Surgery

Je ne souhaite à personne cette opération. Sauf peut-être à mes ennemis (oui, deux ou trois ! ceux de la poutre dans l’œil). En effet, ce n’est pas si bénin que cela. On va vraiment mieux après que pendant…

L’ouverture par un chirurgien d’un œil endormi par d’horribles piquouses, je connaissais et c’est très impressionnant. Quant à l’ouverture à vif … ce n’est pas du gâteau, je vous assure !

Je m’étais très bien préparé psychologiquement ces derniers jours et les heures qui précédaient et je me suis présenté à l’hosto bien détendu après une petite séance piscine le matin et le remplissage de mon frigo avec les meilleures choses qui peuvent tenir un siège de courte convalescence. Prise de sang faite, je me rassasiais allègrement puis je rentrais dans le processus de prise en charge trois heures avant l’opération. L’attente à la thaïe, avec fauteuils moelleux, petite musique d’ambiance, nurses délicates et prise de gouttes, complètement à l’œil, toutes les 20 minutes, s’était même comblée d’un inattendu massage des pieds dont je ne vous dirais pas le plus grand bien puisque nous nous sommes mis peu à peu à chanter a capela, discrètement sur la pointe des pieds, avec ma charmante masseuse (pour une fois que ce n’est pas ma sœur !) qui connaissait mes chansons thaïes favorites.

L’entrée dans la salle d’attente opératoire était déjà plus impressionnante avec, à mes côtés, cette enfant qui criait une heure plus tôt et que l’on avait du endormir pour l’opérer. Je la voyais (d’un œil !) sous oxygène… lorsque ma civière roulante se mit en marche pour ne s’arrêter que sous les sunlights ! Les cadeaux ne se comptaient plus sur mon œil baignant dans je ne sais combien de substances. On me parlait thaï – sans doute un coup de la masseuse qui avait crée une fuite ! – et je n’y comprenais que dalle sauf que j’ouvrais et fermais la pauvre paupière droite à chaque ordre des personnes qui me tournaient autour et que je ne pouvais voir ; pendant qu’on me prenait une xième fois la tension du gros orteil jusqu’au bras gauche !!!

Le Doctor Sombath, chirurgien émérite de l’Hôpital Rutnin de Bangkok, celui qui me suit aimablement, … des yeux, depuis trois ans, arriva enfin caché derrière son masque, et tout en brandissant les instruments que j’imaginais, me dit courtoisement : « Cher Monsieur, il va vous falloir maintenant méditer pendant quelques minutes ». C’est ce que j’essayai de faire. Mais dites, méditer sur quoi dans ces circonstances ? Certes, je pensais bien à la bouteille de vin que j’allais ouvrir si je me sortais de là sans antibiotiques, mais, dès que le zinzin se mit à ziziner pour m’ouvrir l’œil et m’en retirer la pupille, je ne pouvais plus penser qu’à ceux que j’aimais, oubliant tous les autres. J’essayais de les compter, il n’y en avait pas beaucoup. Quelques-uns venaient même de disparaitre à mes … yeux, si je puis dire.

Franchement, j’ai même du me répéter deux fois la liste pour tenir le cou. Le temps semble bien long, me dis-je, en maugréant, alors que mon souffle devenait plus court et risquait de mouvoir mon être jusqu’au cou.

Du coup, je ne regardais plus trop mon œil qui, fixant le soleil prochant, souffrait de toutes part, Sombath me répétant sans cesse de ne pas bouger. Enfin, c’est ce que j’ai interprété d’un mot anglais qu’il martelait et que je ne comprenais pas… Puis j’eus un peu mal et là je me dis que j’avais du bouger, le bistouri avait du déraper, puisque mes jambes se rabougrissaient et mon gros orteil se rapprochait du bras que ne cessait de se gonfler… ? Angoisse. Sans doute avait-il raté l’ouverture où il allait insérer une nouvelle lentille qu’on ne m’avait pas montrée et qui risquait de changer mon regard ? L’ignorance est bien une souffrance…

Je méditais de moins en moins sur la séduction que j’allais perdre, après tant d’années de succès aveuglant. Sombath était en train de perdre tout de mon crédit ; et moi aussi d’ailleurs, du fait que la maison n’allait pas tarder à m’apporter une facture salée … Cela me semblait long et je fis le rapprochement entre « tortue » et « torture ».

« Don’t move  … almost finished … I Check it, now ! ».  Le grand opéra …

Encore une fois la tension ? J’étais à moitié en transe, lorsque je sentis mon orteil se libérer. Le docteur sur le point de disparaître reprenait une concluversation en thaïe, inélégante à mon endroit. Alors que mon lit roulait à nouveau, je me dis : « Il me prend au mot, le chirurgien s’est thaillé ».

C’est alors que, sans embage, on voulut me faire descendre du lit roulant. J’étais sous le choc, avec une coque en plastique collé sur mon œil droit. Je me souviens d’avoir tapé sur l’épaule de l’assistant blouse bleue pour le remercier. Et pris la direction de la main d’une infirmière que je ne voyais pas. Voyais-je ? Voyais-je ? Ou bien avais-je perdu la vue ?

C’est la première fois d’ailleurs que je demandais la main d’une autre ! J’étais comme saoul. Je ne voyais plus clair. Mes deux yeux se fermaient dès que je voulais les ouvrir. L’un marchait sans l’autre ? Je clignais de l’œil à qui peut mieux. A l’arrêt, j’approchais un mur que je soutenais. Et c’est une fois dans le bon fauteuil que de quelques larmes coulèrent, d’abord j’ai vu passer larme à gauche, puis vint celle de droite et là je me dis que j’avais sans doute toujours mon œil opéré. Oui, « une larme sur ton visage » indique bien que tu as un œil de ce coté-là (la crymal !).

Il m’a fallu une petite heure, un verre d’eau, quelques bonbons (j’appris « louk-hom » en thai ) pour me remettre, rentrer en taxi, boire mon vin et dormir d’un œil avant de retourner à l’hosto ce matin. Contrôles. Doctor Sombath est content de lui !

Dans ces conditions, moi aussi. D’ailleurs, ma vue sans coque s’améliore d’heure en heure. Et je vous écris…

Interdit de douche et de piscine, pas de virée à la mer, pas d’avion, que vais-je faire avant de retourner dans deux semaines à la visite de contrôle ? Encore méditer ? Mé di té ra née …, mon doux visage ensoleillé …

J’M         (2013)

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