L’éducation cambodgienne en faillite

Comment est-ce possible ?

Il y a 25 ans, lorsque les Nations-Unies sont venues rendre la paix et rétablir les chances de développement économique au Cambodge qui sortait de trente ans de conflits, l’espoir reposait sur une nouvelle génération de Cambodgiens. Chaque observateur pensait : il faudra changer le pays avec de nouveaux Cambodgiens. Le baby-boom a fonctionné et dix milions d’enfants sont nés.

Une génération c’est vingt ans. Ils sont passés ! Trépassés. Aujourd’hui toutes les écoles et les universités publiques et privées sont fermées. Certes pour des raisons sanitaires (dans un pays sans virus), mais … Où sont passées ces deux décennies de création de l’espoir ?

– Dans le mur.

Les jeunes ont appris le respect de la tradition dans des familles non éclairées. Puis ils ont été poussés à accéder à d’autres langues que le khmer : l’anglais, le coréen, le chinois… Les filles ont appris à respecter leur mère et les garçons à faire de l’argent pour payer les profs et les diplômes. Grands, ils ont appris aussi à tendre la main à chaque difficulté parce que des ONG faisait le travail gouvernemental et que l’éducation informelle paliait les carences du système étatique. Ils ont appris que la bière ne coûtait pas beaucoup plus cher que le thè. Ils ont vu l’argent couler à flot au-dessus d’eux et la corruption du quotidien le seul moyen de s’en sortir.

Ils ont appris à se taire. Et parfois à se terrer.

La tradition s’est transmise toute seule sur le terreau du nationalisme. Avec toutes ses horreurs et ses erreurs. Le respect des dirigeants et de toute forme de pouvoir local, le culte béat de la famille royale, la foi dans l’enseignement du Bouddha bienveillant qui encourage à souffrir en silence, l’acceptation de la corruption à tous les niveaux, à commencer par soi-même, et la peur physique du retour des esprits et des fantômes… Le code familial a gagné. La mentalité n’a guère évolué. La stupidité du petit peuple et même des classes moyennes naissantes court les rues autant que les Roll Royce … au point que l’enseignement apparait superfétatoire ?

Apprendre à se servir d’un téléphone portable est plus important que de comprendre qu’un sac en plastique ne se dégrade pas. Mais qu’avez-vous donc fait de cette génération ? Les possèdants coupent les arbres, saccagent la nature, creusent la terre du voisin pour en mettre plus sur la-leur. Les puissants coupent la forêt primaire pour planter des dollars avec l’aide de forçats, pas assez ouverts pour s’expatrier.

Ajoutons que les riches, toujours plus riches dans un royaume où les banques recyclent à qui mieux mieux, ont cassé les vieilles pagodes pour offrir leurs dons en espèces venues d’ailleurs, en dollars ou en or, pour des bâtiments tout neufs au milieu des quartiers pauvres. Et chacun se tait.

Avec les remerciements des religieux pas plus éclairés que les autres et plus dociles qu’il y a vingt ans.

Sans le moinde scrupule. Sans le moindre niveau de conscience. On ne touche pas à la religion et aux traditions. On finit par comprendre pourquoi Bouddha était gros ! Gros et riche c’est le rêve de tous les Cambodgiens. Qu’importe de mourir, la vie suivante sera meilleure.

Eventuellement avec une Rolls ou une Ferrari ! Le reste n’a pas d’importance. Le collectif est mort. Chacun pour soi avec le micro-crédit qui apprend à s’endetter.

Le développement économique tous azimuths basé sur la microfinance qui pousse tous les Cambodgiens à emprunter, qui pour un téléphone portable, qui pour une moto, qui pour un lopin de terre pas cher à côté de chez lui, est un progrès à reculons. Accéder à l’argent facile.Pour quoi faire ? Sans Education et ouverture culturelle, pas de salut.

Le rêve de « toujours plus de profit » est un moteur qui s’arrête lorsqu’il n’y a plus de carburant. Fût-il Chinois !

Futile …

Politiquement, y a t’il encore du carburant dans le moteur lorsqu’il n’y a plus vraiment d’opposition pour pousser dans les virages ?

Aujourd’hui, du fait de la crise sanitaire le Cambodge est à l’arrêt. L’Education publique est à l’arrêt. La liberté de la presse aussi. Le convoi khmer s’est arrêté à la station « Education » et tout le monde pleure devant son bol de riz. Sauf les riches. Les écoles et les universités sont à l’arrêt. Certaines en faillite. C’est un scandale. Les jeunes sont-ils dans les rues pour réclamer la réouverture ? Tout le monde s’en fout.

Les Cambodgiens illétrés s’accomodent de tout. Y compris des routes nationales refaites depuis deux ou trois ans et à nouveau défoncées. Les camions des riches sont en file indienne, ou en file chinoise comme on veut … Les tours de Phnom Penh, hérissées de hiéroglyphes, révèlent un chantier fleuve…

Mais le Mékong se remplit de pleurs.

JMDF/07/20

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