d’or », c’est-à-dire à un budget en équilibre. En d’autres termes pas de dépenses supérieures aux recettes ! Les chiffres sont d’ailleurs sans appel : la dette  de l’ensemble des collectivités territoriales et de leurs groupements ne représente que 6,5% de la richesse nationale (PIB). Par ailleurs les collectivités territoriales sont responsables de 8,9% de l’ensemble de la dette publique alors qu’elles assurent 71% de l’investissement public (écoles, infrastructures de transport, etc.) lesquels sont source de  milliers d’emplois.

 Depuis plus de 30 ans les lois de décentralisation ont marqué la gouvernance de notre pays, accentuant de ce fait l’importance du millefeuille. Cependant, en dépit des promesses de simplifications administratives et de réductions budgétaires, les réformes mises en place se sont appuyées et s’appuient en pratique, dans les faits, sur deux échelons de décision, les régions et tous types d’établissements de coopération intercommunales, mais sans rien retirer ou modifier des marges d’autonomie des autres collectivités.

Aujourd’hui l’Etat ne semble pas capable de gérer la réforme de ce millefeuille et nous invite à la réflexion autant qu’à voter. Au moins, pas de quoi s’abstenir ! Mais que deviennent alors les expatriés dans cette élection ?

JM avec C. LECLERC

Strong Power, Weak Power, in Cambodia ?

Le Cambodge n’en peut plus !

La nécessité d’un changement vient d’apparaitre au grand jour a l’occasion d’un projet d’investissement de barrage hydro-électrique !

On appelle habituellement les dirigeants cambodgiens de Strong Power depuis que … l’ancien Roi Norodom Sihanouk eut qualifié l’actuel Premier Ministre encore aux affaires de « Strong Man ». Mais  l’actualité du  » power  » aujourd’hui au Cambodge, c’est bien de l’électricité dont il s’agit. De grands efforts ont été entrepris depuis 20 ans pour rationaliser l’offre d’énergie électrique et améliorer la distribution mais les besoins ne cessent de grandir en même temps que la croissance de la population et celle du développement économique.

Chaque nouvel investissement important entrepris aujourd’hui affaiblit la capacité du pays à fournir … donc à produire de l’électricité au nouveau venu.  Il faudra importer de nouveaux kilowatts et stocker de l’électricité venant de … l’un des trois pays voisins (Thaïlande, Laos et VN)  !

Alors, Weak Power ? En quelque sorte, oui, puisque le Cambodge est devenu complétement dépendant en matière d’approvisionnement de ses voisins. Le pays en effet importe plus d’électricité qu’il n’en produit. La production traditionnelle s’élève a 1 769 Mégawatts/an et l’importation à  2 280 Mégawatts, dont les 3/4 viennent du Vietnam. A quel prix ?

Le gouvernement du Cambodge avait planifié de mettre progressivement en place 12 projets de production dont certains à énergie fossile, pour parvenir a l’autosuffisance en 2020, selon les prévisions. Le premier de ces projets d’équipement et d’aménagement du territoire consistait à construire un petit barrage hydroélectrique dans la vallée d’Areng dans la province de Koh Kong, située au Sud-Est, proche de la Thaïlande, capable de produire 108 Mégawatts à compter de 2017, il  vient d’être suspendu pour des raisons essentiellement politiques, actions diverses liées a l’opposition au gouvernement royal mais aussi a des ONG … bien pensantes mais sans doute trop nombreuses et mal orientées dans ce pays.

Opposition contre un projet qui n’est pas sans rappeler l’accueil des machines a vapeur … sur le territoire français ! Ou le débat actuel sur notre barrage  » de confort « , Sivens, dans le Tarn.

… Areng ? Sivens ? Même combat ? Sûrement pas. Comment expliquer la relativité des choses à des écologistes comme à des politiciens ?

… strong power, weak power … Ot mien phleung. No power…

Au Cambodge, le peuple a besoin de cette électricité. Il serait temps que certains Occidentaux comprennent que leurs ancêtres sont passés par le Moyen Age… et la Révolution industrielle. Nous sommes tous pour la protection de l’Environnement (surtout sur les dernières zones sauvages de ce merveilleux pays des Cardamones) mais qui a vraiment conscience du besoin urgent « d’environnement quotidien » pour les gens qui n’ont pas encore l’électricité dans leur maison ou dans leur village ?

Ah ah ! Ah oui vraiment, Cadet-rousselle, rentrez chez vous maintenant.

L’opposition cambodgienne, d’où qu’elle vienne, ne fait pas du Zola, ni un vrai problème de cette zone-là, mais s’appuie sur le manque de transparence des appels d’offres et surtout sur le rejet viscéral du principal fournisseur supplétif actuel. Mésententes dommageables. Il est vrai que, dans le même temps, la construction du nouveau bâtiment abritant le siège social d’EDC (électricité du Cambodge) apparait maladroit face à la misère du réseau public de distribution de l’électricité dans la Capitale, comme ailleurs. Il suffit de lever les yeux, aux … fils des travaux !

Eh ben oui. Le problème est là.La transparence et la clarté dans des appels a concurrence lorsqu’ils existent (!) sont des éléments déterminants de la lutte contre la corruption, de la bonne gouvernance et de la capacité à s’entendre TOUS sur des projets vitaux pour le pays.

Ancien chargé de mission auprès du chef de service de la Concurrence du MINEFI (DGCCRF) sur la construction du Viaduc de Millau, l’auteur de cet article appréhende le chemin a suivre. Le problème c’est qu’au Cambodge, ici, le chemin est encore long (écrire un Code des Marchés Publics ? Un code de procédure ? une justice administrative ?) et le chemin reste aussi ombrageux et que pour y voir clair faudrait commencer par faire  effectivement la lumière… ! Et que le power soit mieux réparti.

Ce sera sans doute le cas lorsque l’ensemble des dirigeants politiques de tous bords pourront faire barrage au ridicule d’une situation qui se fait aux dépends du prix du kilowatt/heure pour le pauvre cambodgien. Lui s’en fiche de la qualité durable et environnementale du  » power « , du combat des écolos dans une vallée à inonder, il en demande, c’est tout. Pour vivre. Vivre avec énergie. Ce cher power qui divise et qui … devise !

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Chiffres EDC / PP Post / JMDF –

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Importance du choix des couleurs en Thaïlande

 par Michele Jullian (blog)

Le choix des couleurs de vêtements en Thaïlande a toujours eu une signification particulière. Jusqu’à ces dernières années, et surtout en province, c’était une tradition qui puisait ses origines dans la mythologie hindoue. Ainsi dimanche (influencé par la planète Soleil) était rouge, lundi (Lune) jaune, mardi (Mars) rose, mercredi (Mercure) vert, jeudi (Jupiter) orange, vendredi (Venus) bleu et samedi (Saturne) violet. Le personnel de certains petits restaurants, comme « Saïlom Joy » à Chiang Mai par exemple, respecte scrupuleusement ce rituel.

Certains jours où, par le plus grand des hasards, mon choix vestimentaire coïncide avec la tradition, on me fait de petits signes d’approbation complice. Mais le choix de ces couleurs, jusqu’ici rituel et religieux, a pris une toute autre signification aujourd’hui, il est devenu politique et indique l’appartenance à un des deux mouvements qui mènent la danse dans le pays depuis 2006 : les « chemises jaunes » et les « chemises rouges ».

En 2006 donc, la Thaïlande célébrait le jubilée du roi : soixante ans de règne et une année tout en jaune, car le monarque est né un lundi, jour de la lune. Mais  cette année là a été marquée par un autre événement : le renversement du Premier Ministre Thaksin Shinawattra par un « coup » militaire soutenu par des « chemises jaunes » se réclamant du roi.

Plus tard, par opposition à ces « jaunes », sont nés les « chemises rouges », fervents partisans de l’ex « Premier » Thaksin. Les « jaunes » (PAD: People’s alliance for democracy) et les « rouges » (DAAD: Democratic alliance against dictatorship), frères ennemis, manifestent régulièrement à  Bangkok,  vêtus de leur couleur et avec plus ou moins de violence, depuis septembre 2006.

La base des « jaunes » est issue de la classe moyenne et supérieure du pays et se considère comme l’élite de la nation,  tandis que la base des « rouges » est constituée d’ouvriers et de paysans du nord (d’où est originaire Thaksin) et du nord-est (Isan), la province la plus pauvre du pays. Pour simplifier, les « jaunes » souhaiteraient qu’aux  prochaines élections, les votes des « rouges » n’aient pas la même valeur que les leurs, élite oblige !

Les « jaunes » considérant les « rouges » comme incultes, bon, ici on dit plutôt « baan nok » (un terme un peu méprisant qu’on pourrait traduire par  « plouc »). Deux camps, deux couleurs… Simple en apparence, mais en politique, les choses sont plus compliquées et je ne me lancerai pas dans une explication très ennuyeuse pour les non thaï.

Cette année, le 14 février, jour de  la St Valentin, fête des amoureux, coïncide avec le Nouvel An Chinois, année du Tigre. L’amour et les roses sont rouges, c’est aussi couleur de chance pour les chinois. A Bangkok, afin de ne pas afficher une couleur qui vous désignerait comme partisan ou adversaire d’un Premier Ministre en exil, certains magasins proposent donc des tee-shirts et des vêtements de couleur « rose ». En rendant visite à mon moine préféré ce matin, je lui demande incidemment –  alors que je connais parfaitement son appartenance –  sous quelle bannière il se range, il me répond, avec un sourire sage et retenu : « tout le temps que je suis au temple, je ne suis ni « jaune » ni « rouge », je suis « orange ».

Et moi je ne porte ni jaune ni rouge, des couleurs qui ne siéent pas aux blondes !!

La Thailande reprend des couleurs !

Depuis le Coup d’État de mai 2014,

le Royaume de Siam reste dans les divisions et l’instabilité’ politique. Et pour cause ! – Les maux qui ont conduit le pays au bord du chaos sont toujours là. Les « Rouges » et les « Jaunes » sont campés sur leurs positions, ils subissent. Quelques leaders obligés de se taire et ça fait du bien ! Les militaires sont tombés du ciel juste avant la possible guerre civile comme un « arc » multi-colore. Néanmoins, la couleur « camouflage » qui a pris les rennes du pouvoir, du brillant fauteuil de premier ministère jusqu’aux rangs choisis de l’Assemblée, sous la teinte de la normalité durable, un peu grise, ne trompe en fait personne.

Quelle couleur aujourd’hui ? L’argent n’a pas d’odeur mais ne pourrait-il pas avoir une couleur ? Le pouvoir veut nettoyer l’argent sale et lutter partout contre la corruption. Effectivement partout. Il semble y parvenir dans certains secteurs. La grande lessive contre des « maffias » locales est en cours. Des policiers véreux ont été arrêtés. Sans doute pour l’exemple. Sinon …

Même purge brutale chez les grands chefs. Le nettoyage des vols, des drogues et des crimes est loin d’être terminé alors qu’une nouvelle Constitution entre en discussion pour occuper la période de … séchage et de repassage du beau linge. Passer et repasser, en Thaïlande, les Militaires savent le faire depuis plusieurs décennies. Cette fois, le pays ressortira effectivement un peu plus propre. Ce qui ne veut pas dire : blanc.

Les tensions ne semblent plus palpables dans Bangkok en ce moment mais elles sont sûrement vives dans certains cercles colorés où les réunions sont cependant toujours interdites par la loi martiale. Qui connait la couleur de l’underground ? Même L’opinion publique ne s’exprime pas dans un tel contexte de contrôle et de censure. Mais les Siamois sont soudain tous d’accord pour avancer vers des standards éthiques. Enfin un point commun. Heureusement puisqu’il conviendrait de rechercher une nouvelle génération de politiciens intègres. Sinon, l’avenir risque de ne pas être rose.

L’économie thaïlandaise a subi le « contre-coup » des événements semant le trouble dans la Capitale, alors que le Nord semblait s’isoler et que le Sud séparatiste continuait à déstabiliser la cohésion nationale. Plusieurs points de PIB ont été ainsi perdus ces dernières années pour faire de ce pays l’un des moins performants de l’ASEAN en 2014. Qu’en sera t-il en 2015 ? Il est prévu de remonter vers les 4 % de croissance. L’économie va t-elle reprendre bientôt des couleurs. En attendant, la société civile s’interroge. La saison chaude est arrivée. Le soleil perce de sombres nuages, il est comme toujours jaune-orangé. Un signe ? Du Jaune au Rouge, ça semble compatible, non ? Les Thaïs confondent si souvent, dans leur langue, le bleu et le vert…

Le « business » aussi en est ébranlé. Y aurait-il de l’argent sale et où ? Celui de la prostitution et des trafics, certes. Mais où commence un trafic en Asie ? En s’attaquant aux marchés troubles et en remettant en cause des concessions et des marchés publics engagés par les anciens dirigeants politiques élus, forcément, des secteurs économiques et des décideurs s’interrogent sur l’impact de la machine à broyer du noir mise en marche. Pourvu que les investisseurs, les pays amis et les touristes maintiennent leurs projets… et que l’ouverture du marché régional conforte les rêves de reprise à l’export.

Les rumeurs ne peuvent s’empêcher de penser que la situation va durer jusqu’au prochain événement. La succession … des efforts entrepris par le chef de la Junte, devenu PM pour normaliser le fonctionnement de la société, permet de remettre des projets de développement en chantier (production électrique ; transport ferroviaire) sans les freins récurrents créés par la corruption. C’est louable. Est-ce durable ?

Même le bouddhisme se prend les pieds dans la natte. La presse blâme certains moines et d’autres risquent d’être tout simplement défroqués pour avoir … ouvert des comptes en banque.

Le plus dur, dans ce pays sans chômage parce que tous les petits boulots sont tolérés depuis des siècles, … c’est la dernière manœuvre de balayage  : les trottoirs remplis de vendeurs de soupes et de petits commerces forains, devraient être nettoyés eux-aussi. Un ancien premier ministre n’avait-il pas été dans ce sens, fermant à minuit les bars touristiques et les bordels ? Attention, l’économie informelle ne risque t-elle pas de ce fait d’annihiler les couleurs de la reprise ?

Ah ah ! Ah oui vraiment, comme dit la chanson au pays de Siam : tout va très bien, Madame …

 JMDF

Chemin de fer et Serpent de mer

« Serpent de fer »  ? ou bien nouvelle « Route de la Soie sur rails » ? Qui déraille ? Des rails chinois ? Comment ne pas railler ce train-train des investissements régionaux… ! ?

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La croissance du commerce, partout dans le monde, s’accélère au gré de la facilitation des transports routiers ou ferroviaires. Il en ira de même du commerce intra-asiatique lorsque la soit-disant toute proche ouverture du marché ASEAN exigera que le projet de grandes lignes ferroviaires internationales dans la zone sorte enfin des cartons, après une ou deux décennies d’attente.

Dans les pays majeurs de la zone, si l’on retire Singapour tourné vers les îles indonésiennes et le fameux détroit de Malacca, aucun pays ne peut se targuer d’avoir un réseau ferré performant et des lignes expresses. La Malaise se contente de ses deux axes vieillissant, un peu comme le Vietnam, un des moins mals lotis. La Thaïlande ne connaît plus depuis longtemps un train qui arrive à l’heure sans incident. Le Cambodge ne transporte aucun passager, le Myanmar aux mille priorités se réveille meurtri de tous côtés vu du Pont de la rivière Kwa.

Que reste t’il de nos amours … d’Extrême-Orient Express ?

La Chine, le Japon, l’Australie et surtout le Banque Asiatique de Développement ne cessent de penser à mobiliser des fonds sur des projets à long terme, celui de deux grandes lignes perpendiculaires notamment, concept qui permettrait de relier la plupart des pays de l’ASEAN et de les rattacher au Sud de la Chine, et d’une certaine manière, par la Chine, … vers l’Europe !

En 2006, ce sont 18 pays qui se sont engagés à construire un tel réseau qui comporterait quatre lignes majeures dont la plus importante – liaison Nord-Sud –  relierait (évidemment !) la Chine à la péninsule malaise. Un axe « Golden Yuan » Shanghai – Singapour ?

Les grands organismes internationaux se sont mis à chapeauter un tel projet, ce qui en fait depuis une sorte de « locomotive à vapeur ». Dans les hautes sphères onusiennes, on détermine 37 pays concernés – parfois alors désenclavés – reliant les portes de l’Europe à … Singapour, en passant par la Chine ! Les avancées sont nettes au Nord vers l’Ouzbékistan et le Kazakhstan.

Ce qui est frappant c’est que les pays les plus pauvres au Sud attendent depuis dix ans. Dans le même temps, les plus riches, ceux qui peuvent apporter des fonds et profiteraient en grande partie de ces liaisons commerciales nouvelles, s’observent en « lions de faïence » pour savoir qui prêtera aux plus pauvres et à quels taux d’intérêt ceux-ci rembourseront durant 20 ou 25 ans ! Heureusement les Suisses ne sont pas là !

Certes, les défis politiques et financiers sont nombreux pour la ligne « chinoise » mais tout autant pour la ligne Est-Ouest, du Vietnam au Myanmar, tournée vers le continent indien. L’Asie-Pacifique ne laisse aucune des grandes puissances mondiales indifférentes. C’est le bloc géopolitique à la mode ou … celui dont il ne faut pas rater un décollage possible (hors les BRIC).

Petit à petit cependant la Chine avance des pions de plus en plus nombreux sur l’échiquier. Les cheminots le savent : qui possède les rails contrôle le passage des trains ! Le Chinois dirait : qui fournit les rails, fournit les trains ? En effet, les spécificités techniques conditionnent la complémentarité des réseaux entre tous ces états historiquement assez hétérogènes. Les enjeux ne sont donc pas uniquement dans les banques mais dans l’écartement des rails. Anglais et Français regardent encore en souriant les débats sur les autoroutes qui traverseraient bientôt aussi l’ex-Indochine… à Bangkok !

Bref, il y a un certain train d’investisseurs qui avance discrètement mais sûrement. La ville de départ c’est KUNMING (il est conseillé d’y investir dans le quartier de la gare !). L’arrivée, c’est Singapour (là, vous avez encore moins de chance d’y aller seul pour investir ! Vous risquez de faire la queue au guichets. On ne vous a pas attendu.).

Le Japon, lui, le principal pays généreux de la zone, qui profiterait aussi du progrès des transports puisqu’il importe presque tout, est contraint d’observer en ne cessant de proposer son aide financière avec un peu moins d’arrière-pensées que d’autres. Lui, le fournisseur, il y a 60 ans, du réseau ferré thaïlandais, uniquement à voies uniques, jamais rénové depuis, avec des matériels roulants fatigués sinon obsolètes, et des accidents incessants, se demande encore comment ne pas rater le coche (!) et comment ne pas se faire rouler dans la farine (de riz).

Les militaires au pouvoir à Bangkok depuis mai 2014 semblent décidés à faire arriver les trains à l’heure (reprenant un projet de réseau nouveau à grande vitesse à 12 milliards de dollars ?) mais actuellement … « balancent » (comme des « pendulaires » suisses ?) entre les promesses de prêts et « l’étau » des intérêts sino-nippons. Les Chinois proposent 2 % pour les voies et 4 % pour les équipements. Derrière cela, il y a l’enjeu d’un TGV japonais qui a fait ses preuves au pays du Soleil Levant. Un TGV entre Chiang Mai et Bangkok remettrait un peu de concurrence avec les flux aériens. Mais à quel prix ?

Pendant ce temps… le petit Cambodge, 640 kilomètres de voies uniques à rénover, autrefois aidé par la Belgique, maintenant par l’Australie (quel écartement !?), avance pas à pas sur la réhabilitation de son tronçon majeur pouvant soulager la route à péage Phnom Penh – Sihanoukville. Histoire de traverse. Le fret vient d’être rendu opérationnel. Ainsi, un train de marchandises siffle (vraiment !) à nouveau trois fois en arrivant chaque jour en gare de Phnom Penh ; celle-ci pourtant bel et bien fermée au public.

Pendant ce temps… le Laos, le plus enclavé des pays de la zone, sans accès à la mer, rêve de voir venir… et lance des regards bridés tant au Nord qu’au Sud. Ti-rail-lés dans le fond comme souvent entre Chinois et Thaïlandais. La Malaisie se frotte patiemment les mains espérant se trouver bientôt (?) à la fois reliée à la Chine et à l’Inde par le Myanmar. Le tunnel semble souvent s’éloigner…

Les Vietnamiens se méfient. Habitués à leur façade … pacifique ! Ils ont toujours regardé vers l’Ouest avec envie. Ils ne se posent cependant pas trop de questions. Sûrs d’eux-même, malins et dynamiques, ils savent qu’ils sauteront bientôt dans le train en marche… et qu’ils s’adapteront. Chinois ou pas, ce nouveau chemin de fer, ils sauront être là pour commercer … sur la route toute la sainte journée un parcours : gagnant-gagnant. 20 sur 20, en 2020 !

A moins que le serpent de fer ne reste encore quelques années de plus un serpent de mer…

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Jeanmoreldefroissart

Un « boom » économique au Cambodge en 2015 ?

Les observateurs s’attardent sur les difficultés du Cambodge en matière de développement économique durable, au vu des inégalités, des archaïsmes, de la corruption endémique, de la chienlit des villes et, …  non des moindres maux, … au vu de la misère récurrente des campagnes depuis cinquante ans.

Voire au su de la bronchite chronique que connaissent le fonctionnement démocratique et la justice de ce pays, éléments qui peuvent manifestement influer sur le développement et les acteurs économiques.

MAIS, pendant ce temps, les affaires sont en plein « boom ». Il y a vingt ans, le boom de la natalité et de l’aide financière internationale ; puis les investissements ont suivi et marqué le changement de siècle. Aujourd’hui, les efforts commencent à porter leur fruits dans tous les domaines et une génération nouvelle de Cambodgiens arrive aux manettes dans le même temps.

Auparavant, on parlait de perspectives : elles sont là. Nous y sommes ! La pesanteur tant de la gouvernance que de divers secteurs économiques traditionnels a fait long feu. Tout bouge en ce moment sous le choc d’une croissance ferme et régulière et du commerce de biens et de services lié au tourisme. Publics et privés semblent se donner la main pour des créations de richesses. Les riches achètent, les banques se multiplient. Ces richesses rapides seront-elles réparties sur l’ensemble de la population, rien n’est acquis. Cependant, le développement est perceptible à l’œil nu.

Ces archaïsmes sont toujours là (tangibles et parfois insupportables) mais ils reculent d’une certaine façon puisque les autres éléments de progrès avancent ? Ils prennent le vent du changement de plein fouet ! La plus belle illustration vient des campagnes. L’agriculture cambodgienne n’avait guère bougé dans la première décennie de retour à la paix. Rien. Trop souvent victimes des aléas du climat, elle dépendait souvent de réseaux d’irrigation vieillots, entre sécheresses et inondations incontrôlées, et volonté de ne rien changer de ce qu’on sait faire et qu’on a toujours fait « comme ça » ! Cultures traditionnelles, usages pesants, équipements rudimentaires, élevage nourricier, familles nombreuses faisant face à la misère, voire à l’angoisse de la faim plusieurs mois par an, entre riz nourricier et semences à conserver.

Oui, ça y est, le secteur agricole bouge sensiblement. Certes, un certain exode rural a commencé (80% au lieu de 85 %, de la population ?) du fait des progrès et de l’amélioration de l’accès à l’Éducation et aux emplois de services urbains. Les jeunes fuient la misère et partent « en ville  » ; mais les paysans commencent à se tourner vers une certaine modernité. Le Cambodgien vit dans le présent… La génération post-KR se rassemble dans des associations villageoises pour acheter le matériel que les agriculteurs ne pourraient pas envisager d’acquérir seuls. Le collectivisme rebutent encore les plus conservateurs sortis vivants de la guerre. Cependant les autorités provinciales et surtout les ONG poussent dans le même sens, celui d’un développement favorable à l’accroissement de la production locale.

Tout bouge depuis 2014. Les initiatives des ONG sérieuses et puissantes et surtout de l’Agence française de Développement (afd), sont soutenues par des projets de financements dans tous les secteurs agricoles, notamment avec un fort développement du micro-crédit un peu moins « sauvage » qu’auparavant. La santé maternelle rurale, l’amélioration des conditions de vie, l’adduction d’eau, la préservation de la forêt, la pêche, le planting d’hévéas (plantations familiales) la scolarisation primaire, les soins vétérinaires, les précautions écologiques et de développement durable, tout commence à avancer et à s’organiser.

Les efforts portent leurs fruits comme si soudain les « plantations » étaient arrivées à maturité. Avec le décalage du temps, les arbres plantés donnent des fruits. Les marchés s’organisent (collectes de produits). La mécanisation fait discrètement son apparition dans les rizières. L’avenir des buffles vacille à moyen terme. Les intrants font moins peur. La modernité avance par touches. La peur saisonnière recule. Le riz qui manquait il y a vingt ans, maintenant suffisant, commence même à s’exporter allègrement. Merci aux agronomes. L’élevage se porte mieux et progresse, de même, en quantité et en qualité. L’agro-industrie est née. Il y a, oserai-je dire, un sensible « tremblement des terres »  !

Les secteurs productifs industriels sont également en ébullition. L’industrie textile continue à poser des problèmes de gestion humaine, de conditions de fabrication et de niveau de rémunération mais ne cesse de croître, de créer des emplois et d’améliorer le niveau de ses exportations. La production de vêtements pour les grandes marques occidentales représente un espoir dès lors que des pressions pourraient intervenir pour l’amélioration des conditions de travail actuellement inacceptables pour les salariés, principalement de jeunes femmes. On croyait provisoire cette industrie de main d’œuvre, elle semble s’être installée pour plus longtemps. Depuis 10 ans, le succès de l’adhésion du Cambodge à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) est confirmé.

Les travaux publics sont le second secteur industriel en plein boom. Facteur d’importations, il est néanmoins créateur d’emplois dont la qualification s’améliore peu à peu et il est surtout synonyme de dynamisme et reflet de la croissance économiques.

Un nouveau pont sur le Mékong va s’ouvrir en fin d’année à l’Est où un axe routier express vers le Vietnam sera ensuite financé par le JICA, la Coopération japonaise. L’axe routier majeur du pays, à quatre voies Phnom Penh – Siem Reap, lui qui est en grands travaux herculéens, asphyxiants les villageois, sera peut-être achevé en fin d’année, plus sûrement en 2016. Reste la voie ferrée qui a du mal à se remettre en marche mais se fera avec la coopération régionale et internationale.

Le secteur du Bâtiment, lui, marche à plein régime. Même à Siem Reap déjà bien pourvu en structures hôtelières, de nouveaux établissements sortent de terre. Le prix du foncier explose comme à Phnom Penh il y une décennie. Une compagnie aérienne low cost chinoise parvient à joindre les deux villes touristiques dans de bonnes conditions.

Durant cette décennie, des tours sont sorties de terre dans la Capitale, comme de hauts champignons, construites si vite que la Municipalité fut incapable de surveiller le nombre d’étages accordés et construits. Cela fait, elle doit maintenant demander d’en « raboter » au moins trois dans le voisinage du Palais Royal. Sans grand succès immédiats d’ailleurs. Hôtels, condominiums, hôpitaux… D’autres projets immobiliers résidentiels d’envergure encerclent la Capitale alors que … le vieux building historique se fissure, comme un symbole, sur la route de l’Ile au Diamant (Koh Pich) qui fait vibrer toute une jeune génération motorisée et se qualifie de « Ville nouvelle » …

L’Énergie reste le secteur en devenir, vraiment prometteur. L’importation d’électricité résous certains manques récurrents depuis vingt ans mais doit faire face à une croissance régulière de la population et des activités. On importe des kilowatts. Le projet cambodgien d’un barrage hydraulique est retardé faute de consensus. La Commission du Mékong, elle, pendant ce temps, s’inquiète des barrages laotiens …

Le développement des services, l’apparition de centres commerciaux, l’éclairage urbain, autant de besoins croissants auxquels doivent faire face les autorités. Dans ce secteur énergétique le projet de construction d’une raffinerie (il y en avait une avant-guerre !)  près de Sihanoukville s’ajoute aux perspectives pétrolières et gazières du pays. Le transport fluvial se développe, les ports aussi, même si certaines viles de province semblent encore à l’écart du développement.

Enfin, l’industrie touristique continue de croître régulièrement. Les prévisions les plus optimistes sont chaque année dépassées.

Les visiteurs sont en nombre croissant. On croyait en un essoufflement de cette progression du fait de la baisse du pouvoir d’achat des pays occidentaux. En fait, si les Européens sont un peu moins nombreux et dépensent moins (les résidents français s’en plaignent), les Chinois et les Vietnamiens ont pris le relais en nombre. Les touristes asiatiques, le plus souvent en voyage de groupes, envahissent les temples quotidiennement. Des restaurants spécialement installés pour eux les accueillent avec des parking à autocars. Les Russes, très présents en Thaïlande, ne vont pas tarder à rejoindre cet élan, on parle déjà d’une « mafia » en bord de mer. Les Japonais, eux, les principaux donateurs d’aide financière au Cambodge, sont là pour longtemps et les Cambodgiens accèdent dans de nouveaux restaurants à leur cuisine avec joie et précipitation, alors que les Chinois, présents partout et toujours groupés et bruyants, tardent à faire l’unanimité…

Bref, en ne jetant qu’un œil conciliant sur un « développement à la chinoise » que les Cambodgiens voudraient bien maîtriser  » à la Khmère  » … , il y a un optimisme encouragé depuis un an par la « collaboration » pacifique de l’opposition politique aux côtés d’un pouvoir qui demeure fort et intransigeant.

L’année 2015 étant une année éloignée des élections législatives quinquennales (2013, 2018), il est permis de penser que les clignotants sont au vert, avec notamment la baisse des prix du pétrole, pour une réelle croissance économique performante ( … 8% ou plus ?), sans trop de troubles sociaux et avec une croissance mieux répartie (le secteur des services aussi est en plein boom, les écoles de formation sont pleines de jeunes avides d’apprendre et qui cherchent partout de l’argent pour … payer les cours et s’acheter une moto et un portable !).

2016, ouverture du marché ASEAN, dans l’incertitude, pourrait apparaître plus délicate et surtout l’année 2017 pourrait marquer un sensible ralentissement, … de la confiance d’une population attentive au changement. Personne ne peut affirmer que l’avenir est incertain, ou certain, mais chacun peut compter sur un présent assez prometteur.

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