Siem Reap : cassez la voie !

Le nouveau Gouverneur de la Province de Siem Reap a pris les routes de la la fameuse cité des temples à bras-le- corps depuis son arrivée il y a quelques mois ! Il est vrai qu’il y avait de quoi faire et que les principales voies du centre ville et même au-delà étaient dans un état pitoyable, exceptée celle menant à Angkor Vat et Angkor Thom.

Il en est ainsi des boulevards périphériques défoncés en de nombreux endroits, ou décorés de nids de poules ailleurs, mais les mois s’écoulent sous les trombes d’eau de la saison de mousson (depuis fin mai 2020) et les travaux s’arrêtent puis recommencent lorsque les poids lourds s’enfonçant dans les terres meubles ne parviennent plus à avancer leurs lourdes charges venant de loin, du Vietnam ou de Thailande…

Cependant quelques rues touristiques étaient sujets avant le Covid a quelques premiers embouteillages ces dernières années les jours de fête, durant la haute période touristique. L’une d’elles, Sok San Road avait déjà connu une sorte d’élargissement, conséquent de fait. L’avenue Sivutha avait également connu des travaux en chapelet, en son centre, pendant plusieurs semaines. Aujourd’hui toutes sont touchées et appelées à s’élargir.

Les travaux routiers sont d’ailleurs très longs sur ce terrain urbain puisqu’il faut penser, hors la voirie, à l’assainissement totalement jusqu’alors inéxistant ou réduit à la seule tivière tonle Sap se rendant au Grand Lac. Aux pilones électriques souvent à déplacer sans oublier les lignes fixes du téléphone. Les nombreux ruisseaux-égouts se déversaient d’ailleurs depuis des décennies dans la rivière où les pauvres pêchent nombreux tous les jours pour nourrir leur famille. La rivière est haute. Les fonds sont bas. Les pauvres pêchent.

Et puis, durant ces travaux, les rues ne sont jamais coupées totalement à la circulation ce qui ne facilite pas le déplacement des engins et du trafix habituel.

Plus de cinquantes voies sont maintenant en chantier ou taggés par les pots de peinture annonçant d’autres projets de chantier. Les services administratifs de voirie municipale n’ont jamais autant travaillé car dès les premières heures du jours ils parcourent les rues et en mesurent les largeurs en présence de géomètres récemment bien formés assortis de quelques policiers.

Or, depuis la fin de la guerre avec les Khmers Rouges le développement touristique a pris le pas sur toute autre activité. Aussi un pas, puis deux, sur le trottoir ou l’absence de trottoir sur certaines chaussées en mauvais état, se sont rétrécies tandis que les petites maisons s’agrandissaient d’une devanture, une vitrine, une enseigne, une cloture, un auvent, pour une créer une boutique. D’autres maisons en bois vendaient un mètre ou deux ou trois de jardin pour permettre, contre quelques dollars mensuels à de petits entrepreneurs de créer un espace commercial tout au bord de la rue ou de la route. Même les Hôtels avaient agrandi leurs enceintes ou leurs places de parking…

Ainsi, des centaines de magasins étaient en illégalité complète par rapport au Cadastre depuis 15 ans. Ceux qui avaient consulté le cadastre pour construire leur projet de construction (rares !) avaient le plus souvent cru qu’on n’était pas à dix centimètres près dans ce pays où tout semblait facile et … autorisé … Et ce sont souvent les piliers de soutainement des nouvelles maisons qui sont situés aux bords des chaussées !

Tout est cassé ! Depuis une bonne semaine les autorités n’ont pas laissé de répit aux citoyens qui cassent à regret leurs devantures, perdent leurs boutiques, voire voient tomber leur petite maison…

Ils avaient jusqu’au 3 octobre 2020. Les rues sont désormais (nous sommes le 9) encombrées de piliers, de clotures démontées à la hâte, de murs défoncés, de débris en tout genre. Certains font petit commerce de ramasser les gravas ici et là. Ici d’ailleurs tout se recycle. Les miséreux y trouvent leur compte. Néanmoins, les pauvres parmi les commerçants subissaient le Covid depuis six mois. La plupart étaient étranglés par les loyers impayés et licenciaient le personnel faute de clients. Beaucoup avaient emprunté aux banques très avenantes et encourageantes dans l’euphorie du développement. Ils avaient déjà du mal à rembourser en septembre leurs échéances.

Maintenant ils sont morts.

Pour 30 centimètres parfois, ce sont les fondations de toute une maison qui sont interdites et condamnées… L’administration peint sur chaque mur le nombre de mètres ou de centimètres de retrait ! Allez-y, cassez. La loi c’est la loi !

Les rues vont s’élargir ! Quand ? Dans combien de temps ? Asphaltées ? C’est comme le vaccin Coronavirus ou le retour des touristes, les Khmers ne se posent même plus la question, ils répondent : bien plus tard. Attendons. Le temps semble arrêté. Pour eux.

Il y a plus d’un siècle que tout leur tombe dessus. Les Cambodgiens semblent résignés.

Les trombes d’eau tombent, les catastrophes pleuvent, les khmers sont seulement mouillés de larmes. Quand on n’a rien, on perd tout ; on ne perd rien ? Mais quand on voyait sa tête sortir de l’eau et que la famille mangeait l’an dernier à sa faim, on se dit … qu’il faudra tout recommencer l’an prochain.

A partir de rien.

Mais demain la ville sera plus belle.

JMDF

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