L’ascenseur social au Cambodge

Dans la société française l’ascenseur social marque des poses à chaque étage de la crise économique.

Les syndicats doivent s’activer pour que l’ascenseur reste en état de marche (et de montée !) et puisse donner des perspectives aux travailleurs.

Au Cambodge, l’ascenseur social fonctionne, lentement certes mais je l’ai rencontré. Dans un pays où il n’y avait il y a 20 ans pas le moindre escalator et pas même un ascenseur, tout a changé à grande vitesse et les gens de la rue se précipitent dans les nouveaux buildings, hôpitaux, administrations, centres commerciaux pour découvrir les escaliers roulants et ces engins top niveaux, ignorant bien sûr la métaphore de l’ascenseur social.

Si rien n’a vraiment bougé dans les campagnes où bien des chefs de villages sont souvent les mêmes qu’il y a 20 ans et où les rivalités politiques n’en sont que toujours plus tendues, où les paysans ont le même nombre de buffles, de vaches et de rizières, dans les villes que leurs enfants rejoignent, l’ascenseur suit la courbe lente du nombre de diplômés qui trouvent difficilement du travail.

Les petits commerçants s’enrichissent plus ou moins, souvent plus d’ailleurs, les fonctionnaires font aussi du commerce dans leurs heures creuses, nombreuses, certains vendent leurs maisons qui a pris de la valeur pour s’installer confortablement à la campagne. D’autres spéculent et calculent… Tout s’achète et tout se vend.

Des hôtels ouvrent, des restaurants ferment, les bars se multiplient, le personnel se vend au plus offrant et les jeunes parviennent à gagner un peu leur vie. Faut dire qu’avec moins de 100 dollars par mois les serveurs ne peuvent que dormir à quatre dans une chambre louée pour le même prix ! D’ailleurs, comme ils rentrent tard chez eux pour, après une courte nuit, en repartir tôt vers leurs cours du matin à l’Université privée … « Build Bright » ! les rencontres entre eux se font aussi rares que les jours de congé. Les plus futés doublent leur salaire, avec un deuxième emploi ou une combine, et parviennent à s’acheter une moto avec un crédit bancaire (soit disant associatif mais usurier !) qui les asphyxie durant deux ans. Le débrouillard en classe Terminale (photo) vend du café devant son lycée pour payer son engin.

Les plus doués en langues étrangères trouvent du travail dans les Organisations non gouvernementales. J’en connais un d’abord réceptionniste dans un hôtel puis traducteur dans une ONG qui est devenu en dix ans d’efforts … avocat. Un autre, passionné par la langue française gravit les échelons du professorat universitaire. Quelques rares privilégiés concourent pour une bourse à l’étranger, en Droit à Lyon, à Nice en Tourisme …

Le jeune homme qui lavait à son propre compte les vitres des magasins, dix ans plus tard devenu employé de nettoyage à l’aéroport bredouillant quelques mots d’anglais, est maintenant fièrement the « Supervisor » de propreté des bureaux du gouvernement et m’explique en anglais cambodgien qu’il voudrait bien devenir un jour prochain  un « general manager »…

Un gardien de maison devenu électricien, marié, deux enfants, vient de s’acheter une voiture. Il fera plus facilement quelques petits boulots à côté. L’employée de pharmacie a réussi à s’endetter pour un dépôt de pharmacie. Le pharmacien débrouillard a, lui, quitté l’officine pour importer des médicaments en direct de France (des vrais) ou … du Vietnam (c’est moins sûr !).

En revanche, mon ancien chauffeur n’a guère augmenté son salaire. Sa femme vend difficilement quelques légumes au marché pour espérer payer l’ascenseur à leurs trois enfants. Le jeune homme chargé du repassage est toujours fixé à sa table chez le même blanchisseur. Pas le temps de se marier : il travaille 7j / 7j. Et ces pauvres filles, instruites ou pas, bloquées à la maison par des parents qui décideront un jour de les marier avec … des billets de cent dollars. La dot pour ascenseur. Un peu de cash ou beaucoup, elles se préparent de toutes les façons à gérer… Mais le garçon sans argent, lui, semble voué au célibat.

Cet autre malchanceux, sourd et muet, semble se prostituer dans les bars de nuit. Que peut-il faire de jour ? La jeune danseuse a vieilli et se demande à coups de maquillage quand va s’arrêter la danse. Ici, fille ou garçon, pas de risque d’avoir des poignées d’amour, la vie est chiche … Les transports sont chers. La viande n’en parlons pas. Le poulet s’envole. Le poisson se fait rare. Jamais le droit d’être absent. Jamais malade. Mais jeunesse souffre… au soleil.

Ah, c’est vrai, la mortalité infantile bat encore des records du monde … Là, l’ascenseur est plein. Mais personne ne pense vraiment à son avenir. Les jeunes se battent pour une seule chose : le riz quotidien.

2 réflexions sur “L’ascenseur social au Cambodge

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