Dans la boue, un joyau !

Les Khmers Rouges au Cambodge, ce fut la pire des choses. La page de l’inhumain est tournée, les leaders sont condamnés ou morts … Comment imaginer trouver un joyau dans ce qu’ils ont fait ?

Il ne reste presque rien de visible de leurs traces, exceptés dans les hôpitaux psychiatriques – qui n’existent pas – et dans les lynchages qui perdurent encore pour les voleurs à la sauvette. Le traumatisme reste, bien peu de leur grands travaux (travaux forcés) perdurent…

Il y a peu, il existait encore une sculpture frontale, avec leur drapeau aux trois tours, sur le fronton du bâtiment de l’administration des fêtes, face au Tonlé Sap, à côté du Palais Royal (à côté de l’ancien hôtel Rénaksé). Cette trace vient d’être détruite. Dommage. Je vais devoir rechercher cette photo précieuse faite à mon arrivée au pays.

Cependant, l’histoire suivant vous conduire à découvrir une jolie trace :

Entre 1973 et 1975 , les Khmers Rouges, cachés dans la jungle, fort du soutien du Roi, partaient à la conquête du pays en visant la Capitale. La guerre était totale entre l’armée républicaine du Général Lon Nol qui avait renversé Norodom Sihanouk (1970) et les KR sanguinaires de Pol Pot qui profitaient alors du soutien de Royalistes pour reconquérir le Royaume, d’armement et de ressources financières.

La province de Kompong Cham était un enjeu stratégique important pour les guerriers rebelles. En cas de victoire, il ne resterait que 115 km de petite route (la RN 6) pour arriver aux abords de Phnom Penh. La famille de HUN Sen, ancien jeune soldat KR, actuel Premier Ministre, est originaire de cette province.

La bataille était rude autour de quelques collines mythiques de la commune de Kompong Siem. A ce qui est aujourd’hui la communede Kompong Siem, le lieu dit Ampel, au pied de la colline des hommes (Wat Phnom Pros) et celles des femmes (Phnom Serey), un Centre de Santé servait de verrou militaire pour le contrôle de la colline qui permettait de protèger la voie menant à Phnom Penh. Toutes les populations environnantes furent obligées de fuir les combats : l’armée républicaine pilonnait. Les maisons en bois détruites les unes après les autres. A feu et à sang. Le Centre de santé, maison coloniale hexagonale, au pied de la colline, tenait le coup militairement, assiégée par les rebelles. Le contrôle de cet endroit permettait le contrôle du Phnom et la route de Skun, vers Phnom Penh… Les KR se répandaient tout autour et semaient la terreur. Le village de Cheung kok était détruit. Ampel n’existait plus. Terre brûlée.

Lorsque les Khmers Rouges eurent finalement gagné la bataille, dans les premiers mois de 1975, s’ouvrant ainsi la route de la capitale conquise en avril et créant leur pouvoir absolu, une sorte de « Khalifat » sans religion, sans monnaie, sans écoles, se mit en place… le KAMPUCHEA démocratique. On sait ce qu’il advint de la terreur généralisée…

Cependant les habitants de la province de Kompong Cham, chassés de leur terres et qui avaient fui vers la ville de Kompong Cham demandèrent à revenir s’installer près des rizières puisque l’ANGKAR maoïste les obligeait à travailler … pour la communauté. Tous les espaces étaient publics. Plus de propriété individuelle. Les Khmers Rouges acceptèrent alors que le village de CHEUNG KOK soit reconstruit « à condition que la reconstruction se fasse selon un plan d’aménagement urbanistique  » et la répartition communiste des rizières !

Au Cambodge, les villages sont de création totalement empirique, presque toujours implantés le long des routes, ou le long des points d’eau, sans la moindre notion de rue. Quelle idée à eu ce leader KR, qui avait sans doute une vision avertie, pour imposer cette exigence ? Nul ne sait aujourd’hui qui a dessiné le plan accepté par les KR. pour la reconstruction de CHEUNG KOK.

Ce qui fut dit fut fait ! L’ancien chef du village (Phoum) et les habitants  (une poignée de familles, aujourd’hui, ils sont tous cousins !) tracèrent une rue centrale et des rues adjacentes pour se réinstaller dans un endroit bucolique au milieu des rizières, à 2 km à l’écart de la route nationale meurtrière. Rizières qu’ils se partagèrent alors équitablement. Une parcelle proche et une parcelle éloignée pour chaque famille. Mais le travail était essentiellement collectif. Et le demeure un peu de nos jours par solidarité, même si tout a changé.

Aujourd’hui, dans la province de Kompong Cham, il existe un village exceptionnel. Il s’appelle toujours CHEUNG KOK et il devrait devenir la village « à visiter » pour tous les touristes avertis passant par là.

Une partie de ce qui servait de « bunker » du Centre de Santé (réouvert avec la coopération japonaise et française) a été conservé par l’association humanitaire AMICA. C’est l’Hexagone central. Les pièces adjacentes étaient en ruines du fait des tirs d’obus de cette période de guerre. Le centre fonctionne au milieu des déjections de vaches et de zébus en liberté. Entrez voir…

Le village est facile d’accès, se visite par tous moyens (le vélo !) et ne cesse d’étonner. Pourquoi cette belle organisation avec des rues à angles droits ? Personne ne vous le dira. La peur du collectivisme est encore là. Pour construire ensemble une salle publique, située à l’entrée de village, ils se sont cotisés avec des biens des efforts.  » CHEUNG KOK  » est un diamant, un joyau qui est à découvrir sur la route de Kompong Cham. Il faut en faire le tour à pied, en calèche ou à dos de buffles… Y rencontrer les enfants aux regards indescriptibles et ignorants.

De cette guerre si ténébreuse, il nous reste un diamant bien brillant sous le soleil tropical ! Sans conteste : le plus beau village historique du Cambodge d’aujourd’hui.

 JMDF

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N.B. : pour connaître un peu mieux cet endroit, lisez le roman  » IL RÊVAIT D’UNE AUTRE RIVE « , publié aux Editions du Mékong (auteur J. Morel – 2014). En vente au Cambodge dans les aéroports.

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