Fashion weak en Asie ?

La mode en Extrême-Orient est très diverse et son évolution ne cache pas que de réels balbutiements de changement. Dans tous les domaines, les trames bougent mais les habitudes vestimentaires restent différentes d’un pays à l’autre, chacun courant vers la modernité au fur et à mesure de la montée des classes aisées mais aussi de celle d’une jeunesse avide de se mettre à la mode.

L’ancienneté culturelle et la notion sociale de liberté de choix personnel font que d’un pays à l’autre la mode est bien différente et son impact variable.

En Thaïlande est toujours un peu en avance parmi les dix pays de l’ASEAN, pour ce domaine où cependant on l’accuse de copier. La culture du Palais Royal, et de la Cour, a de tout temps porté son attention vers la France et vers l’Italie, voire la Suisse ou la Grèce antique. Ainsi, l’architecture s’est inspirée au vingtième siècle de quelques villes françaises et de leurs cathédrales. L’une des grandes avenues de Bangkok voulait au début du vingtième siècle ressembler aux Champs-Elysées. Les villas un peu kitsch de style thaï sont le plus souvent à fausses colonnades. Les soirées mondaines sont légions…

L’industrie cinématographique locale s’est inspirée également de la France ou tout au moins a contribué à accentuer l’attention sur le style propre à Paris, capitale de la Mode. Les mannequins thaïs font des photos sur les berges de la Seine pour des magazine assez consultés. Des étudiants vont depuis longtemps fréquenter les écoles de mode de Paris et gravitent autour des grands couturiers. C’est ainsi que les marques locales de prêt-à-porter se sont multipliées depuis vingt ans à Bangkok, aux côtés des confections délocalisées des Dior, Cardin, Laroche, Hechter …, Kenzo, Boss, et Armani, entre autres.

C’est sans doute au Viet Nam que la modernité est la première apparue brutalement à la fin du siècle dernier. Après la révolution du Jeans et de la moto, alors que la Chine connaissait des records de croissance, le rigide Vietnam s’est senti comme soudain libre dans ce domaine un peu capitaliste dans le fond. Toute une nouvelle génération s’est emparée de la mode avec un sens très pratique, pour le quotidien comme pour la fête, tout en conservant parfois les standards traditionnels des suaves tenues vietnamiennes aux couleurs chatoyantes. L’engouement pour les réseaux sociaux fait le reste … Les Vietnamiens sont tous des artistes, on le sait …

En Malaise, ce qui est notable dans ce pays multiculturel, où tout le monde cherche à vivre en harmonie au voisinage des autres, c’est la mode Lampurienne influencée par l’Islam. Peu à peu, imprégnée par les tuniques et les voiles, la création artistique fait son chemin avec bonheur. A tel point qu’on peut penser à terme que des interférences  culturelles fashion sont possibles entre les ethnies. Une chasuble conçue pour une femme musulmane ou inspirée par elle, séduit par son design bien d’autres femmes. Où serait le malaise ? La mode pourrait-elle devenir alors en quelques sorte aussi « transgenres » dans des lieux de vente adaptés ou « transreligions » ? On n’en est pas là mais la Malaise et ses contradictions semble en marche inexorable.

En 2011, alors que naissait le Salon des Créateurs au Cambodge, sur une initiative française de l’Agence RéCréation, pour la première fois aussi le pays lançait une semaine de la mode, dans la capitale Phnom Penh. la création artistique renaissante faisait enfin vitrine à Phnom Penh. L’objectif était de mettre en avant les talents locaux et la créativité d’un pays plus souvent considéré pour sa production de vêtements en masse que pour les vêtements qui y sont designés et créés.

Ainsi la griffe d’Eric Raisina, un résident cambodgien d’origine malgache, rivalisait de couleurs et de créativité avec celles de Ambre de KETH Romyda, sortie de la maison parisienne Esmod et revenue au pays de son enfance avec un talent communicatif. Ses créations, éminemment féministes et féminines sont d’une élégance qui a déjà séduit le tout Phnom Penh. Tous les deux ont apporté au Cambodge les matériaux et l’ambition qui lui manquait pour redémarrer. Dix ans de succès déjà !

La relève comporte de nombreuses marque et quelques noms de nouveaux créateurs. Cette génération est emmenée désormais par Sok Chandara, à Phnom Penh. Sa marque « élan » marie une créativité très réfléchie mâtinée d’une culture tournée vers Chanel et les grands couturiers français, avec une élégance liée aux corps des femmes khmères, dans le fond assez différentes pour un designer des autres femmes asiatiques. Une ligne, un design du corps, une apsara longiligne qui fait naître chez Chandara, toujours en recherche de matériaux nouveaux et d’accessoires, un mélange épuré où la broderie vient rehausser la simplicité.

Dans tous ces pays, et notamment à Singapour et ses grands centres commerciaux où l’on retrouve la mixité de la mode dans la péninsule, il semble que la création « fashion » soit plus inspirée et tournée vers les clients locaux (Fashion weak ?). Cependant les visiteurs, et les élégantes, sont invitées à tout essayer ! Et en Asie, rectifier, commander à sa taille, n’est un problème que de 48 heures chez le tailleur !

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