Ah l’hévéa !

Allez, aller à l’hévéa !   un chant ?   un champ ?      –   En fait, c’est une question.

La tentation est grande dans des pays pauvres comme le Cambodge de « vendre », par concession sur 70 ans, des pans entiers de forêt vierge à des compagnies internationales sur des projets de plantations d’hévéas. Ainsi, on se donne une vraie bonne conscience avec l’idée qu’on arrache utilement un arbre (primaire certes et sois-disant statique) et qu’on le remplace par un autre (actif lui) qui va produire de la richesse avec le latex naturel qui donnera le caoutchouc nécessaire aux puissants producteurs de pneus… et du travail aux indigènes.

Richesse pour qui ?

Un tel projet tue la forêt primaire en place depuis des millénaires et que l’on ne retrouvera jamais, ni nous, ni les animaux sauvages qui y vivent ! Et le monde pense qu’on évite ainsi de la déforestation (!) en remplaçant la jungle par une plantation bien ordonnée de petits arbres qu’on supprimera au bout de trente ou quarante ans pour faire du bois à brûler !?

Ensuite, on oublie qu’entre le moment où l’on sort de pépinière une petit hévéa greffé et qu’on le plante avec les engrais qui « enrichissent » le sol, et le moment où il produira du latex, il se passera sept années. Sept ans pendant lesquels le réchauffement climatique de la planète continue sans souci des « Petits poussés » et sept ans pendant lesquels la consommation de dioxyde de carbone d’un petit arbre ne compensera en rien celle de l’espace naturel détruit à jamais, et de l’érosion qui commencera aussitôt.

Enfin, n’y a t’il pas un peu de tromperie de promettre la création d’emplois. Certes, les plantations ne vivent que grâce à une main d’œuvre non qualifiée ou vite formée. Mais on sait que ce sont, avec les plantations de coton, parmi les pires emplois agricoles au monde qui maintiennent des populations dans la pauvreté. Qui vivent de leur mains et de la maîtrise de la taille de l’écorce… Pas de mécanisation possible.

Ras le bol  (de latex) !

C’est un travail forcément quotidien pour un salaire serré et qui n’évoluera pas comme les marchés mondiaux des Géants et les cours du caoutchouc que scruteront les patrons. Créer de tels emplois, c’est assurer 40 ans de pauvreté à une population locale qui attendait des perspectives en même temps que du travail. Ces emplois sont tombés du ciel avec des « étrangers » envahissants comme leurs rouleaux compresseurs qui écrasent l’existant naturel. Population courageuse et soumise qui ne sait pas ce qui l’attend… Pauvres « saigneurs » qui ne pourront sans doute rien faire d’autre, tôt chaque matin, que de faire couler l’or blanc pour les autres et souriront quand même aux dieux sous les frondaisons d’hévéas.

Pour se donner encore bonne conscience, se créent des écoles, des dispensaires, des terrains de volley ou de basket dans les plantations, comme au siècle dernier. Bientôt des « jardins ouvriers » ? Les « colons » sont de retour ; aujourd’hui ce sont des compagnies internationales bien pensantes avec des sociétés-écrans. Personne ne dit rien et ne connait personne. On concède … Les grands y trouvent leur compte (… bancaire ?).

Faire du fric dans les pays pauvres en rasant les forêts primaires et en condamnant les populations fatalistes à travailler sans espoir, voilà ce qui se fait sans vergogne aujourd’hui. Et parfois avec l’aide financière de nos États et surtout de leurs banques de développement. Aussi avec la complicité de nos amis agronomes !?

Froiss’art

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