ASEAN / Cambodge : Espace économique 2015 ?

Le Cambodge ne craint pas l’ouverture fin 2015 de l’espace ASEAN

Alors que la Chine a connu une croissance en baisse en 2014, que la Thaïlande a vu la sienne s’effondrer fortement, le Cambodge a maintenu la croissance de son produit intérieur brut (PIB) au niveau de 7 % … comme en 2011, 2012 et 2013 (il est vrai avec 12 % d’aide financière internationale !).

L’optimisme est de rigueur à Phnom Penh pour l’activité économique en 2015. L’année, éloignée des échéances électorales, devrait permettre au développement de se poursuivre dans tous les domaines, en particulier les services et l’industrie touristique, secteurs qui ne cessent de progresser.

L’Agriculture, traditionnelle et insuffisamment diversifiée, représente encore plus du 1/3 du PIB mais commence enfin à se moderniser. Le secteur de la construction est en plein « boum » et pas seulement dans la Capitale. L’industrie textile, importante mais fragile, du fait des conditions de travail et de ressources de ses salariés, pourrait compter sur des charges maîtrisées, avec ou sans paix sociale, alors que de nouvelles ressources pétrolières et gazières offshores sont annoncées pour cette année.

2015 est aussi et surtout une date importante pour les relations du Cambodge avec  l’ASEAN. L’organisation des pays de l’Asie du Sud-Est a négocié avec l’ensemble de ses Etats membres – dont le Cambodge fait partie – l’ouverture totale du marché dans l’espace ASEAN pour la fin de cette année (si possible !).

Il s’agit d’un vrai défi pour le Cambodge (15 millions d’habitants) et quelques autres pays (Myanmar) dont les économies ne sont probablement pas assez puissantes pour supporter le choc d’une ouverture brutale vers un marché unique de 640 millions de consommateurs. Ce qui rassure les économistes cambodgiens, c’est que l’ASEAN rencontre bien des difficultés dans la préparation de l’abandon des barrières douanières intra-Asean et que probablement la « deadline » devra être repoussée ou ne sera que très partielle… secteur par secteur ? La liberté de circulation de la main d’œuvre qualifiée des grands états surpeuplés semble impossible à supporter pour un pays qui doit déjà faire face à une immigration sino-vietnamienne importante. Sans doute les secteurs ciblés seront-ils bien limités dans les prochains mois.

La revue Horizon Asean, publication des services économiques de la Direction Générale du TRÉSOR, au Ministère français de l’Economie et Finances, relève sous la plume de Pauline LACOUR :

 » Si l’intégration commerciale dans la région est relativement avancée, l’intégration financière n’en demeure toutefois qu’à ses prémices. Certains pays doivent d’abord approfondir leurs marchés domestiques avant de mettre en œuvre une initiative régionale, les marchés boursiers et obligataires des pays les moins développés étant relativement étroits. L’intégration financière avance cependant doucement parmi les places financières les plus développées, avec des accords visant à harmoniser les règlementations bancaires et à faciliter l’offre transfrontalière de placement aux investisseurs particuliers.

Ces difficultés se retrouvent également au niveau de la libéralisation des investissements : l’hétérogénéité des niveaux de développement des infrastructures et des climats d’investissement limitent la transposition des initiatives régionales au niveau domestique et certains pays, tels que l’Indonésie, connaissent au contraire un renforcement des mesures protectionnistes.

En parallèle, il est difficile d’imaginer l’instauration d’un droit de la concurrence unique à l’échelle de l’ASEAN étant donné la diversité de pratiques dans la région (absence de droit de la concurrence générique à Brunei, en Birmanie, au Laos, et aux Philippines), ce qui favoriserait pourtant le développement des activités intra régionales. »

Le Cambodge est presque prêt. Le principe de la concurrence est inscrit dans sa Constitution mais le cadre légal reste à compléter. Et à faire respecter ! Des projets de lois sont en cours, notamment sur le droit de propriété, l’une des plaies de la Reconstruction. Toutefois, il ne faudrait pas que sa croissance soit déstabilisée par une ouverture brutale vers un marché unique alors que l’ASEAN n’offre pas suffisamment de garanties face aux questionnements des uns et des autres… Les sujets de discordes subsistent. Et ils sont nombreux.

L’ASEAN dispose d’un Fonds d’assistance à en principe opérationnel dans certains domaines comme les structures ferroviaires. Mais les projets de rénovation de réseaux ferrés archaïques se sont multipliés depuis plusieurs années dans plusieurs pays sans que l’ASEAN ne soit en mesure de servir de déclencheur. Le processus d’avancée vers un marché unique est peut-être à l’image d’un paysage très hétérogène qui tarde à démontrer une grande efficacité à moyen et long terme.

Depuis cinq ans bien peu d’avancées concrètes ont été faites. Les dossiers sont longuement négociés. Dans le domaine ferroviaires, par exemple, alors que la Thaïlande se tourne en ce moment vers le Japon pour créer une nouvelle ligne tant attendue Bangkok-Chiang Mai, le Cambodge attend les grands efforts promis. C’est sans doute, une fois de plus, la Chine qui viendra bientôt au secours d’un investissement multi-national lui permettant de créer une ligne passant par le Laos et gagnant la mer, sur un projet longuement préparé par la Banque Asiatique de Développement.

Gageons que 2015 se passera bien pour le petit Royaume des temples d’Angkor, voire même très bien, avec une croissance probablement en hausse, si les intempéries ne contrarient pas l’Agriculture, avec en fin d’année l’achèvement d’un nouveau pont stratégique sur le large Mékong et d’une liaison routière à quatre voies entre Phnom Penh et Siem Reap, un axe majeur du transport des biens et des personnes.

L’optimiste règne sur 2015. Cependant les deux années suivantes seront sans doute plus difficiles avec d’autres échéances politiques plus sensibles et certainement nécessaires.

Une réflexion sur “ASEAN / Cambodge : Espace économique 2015 ?

  1. Excellente analyse à mettre en perspective des autres voisins notamment le Vietnam et la Thaïlande. La circulation des personnes risque en effet de remettre en cause le marché de l’emploi du Cambodge et des plus petits pays qui devront faire face à une main d’œuvre plus qualifiée.

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